‹ Le potager d'un curieuxChapitre 53 sur 111 · AUTRES ESPÈCES · texte numérisé non relu

AUTRES ESPÈCES

Les essais de culture d’autres espèces qui ont sans doute été faits ont été assurément fort rares; nous ne pouvons parler que de nos expériences personnelles.

Il y a une vingtaine d’années, nous avons tenté sous châssis la culture de deux variétés de Dioscorea alata , avec un résultat absolument négatif.

Plus lard, et à deux reprises, nous avons planté des tubercules du Mapney branco (J), trifida, blanc) et du Mapuey morado ( D . trifida , violet), du Venezuela. Ce dernier n’a pas formé de tubercules. Le premier nous a donné des tubercules imparfaits, mais la culture sous châssis 11’est peut-être pas impraticable; malheureusement, le Mapuey blanc est beaucoup moins estimé que la variété violette. Celle-ci nous a été particulièrement recommandée par M. le D1' Ernst, professeur d’histoire naturelle à Caracas. On a vu plus haut en quelle estime M. le Dr Sagol tient celte espèce (1).

Nous avons dégusté le Mapuey violet et nous déclarons qu’on ne saurait trouver une racine meilleure. Sa saveur est excellente et elle est farineuse au point de s’effronder dès qu’on y touche, comme ces pâtés de sable que font les enfants. A notre grand regret, nous

(1) Cette Igname est cultivée dans toutes les Antilles où elle porte le nom de Cousse-Couche, Couche-Couche. D’après le R. P. Duss, Flore phanérogamique des Antilles françaises, p. 566, elle produit habituellement un grand nombre de tubercules allongés ou fusiformes, attachés à un fil comme ceux du Topinambour, fournissnat un aliment délicat, très appétissant et recherché, qui l’emporte de beaucoup sur les autres Ignames par sa valeur.

IGNAME

tenons la culture de cette Igname comme impossible sous le climat de Paris.

Nous avons planté sous châssis plusieurs espèces de la Nouvelle-Calédonie, mais nous les avions reçues trop tard et les tubercules que quelques-unes nous ont donnés, n’étant pas arrivés à maturité, ne se sont pas conservés pendant l’hiver.

Nous excepterons cependant l’Igname hulbifère sauvage, qui a mûri ses tubercules et ses bulbilles , succès sérieux en ce qu’il permet d’espérer que d’autres espèces, choisies parmi les plus hâtives, pourront aussi donner d’heureux résultats.

La Société d’Acclimatation propose un premier prix de 600 francs et un second prix de 400 francs pour l’introduction et la culture, pendant deux années successives d’une Igname (. Dioscorea ) joignant à sa qualité supérieure un arrachage facile.

Ces prix seront-ils gagnés?

Nous en doutons, s’il s’agit de présenter une Igname de grande culture; nous n’en douions pas s’il s’agit d’une Igname considérée comme plante potagère et traitée par les procédés de la culture maraîchère. Ces procédés suffisent pour obtenir parfaitement mûrs et de bonne garde les tubercules et les bulbilles du D. bulbifera , espèce originaire des contrées les plus chaudes du globe, spontanée aux Indes, à la Guyane, etc.

Celte Igname n’est pas particulièrement hâtive et les renseignements que nous avons recueillis nous ont appris que la végétation de plusieurs autres espèces est de moindre durée. 11 faut donc trouver ces dernières, et nous sommes fondés à croire que cela ne tardera pas (1).

(1) M. Maurice de Vilmorin nous a donné, en 1894, une bu 1 bille de D. Fargesii Francli. (voir p. 248), espèce nouvelle originaire de la

Nous avons donné plus haut une liste de 42 espèces ou variétés d’ignames cultivées dans la Nouvelle-Calédonie. On nous signale une variété buthifère , très productive, très hâtive , qui n'exigerait dans le pays que trois mois de végétation; une autre précoce , dont chaque pied donnerait 10 à 12 tubercules, courts et de facile conservation; une troisième, sucrée et parfumée, légèrement musquée, précoce, produisant en abondance des tubercules courts, bourgeonnés, se conservant mieux en terre que dehors, s’arrachant et se plantant toute l’année.

