VII. — L’Igname en France
L'Igname de Chine, introduite, en 1848, par M. de Montigny, est la seule dont on se soit sérieusement occupé en France. Nous serons muets sur cette Dioscorée, qui a été l’objet de cultures expérimentales persévérantes et qui est encore cultivée dans les jardins d’amateurs. Nous nous bornerons à donner la liste des notes et mémoires qui ont été publiés à son sujet et qui sont d’ailleurs résumés dans l’article que lui consacrent MiVI. Vilmorin-Andrieux et C10, aux pages 283-285 des Plantes potagères.
Une Igname introduite de Chine au Muséum, en 1862, cà laquelle M. Carrière a donné le nom de D. Decaisneana et qui n’est peut êlrequ’une variété de l’espèce précédente, nous intéresserait davantage si el le élai t plus productive. Elle a le mérite de ne pas plonger profondément dans le sol et d’être, par conséquent, d’un arrachage facile. Elle est de bonne qualité et absolument rustique ; malheureusement, le tubercule que l’on plante périt et est simplement remplacé par un tubercule un peu plus gros ; il n’y a donc pas de multiplication. Il faut recourir aux bulbilles aériennes que fournit la plante en petit nombre el dont Je volume atteint rarement celui d’une Noisette. On plante ces bulbilles eu pépinière et, trois ans après, on récolte des tubercules de forme très irrégulière et de médiocre grosseur.
M. Doumet-Adanson s’est occupé pendant longtemps du I). Decaisneanci avec tout le succès qu’on pouvait
Fig. 37. -- Igname de la Chine, rameau feuille.
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en attendre. Il en a présenté de très beaux spécimens à la Société d’Acclimatation.
Cette Igname est de bonne qualité, occupe peu de place en pépinière et mérite les soins des amateurs.
Fig. 38. — Igname de la Chine, tubercules.
M. Failli eux, donnant l'exemple, a pu mettre à la disposition de la Société d’Acclimalalion quelques milliers de tubercules, qu’elle a distribués à ses membres.
M. Paul Chappellier fait, depuis plusieurs années, de
très louables efforls pour obtenir de nouvelles variétés d’ignames, soit en semant des graines du Dioscorea Batatas et du D. Decaisneana , soit en croisant ces deux plantes (1).
De son côté, le Muséum a demandé, reçu et semé des graines du D. japonica. Ces graines ont levé, et, dans quatre ou cinq ans, on saura si l'expérience donne un résultat utile.
11 sera bon de renouveler les. semis tous les ans et de les faire sur une grande échelle pour que le succès soit probable. Lorsqu’une variété plus courte que le D. Batatas et plus productive que le D. Decaisneana aura été trouvée, il faudra la fixer par des cultures répétées.
Le croisement de ces deux Ignames est très désirable et donnera probablement le résultat cherché ; mais, sous le climat de Paris, nous n’obtenons de graines ni de Lune, ni de l’autre. On devra donc opérer dans le midi delà France, ou en Algérie, ou dons quelqu’une de nos autres colonies.
Comment se fait-il qu’il ne se soit produit de croisement, spontanément ou artificiellement, au Japon ou en Chine, où l’on cultive les deux plantes et où l’on ne souffre pas moins que nous de leurs défauts ? Nous ne pouvons nous l’expliquer.
Quoi qu’il en soit, et en attendant, nous proposons de cultiver l’Igname plate du Japon, qui est le D. Decaisneana. Nous l’avons reçue directement du Japon, il va quelques années.
(1) Voir Revue Horticole. Les Cultures de M. Chappellier, parM. D. Dois, 1893, p. 15 ; Culture de l'Igname , par M. P. Chappellier, même recueil, même année, p. 274. Revue des sciences naturelles appliquées : Nouvelle méthode de culture de V Igname de Chine , par M. P. Chappellier, 1895, Ie' semestre, p. 402.
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Celle Igname est d’une qualité tout à fait supérieure ; elle est rustique et sa culture est des plus faciles.
Il a fallu renoncer à l’Igname de Chine, Dioscorea Batcitas , dont l’arrachage était impraticable; l’Igname plate du Japon se récolte à fleur de terre.
Sa culture ne diffère en rien de celle de sa congénère; récolter des bulbilles à l'automne, les semer au printemps suivant, en obtenir du plant qui, cultivé de nouveau, produit des tubercules de grosseur marchande, telles sont les opérations applicables à ces deux Ignames.
PRODUCTION DES BULBILLES
On emploie à cette fin les plus gros tubercules que l’on possède.
Ils fournissent à l’arrachage des tubercules également gros qu’on affecte au même usage, c’est-à-dire qu’on replante chaque année les nouveaux tubercules de la planche productrice de bulbilles. Ils sont difformes et impropres à la vente, mais produisent des pieds forts qui donnent de belles récoltes de plant. On peut compter sur un rendement moyen de 5,000 bulbilles pour cent pieds de ces grosses Ignames.
Nous estimons que, dans un jardin, il suffira d’entretenir une plantation d’une cinquantaine de pieds producteurs.
On les cultive en planche bien fumée, sur deux rangs espacés de 0m,40 dans la ligne. On ne plante que ces deux rangs sur une planche de lm,30.
On donne aux jeunes plantes, dès qu’elles sortent de terre, des tuteurs de 3 mètres au moins de hauteur, sur lesquels on dirige les tiges, en observant que celles-ci sont volubiles de gauche à droite. Il suffit ensuite de
débarrasser le sol des mauvaises herbes par quelques binages; uo léger bullage, sans être nécessaire, nous semble uliie, les tubercules apparaissant quelquefois à Heur de terre.
La récolle se fait au commencement de novembre.
On conserve les tubercules, soit en les plaçant sur des planches, sans entassement, dans un lieu froid et sec, soit en les stratifiant dans du sable sec, soit en les enterrant sous châssis dans le jardin, en les préservant de la gelée.
SEMIS DES BULB1LLES (1)
Sur des planches de jardin de l'n,30 de largeur, on trace quatre sillons, dans lesquels on sème les bulbilles comme des Pois. Il vaudrait assurément mieux les espacer régulièrement, mais ce serait beaucoup de peine. On peut d’ailleurs éclaircir la plantation après la levée des bulbilles et obtenir ainsi de plus gros plant.
On rame les jeunes Ignames comme des Pois, dès qu’elles sortent de terre. On maintient le sol en état de
(1) Il serait plus correct de dire « plantation ï.
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propreté par des sarclages à la main. On récolte aux premiers jours de novembre le plant qui doit donner l’année suivante des tubercules de grosseur marchande. On stratifie les racines ainsi obtenues dans du sable, en un lieu froid et sec (1).
PLANTATION DES PETITS TUBERCULES DE PREMIÈRE xVNNÉE
On plante dans des trous de 0m,20 environ de profondeur, espacés de 0,n,20, ou à moindre distance encore si la terre est fortement fumée, et disposés sur trois rangs dans des planches de 1 m . 3 0 de largeur. Dès que les plantes sortent de terre, on leur donne des tuteurs de 2m,50 à trois mètres de hauteur. On tient la terre propre à l’aide de la serfouette. On peut laisser les tiges s’enrouler spontanément autour des tuteurs, mais il est mieux de les y attacher, en les dirigeant de gauche à droite.
La récolte se fait dans les premiers jours de novembre et est consommée ou livrée au commerce. On ne conserve, à fin de replanlation, que les tubercules trop petits pour la vente.