‹ Le potager d'un curieuxChapitre 50 sur 111 · VI. — L'Igname au Venezuela · texte numérisé non relu

VI. — L'Igname au Venezuela

« Parmi les différentes espèces d’ignames cultivées dans le pays, on en distingue trois principales, vulgairement connues sous le nom de : N cime de Santo- Bomingo , Name liso et Name de espina.

c Ces trois espèces n’ont pas encore été classées, que je sache ; toutefois, la première, ou l’Igname dite de Saint-Domingue, semblerait répondre au Dioscorea bulbïfera.

« C’est une plante à lige sarmenteuse dont la principale production consiste dans les bul billes ou tubercules qui se développent sur la partie aérienne de la plante, à l’aisselle des feuilles; la racine souterraine n’est qu’un produit accessoire; aussi y forme-t-on à l’entour une

(1) Plantes alimentaires du Venezuela , par M. A. de Tourreil [Bull, Soc. d'Accl,, vol. VI, 1859, p. 581).

espèce de treillage sur lequel elle puisse grimper et étendre ses rameaux. Celte Igname est la moins prisée; sa fécule conserve un certain goût d’amertume peu agréable, mais qui serait sans doute susceptible de correction.

« L’Igname lisse serai t-elle le Dioseorea sativa? Elle donne des racines plus ou moins allongées, en forme de massue, à tissu charnu, compact, féculent et d’un blanc opalin. Sa surface, d’un brun fauve, est unie et offre les organes de la génération autour du collet (1). Ses racines pivotent quelquefois jusqu’à une grande profondeur; mais, en général, les rendements souterrains qui constituent le produit essentiel de la plante sont presque ronds et d'un arrachage facile. Les tiges portent également leurs fruits et l’on a soin d’y placer auprès des tuteurs pour les soutenir.

« L’Igname épineuse appartient au même genre. Elle diffère seulement de la lisse en ce que sa surface offre des yeux analogues à ceux de la Patate et des radicelles en forme d’épines. Sa fécule est grasse, moelleuse et succulente; ses liges sont aussi grimpantes et parviennent à plusieurs mètres d’élévation, mais on ne les pourvoit de tuteurs que pour leur servir d’appui ; on ne fait aucun cas des bulbilles qu’elles portent. Ces deux espèces ont beaucoup de rapport avec la Üioscorée chinoise.

« Il est une autre racine farineuse, connue dans le pays sous le nom vulgaire de Mapuey , dont la forme et la tige sarmenleuse indiquent qu’elle appartient aussi à la famille des Uioscorées (2).

(1) Par ces mots organes delà génération, il faut entendre les bourgeons. — P. B.

(2) Dioseorea trifida , Dr Ernst. — P. 13.

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« Elle se présente sous deux espèces différentes, l’une de couleur violette, l’autre blanche.

« Le Mapuey violet est préféré ; ses renflements radiciformes sont gros et courts; sa fécule est très friable et d’un goût savoureux; cuit à l’eau de sel, au four ou sous la cendre, on le mange comme du pain. C’est aussi une plante potagère par excellence.

« Ces plantes aiment les climats chauds, mais elles s’habituent aussi à un climat tempéré.

« Leurs rhizomes mûrissent dans l’espace de dix mois, à 600 ou 700 mètres d’élévation au dessus du niveau de la mer; mais à une plus grande altitude, à 1,600 ou 1 ,700 mètres, il leur faut quatorze ou quinze mois pour atteindre leur maturité.

« La reproduction de l’Igname se fait ici par tubercules entiers ou par tronçons de la partie supérieure du rhizome. Souvent même celle opération s’exécute sans détruire la partie aérienne de la plante; on en découvre la racine, on la coupe à environ un pouce au-dessous du collet, on comble de nouveau l’excavation et l’on remet à sa place la portion supérieure de la racine, qu’on recouvre de terre végétale.

« L’Igname aime la terre molle et elle s’étend ordinairement selon l’espace qu’on lui a préparé ; d’un terrain creusé à 1 mètre de profondeur et 50 centimètres de largeur on a retiré des Ignames en proportion de cette grandeur. L’Igname est susceptible d’acquérir de très grandes dimensions; on en a vu au Venezuela qui pesaient jusqu’à 100 kilogrammes.

« Il arrive souvent que, ne pouvant opérer leur entier développement dans la partie souterraine, soif par faute d’espace, soit parla rencontre d’un obstacle quelconque, les rhizomes de l’Igname s’élèvent au-dessus du sol à plus d’un quart de mètre ; on a soin alors de les tenir recou -

verts de terre, ce qui, d’ailleurs, n’offre aucun obstacle à leur production.

« Le rendement de l’Igname est supérieur à celui delà Pomme de terre; elle contient presque autant de fécule farineuse que celle-ci et elle renferme un principe azoté qui la rendrait nutritive. Sa substance est reconnue comme très nourrissante et d’une facile digestion ; elle sert, au besoin, en qualité de pain aux habitants des campagnes et, en général, déplanté potagère d’un usage journalier. Elle se prêle, en outre, sous différentes formes, cà la composition de divers ragoûts et sa cuisson s’obtient en peu de temps, soit à l’eau de sel, soit au four ou sous la cendre chaude.

« Les climats chauds sont les plus favorables à l’Igname : plus la chaleur est vive et intense, plus sa végétation est active et vigoureuse. La température moyenne sous laquelle elle végète est d’environ 22 degrés du thermomètre centigrade et le maximum de froid de 15 à 16 degrés, tandis qu’elle supporte très bien un maximum de plus de 29 degrés de chaleur.

(( La rusticité de l’Igname est telle que sa culture n’exige ici aucun engrais; elle croît même sylvestre, et les oiseaux se chargent d’en répandre la semence. »

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