On peut estimer que la Nouvelle-Calédonie ne possède pas moins de 50 espèces ou variétés d’ignames qu’il s’agit de culliver expérimentalement et de comparer entre elles, en exceptant cependant celles dont les racines sont très grosses. On en trouvera plusieurs qui accepteront la culture maraîchère.

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE Revue horticole.

Note sur le Dioscorea Balatas , 1854, p. 242 et 443.

Dioscorea Batatas, par M. J. Decaisne, 1855, 4e sér., vol. IV, p. 69. Description comparative des D. Balatas et japonica. Analyse chimique des tubercules. Culture. Multiplication.

Dioscorea Batatas. Succès et revers de sa culture, par M. Naudin, 1855, 4e sér., vol. IV, p. 242.

Dioscorea Batatas. Sa culture, par M. Naudin, 1855, 4° sér., vol. IV, p. 442.

Chine occidentale, voisine du D. pentaphylla, à tubercules alimentaires comme ceux de cette espèce, d’un arrachage facile. Nous possédons la plante et nous saurons bientôt si nous serons déçus dans les espérances que nous avons fondées à son sujet.

IGNAME

Dioscorea Decciisneana, par M. Carrière. Description, origine, culture, 1865, p. 111, 215, 407.

Culture de l'Igname , par M. P. Chappellier, 1893, p. 274. Dioscorea Fargesii Franch. (Un nouveau Dioscorea alimentaire de la Chine occidentale), par A. Franchet, 1896, p. 541.

Journal de la Société nationale d Horticulture de France.

Note sur la culture de l’Igname de Chine, par M. Vuitry, 2e sér., vol. Y, p. 110.

Culture de l’Igname, par M. Lassausse, 2° sér., vol. IV, p. 495,

Culture de l'Igname de Chine, par M. Colardeau, 2e sér., vol. 1Y, p. 270, 1870.

Nature et végétation du tubercule de l’Igname de Chine, par M. Ch. Royer, 2e sér., p. 735, 1873.

Note sur l’Igname de Chine, par i\I. Vuitry, 2° sér., vol. VIII, p. 346, 1874,

Bulletin de la Société d' Acclimatation.

Note sur l’Igname de Chine, par M. Richard (du Cantal), vol. II, p. 271, 1853.

Indications sur la culLure de l’Igname, par M. le baron de Montgaudry, vol. Il, p. 337, 1855.

Sur une nouvelle Igname de la Nouvelle-Zélande, par M. Piddington, vol. III, p. 156, 1856.

Note sur l’Igname de la Nouvelle-Zélande, par M. Chatin, vol. III, p. 159, 1856.

Sur la grande culture de l lgname de Chine entreprise par M. Rémond, de Versailles, dans les départements de Seine-et- Oise, de la Drôme et des Landes, vol. III, p. 571, 1856.

Acclimatation de l’Igname de Chine, par M. Moquin-Tandon, vol. V, p. 62, 1858.

Sur les résultats de la culLure de diverses espèces d’ignames, par M. Chatin, vol. V, p. 26, 1858.

Sur la culture des Ignames en 1857, à la Pépinière centrale du Gouvernement, à Alger, par M. Hardy, vol. V, p. 546, 1858.

LE POTAGER b’UN CURIEUX

Notes sur divers modes de culture de l’Igname de Chine, par M. Henri de Calanjan, vol. Y, p. 589, 1858.

Culture et pain de l’Igname de Chine, suivant le système de M. de Montigny, 2° sér., vol. IV, p. 1 11, 1867.

Note sur l’Igname, 2e sér., vol. V, p. 347, 1868.

Dioscoreci alata. Rapport sur la culture faite au Jardin d’Acclimatation, par M. Quihou, 2e sér., vol. VI, p. 134, 1869.

Note sur l’Igname, par M. Vavin, 3° sér., vol. V, p. 69, 1878.

Note sur l’Igname (multiplication), par M. le Dr Lecler, 3e sér., vol. V, p. 188, 1878.

Nouvelle méthode de culture de l’Igname de Chine, par M. P. Chappellier, 1895, lor semestre, p. 402.

Notes sur la culture de l’Igname de Chine, par M. le Dr lleckel, 1897, p. 19.

Flore des serres et des jardins de l’Europe, vol. IX, p. 167 ; vol. X, p. 184; vol. XI, p. 26 ; vol. XII, p. 22.

KETMIE ACIDE

Oseille de Guinée.

