CRAMBE DE TA R TA RIE
« Calice lélraphylle, à folioles oblongues, obtuses, concaves, canaliculées, étalées, caduques.
a Corolle à quatre pétales, à face ovale, très obtus, plans, de longueur presque double du calice, insérés sur un onglet court et dressé.
« Étamines. Filets au nombre de six, épais, dressés, dont deux opposés, de lalongueur du calice et simples; les quatre autres plus longs que les premiers et bifurqués à leur sommet, l’une des branches de cette bifurcation dirigée vers l’ovaire et stérile, l’autre légèrement inclinée au dehors et anlhérifère. Anthères incombantes.
« Une glandule verte alterne avec les filets appartenant aux grandes étamines.
« Ovaire ovale, style nul, stigmate capilé.
« Fruit globuleux, uniloculaire, indéhiscent.
« Semence unique, subarrondie.
« Sur la planche (que l’on n’a pas jointe aux Mélanges, à cause de sa grandeur, mais que l’on peut étudier dans le fascicule de dessins) (1) sont représentés : une des moins grandes racines, entière, mais fort réduite; puis la partie supérieure de la même, de grandeur naturelle; le sommet offre plusieurs jets privés de feuilles comme ils le sont en hiver; à l’un des jets, à l’encontre de la réalité de cette saison, sont peintes les bases de trois feuilles parfaitement reconnaissables. Au sommet du dessin, où commence la partie caulescenlc, on n’a pas figuré de feuilles radicales (2). Puis se trouve un rameau florifère, le premier
(1) Le fascicule de dessins dont il est question ici n’est autre chose que le remarquable ouvrage de Jacquin, intitulé : Icônes plantarum rariorum. La planche consacrée à notre plante est la cent vingt- neuvième. Une partie du dessin est coloriée.
(2) Copul auiem caulescens caret plerumque foliis radicalibus.
qui naît de la tige. J'en ai vu soûlant en si grande abondance de la lige dans la plante cultivée, qu’elle occupait un espace de quatre pieds de diamètre de ses (leurs serrées (1).
« Il s’y trouve aussi la moitié d’une grande feuille, une feuille radicale, entière et dentée, d’un jet récent, enfin un rameau fructifère et l’embryon de la graine.
« Contre toute attente, l’analyse de la racine, traitée par distillation, a offert des résultats bien différents de ceux que l’on obtient habituellement avec les plantes cruciformes. Elle a donné un mucus aqueux, un esprit (2) acide, une huile empyreumalique; après avoir obtenu ce qui précède, on la traita dans un nouveau récipient et à une plus haute température; on en retira une faible quantité d’un esprit volatil alcalin, comme avec d’autres plantes on obtient abondamment un esprit acide. Le résidu fournit par incinération du sel alcalin végétal fixe en grande abondance. »
Il est difficile de se procurer les graines du C. Tatcirici. Nous les avons demandées en vain à Pestli et à Vienne; elles nous sont enfin venues de Saint-Pétersbourg, grâce à la bienveillante entreprise de MM. Vilmorin, qui les ont obtenues, à notre intention, de M. Hegel.
Mais le savant directeur du Jardin botanique de Saint-Pétersbourg n’a pas pu nous fournir les renseignements que nous désirions recevoir sur la culture et les usages de la plante. Aux deux questions que lui a posées pour nous M. le docteur Brelscbneider, avec l’obligeance qu’il ne cesse de nous témoigner, M. Hegel a répondu que le Crcimbe Tataria se trouvait à l’état sauvage dans la Hussie méridionale; qu’on ne le culti-
(1) ... Ut hæc arcain occuparet diametri quatuor pcdum densissimam .
(2) ... Spiritum . . .
CRAMBÉ DE TARTAR1E
vai t nulle part; qu’il n’avait lui-même fait aucune expérience concernant celte espèce et sa culture; qu’à Saint-Pétersbourg on ne pouvait pas le cultiver du tout.
Les graines que nous avons reçues nous ont donné cinq pieds au printemps de 1881 ; ils n’ont pas fleuri. En 1882, la plante a pris un certain développement, mais n’a pas encore fleuri. Enfin, en 1883, elle a fleuri et nous a donné une quantité extraordinaire de graines, lesquelles, semées immédiatement, c’est-à-dire vers juillet-août, n’ont pas levé.
On voit que nous sommes bien peu avancés dans la culture expérimentale du C. Tataria. Nous doutons fort que ce soit jamais un légume à introduire dans nos potagers, mais il nous intéresse cependant beaucoup et nous allons dire à quel point de vue.
On fait en France peu d’usage de ces fécules légères, de facile digestion, particulièrement propres à l’ali m entalion des enfants et des convalescents, dont on importe en Angleterre des quantités considérables et qui portent le nom d’ Arrow-root (Voyez les chapitres concernant le Maranta arundinacea et le Canna).
Le nom d 'Arrow-root est abusivement donné aux fécules obtenues de divers Canna , du Tacca pinnatifida et, selon Simmonds, de quelques autres plantes encore. C’est le M. arundinacea qui donne le véritable Arrowroot. , mais nous ne saurions dire si ce dernier est supérieur aux fécules similaires qu’on lui substitue souvent.
Le Chuno de Liutoe st encore une sorte A Arrow-root (Voyez le chapitre concernant YAlslrœmère Ligtu). En laissant de côté le Sagou , le Salep et le Tapioca (Manioc), cela porte à quatre espèces principales le nombre des plantes dont on extrait de bienfaisantes fécules: le Maranta arundinacea] les Canna ; le Tacca pinnatifida ; le Liuto ( Alstrœmeria Ligtu).
Or, nous sommes disposés à croire que les racines du C. Tatarïa sont également propres à la production d’un Arrow-root.
Le C. Tatarïa est classé parmi les plantes alimentaires des anciens.
« Le Crambe Tatarïa Jacq., plante de la Hongrie, paraît être le Chara dont les racines ont nourri les soldats de César en Albanie (Caes., B. C ., 3, 48); les Hongrois en font encore du pain en temps de disette (1). »
Le Crambe cordifolia Steven, de la Perse et du Caucase, jusqu’au Tliibet et sur l’IIimalaya, jusqu’à 14.000 pieds d’altitude, est une fort belle plante vivace, très rustique sous notre climat et d’une culture extrêmement facile. Les racines et les feuilles en sont comestibles, Décollées lorsqu’elles commencent à se développer, ces feuilles sont tendres et peuvent remplacer le Chou; mais leur saveur est plus douce.