Hibiscus sabdariffa L.

Fam. des Malvacées.

Plaine annuelle. Tige de 7 à 8 décimètres, glabre, rougeâtre, rameuse. Feuilles dentées, les inférieures ovales, les supérieures à trois lobes cunéiformes. En juin-septembre, fleurs jaunes, à fond pourpre, solitaires, axillaires, presque sessiles. Caliculeà douze dents. Indes orientales.

Nous avons cultivé l’Oseille de Guinée sous châssis, et nous avons obtenu sans difficulté des fleurs et des

KETMIE ACIDE

graines; mais nous ne pouvons nous dissimuler que celle culture ne sera jamais profitable dans la région de Paris. Plie peut trouver place dans le potager d’un curieux, mais elle n’en sortira pas. C’est une plante d’amateur.

« Après la floraison, le calice s’allonge, devient épais, charnu, d’un rouge foncé et d’une saveur acide. Cette acidité fait qu’aux Antilles on le substitue à l'Oseille, dont il a d’ailleurs les propriétés. Les cuisiniers et les chefs d'offices l’emploient, d’après la nature de leurs fonctions respectives, en lui associant des coulis, du beurre, tirent un bon parti de ses calices et des feuilles pour les farces glacées, sur lesquelles doivent paraître différentes viandes; les confiseurs réservent aux mêmes parties un emploi plus distingué et en font des conserves et des confitures d’une acidité agréable et rafraîchissante.

« La Ketmie acide croît naturellement en Guinée, dans les Antilles et dans toute l’Amérique méridionale... » (Descourlilz, Flore des Antilles).

Nous donnerons encore une note tirée de A Mcinual of Gardening for Bengal and upper India, by Thomas A. C. Firminger :

« Roselle-Indian Sorrel. Plante annuelle, originaire des Indes occidentales, mais cultivée aujourd’hui dans la plupart des jardins de l'Inde.

« La partie de la plante dont on fait usage n’est pas le fruit lui-même, mais le calice, dont les sépales, larges, épais et succulents, servent à confectionner des tartes et des puddings délicieux, ainsi qu’une gelée remarquablement belle, qui d i flère à peine de la gelée de Groseille rouge, dont elle est, à bien des égards, un excellent succédané.

« Il y a deux sortes d’Oseille de l’Inde, l’une rouge

et l'autre blanche, à peu près semblables, si ce n’est que la blanche parait un peu moins acide... »

Le nom hindoslani de la plante est Palwa.

Nous avons acheté chez M. Hédiard des confitures d’Oseille de Guinée, que nous avons dégustées et qui nous ont paru agréables. La formule nous a été envoyée par un habitant de la Pointe-à-Pitre :

Confitures de Groseille-pays.

(Lettre de M. B***.)

« Quand le fruit a été cueilli, on doit d’abord séparer le calice pétaloïde rouge du réceptacle vert auquel il adhère. Ici, où l’on redoute l’acidité des fruits sous prétexte qu’ils sont sûrs, et où, d’un autre côté l’on n’aime pas les fruits mûrs, disant qu’ils sont passés, ici, dis-je, on commence par jeter de l’eau bouillante sur ces quasi-fleurs, pour leur enlever l'excès de leur aigreur, et on n’utilise pas cette première infusion. C’est dans une seconde opération que l’on fait cuire les calices rouges dans l’eau et qu’on y fait fondre le sucre. Les proportions de sucre sont au moins celles qui servent à préparer tous les sirops de fruits acides, sans tenir compte de la pectine que le suc peut contenir; car il arrive quelquefois que les confitures que nous mangeons sont presque prises en gelée, et, d’autres fois, qu’elles restent en sirop... Reste à savoir s’il convient d'utiliser la première eau que l'on rejette ici à cause de son excès d’acidité. N’y a-t-il pas à craindre que cette eau n’entraîne tout ou partie de la pectine en même temps que l’acide ? Dans l’un et l’autre cas, on sacrifie l’un des principes à l’autre. Ce sera donc à vous à voir celui que vous préférez conserver.

« Je me figure qu’on pourrait peut-être en faire une première infusion concentrée, destinée à préparer la gelée acide, et, avec les mêmes fruits, préparer une confiture qui serait encore suffisamment aigreletLe.

Une autre espèce cl 'Hibiscus, Y H. ccinnabicus L., est souvent cultivée dans les régions tropicales. On en

RITES [I OU KEN flIRUGAWO

emploie les feuilles, qui sonl acides el que l’on mange comme l’Oseille.

KITESH ou KEN HIRUGAWO

Calystegia japonica Cmoisy (Syn. Convolvülus japonicus Tjiunb.).

Fam. des Convolvulacées.

Cette plante a quelque analogie avec noire grand liseron des haies (Calystegia sepium) : les liges sont volubiles et peuvent atteindre plusieurs mètres de hauteur ; les rhizomes sont extrêmement abondants et absolument comparables à ceux de ses congénères d’Europe.

MM. Batchelor et Kingo Miyabe : Aïnu Economie plants (Transactions of l lie Asialic Society of Japan, p. 226), disent que les longues et grêles racines de cette plante sonl déterrées au printemps par les Aïnos, auxquels elles servent de nourriture. Ils les mangent rôties ou bouillies, seules ou avec d’autres aliments tels que le riz ou le millet.

Nous avons reçu la plante du Japon et elle s’est montrée d’une rusticité absolue dans le jardin de Crosnes où elle a rapidement envahi la plate-bande qui lui était consacrée. Nous avons dégusté quelques-unes des nombreuses racines récoltées : frites, elles se sont montrées filandreuses ; cuites à l’eau el réduites en purée, nous avons obtenu une fécule de saveur douce, assez agréable, mais sans mérite particulier.

Parmi les autres plantes alimentaires recherchées par les Aïnos et citées par MM. Batchelôr el Miyabe (/oc. ci/.), mais que nous n’ayons pas cullivées, nous signalerons: 1 0 Y Anemone flaccida Fr. Schm. ( Pukusa - Kina , Gajo-so ou Fukubcro , dont les Aïnos mangent les feuilles et les tiges. Le peuple en récolte de grandes quantités au printemps, quand elle est en fleur; il la fait sécher pour l’hiver quoiqu’il en consomme un peu de verte. 11 la mange bouillie avec du poisson ou quelquefois en soupe ; le 2° Conjdalis ambigua Cham. etSchlcht. [T'orna, Engosaku). Les Aïnos mangent en grande quantité les tubercules de cette plante, spécialement ceux de la vallée d’ishikari de Saghalien et des Kurdes du Sud. Ce tubercule a une légère amertume dont on le débarrasse en le faisant bouillir dans l’eau plusieurs fois. En Etorup, les Aïnos les font bouillir avec une certaine terre pour ôter leur amertume. On les mange, ou simplement bouillis ou mêlés avec du riz. On dit qu’en Saghalien on les cuit généralement avec de la graisse de phoque. Souvent on fait bouillir puis sécher les tubercules pour s’en servir plus lard.

KONlAKU

KONlAKU

Amorphophallus Rivieri Durieu, var. Konjac Engler, Monographiæ Plianerogam ., vol. II, p. 213 ; Conophallits Konjak Schott, ex Miq., Prolusio flor. jap., p. 134; Amorphophallus Konjac C. Koch, in Berl. Allg. (Jarlenz., 1838, p. 166; Arisæma Conjac Sieb.

Fam. des Ar aidée s.

M. le D' Vidal a publié, dans le Bulletin de la Société d' Acclimatation (numéro de juillet 1877), un mémoire du plus haut intérêt surle Konniyakou. Ce mémoire occupe quinze pages, et son étendue ne nous permet pas de le reproduire in extenso; mais nous croyons devoir en extraire les parties essentielles et conseiller aux agriculteurs de recourir au mémoire lui-même, lorsqu’ils entreprendront la culture de la plante.

Extraits du mémoire de M. le Dr J. Vidal.

M. le l)1' Vidal a été témoin de la grande consommation que font les populations japonaises des tubercules du Conophallus Konjak. 11 a pu en étudier le mode de culture et aussi le genre de préparation que l’on fait subir à son tubercule pour l’employer comme aliment.

« Le nom spécifique de Konjak , qui a été donné à la plante par le botaniste Schott, n’est évideumentqu’une mauvaise transcription du mol indigène Konniyakou , parce que, généralement, Yy est remplacé par le j dans l’orthographe des mots japonais, adoptée parles Hollandais et les Allemands.

Page 1