MAC RE A DEUX ÉPINES
nouveauté des renseignements qu’il fournit, et auquel, tout en y prenant un ou deux passages, je puis ajouter quelques détails supplémentaires qui seront intéressants.
« On dit que le Trapanatans formait une grande partie de la nourriture des anciens Tliraces, comme, de nos jours, le Trapa bispinosa pour les habitants du Cachemire et le T. bicornis pour les Chinois. Le Dr Royle dit que le premier produisait jusqu’à 12,000 livres par an de revenu au gouvernement de Runje Singh, la taxe étant prélevée sur 96, 000 à 128,000 charges d’ânes, du grand lac de Oaller
« A Gugerat, ses fruits forment un important article alimentaire. Aux jours de fêle, on en fait une teinture rouge que l’on mélange avec une couleur jaune tirée des fleurs du Butea frondosa .
« Le colonel Sleeman a donné sur le Trapa bispinosa l’intéressante relation qui suit, dans ses Voyages dans les provinces du Sud-Ouest : « Ici, comme dans la plupart des autres parties de l’Inde, les réservoirs so it gâtés par la Châtaigne d’eau (Singhara), qui est partout plantée et cultivée dans des champs couverts d’eau, d’une grande étendue, aussi régulièrement que l’est le Blé ou l'Orge sur les plaines sèches. Bile est cultivée par une classe d’hommes appelés « Dheemurs », qui sont partout des pêcheurs et des porteurs de palanquin. Ils ont des bateaux pour planter, sarcler et récolter le Singhara. Les lenures de chaque cultivateur sont soigneusement indiquées par de longs Bambous enfoncés dans l’eau, et ils payent tant l’acre | our la partie qu’ils cultivent.
« Les longues liges de la plante atteignent la surface de l’eau, sur laquelle flottent leurs feuilles vertes, et leurs fleurs d'un blanc pur s’épanouissent agréablement au
milieu d’elles, dans la dernière partie de l’après-midi. Les noix croissent sous l’eau, après que les fleurs se sont flétries. Elles sont de forme triangulaire et couvertes d’un tégument brun, grossier, adhérant fortement à l’amande, qui est blanche, comestible et d'une texture fine et serrée.
« Ces noix sont très estimées. Elles sont portées au marché à dos de bœuf, souvent à 200 ou 300 milles. Elles mûrissent à la tin des pluies de septembre et peuvent être mangées jusqu’à la fin de novembre.
« Le loyer payé pour un réservoir ordinaire est d’environ 100 roupies (L. 10) par an. J’en ai connu un très grand pour lequel on payait 200 roupies et même 300 (L. 30) par an; mais la vase s’accroît si rapidement par la culture, qu’elle détruit promptement tout réservoir dans lequel elle est permise ; et, là où l’on croit désirable de conserver le réservoir pour en utiliser l’eau, elle doit être expressément prohibée. » Des colliers faits avec les noix du Singhara sont vendus à Benarès et considérés comme sacrés.
« Le capitaine J. -B. Pogson, de Simla, se lit, il y a quelques années, l’avocat d’une culture et d’un emploi plus étendus de celle plante : « Ayant l’exemple du Cachemire sous nos yeux, dit-il, il est très singulier que les réservoirs si vantés, les grands lacs et la mer intérieure d’eau douce de la Présidence de Madras, et aussi les immenses « Vlieels » des provinces nord-ouest et ouest ne soient point régulièrement employés d’une manière plus profitable parla culturê du Singhara. Les noix séchées se garderaient, je crois, bien des années et se vendraient tou jours en Angleterre comme Arrow-root ou fécule de Singhara, pour l’alimentation ou pour des emplois industriels. Tout vieux magasinage de Singhara pourrait être ainsi transformé et vendu.
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« Gomme le grain de Blé, l’amande du Singhara peut soutenir la vie de l’homme pendant un temps déterminé et est agréable au goût, assaisonnée avec du sel et du poivre, ou eu soupe {porridge) avec du sucre, « glioor ou jaggery » (1). Si les amandes sont cassées en petits morceaux, elles peuvent être réduites en farine au moyen d’un moulin à main, et le produit peut être pétri en une pâle dont on fait des petits « chuppalies » ou des gâteaux.
« En faisant tremper les amandes une nuildansl’eau froide, il suffit, le matin suivant, de les faire bouillir pour en faire un aliment. Les cuire cà la vapeur serait peut-être aussi bien, peut-être mieux, mais je n’ai encore essayé les amandes trempées que bouillies. J’ai mangé, il y a quelques années, un « Hulwa » fait de farine de Singhara, et il était plus agréable que celui qui est fait de fleur de farine de Blé.
« La Présidence de Madras possède d’anciens et magnifiques ouvrages hydrauliques, le réservoir deViranum(2), d’une étendue de 35 milles carrés, avec 12 milles de digues ; le réservoir de Cauverypank, dont les digues, de 4 milles, sont consolidées avec des pierres dans toute leur longueur; le réservoir de Chembrumhankam, semblable tà une pittoresque mer intérieure, ouvrage dont l’exécution remonte à des temps inconnus. Le premier de ces lacs artificiels a 22,400 acres de surface, et le troisième, comparé à une mer intérieure, peut avoir dix fois celte étendue. C’est un fait officiellement cousit) Le « ghoor » est le résidu du sucre de l’Inde ; le « jaggery » est le résidu du sucre de Cliine.
(2) Le mot anglais lank ne peut être traduit que par le mot réservoir, qui cependant n’est pas applicable, en français, aux étangs, lacs, mers intérieures, c’est-à-dire aux vastes étendues d’eau dont il s’agit
talé, qu’au Cachemire 30,000 créatures humaines se nourrissent de la noix de Singhara pendant cinq mois par an, et si la pittoresque mer intérieure dont nous parlons mérite son nom, son lit et la surface de son eau pourraient être utilisés d’une manière profitable par la culture du Singhara. Le réservoir de 35 milles carrés pourrait devenir une pépinière de première classe pour approvisionner Madras de noix pour semence.
« Le rendement de la Noix d’eau, par acre, est, jusqu’à présent, inconnu ; mais, en supposant la récolte de 4 quarlers (480 livres) chacun d’amandes de noix par acre, les 22,400 acres donneraient 43,800,000 livres d'aliment, et, en comptant 60 livres par adulte et par mois, la quantité ci-dessus suffirait pour nourrir 716,800 personnes pendant un mois, ou 143,360 pendant cinq mois.
« Le coût de cet abondant et permanent approvisionnement alimentaire serait insignifiant. I! y a 4,000 yards carrés dans un acre et, en accordant une noix de semence par yard, le prix des noix et du transport par chemin de fer pourrait être facilement calculé. La récolte de la première année ferait plus que couvrir les frais, et on aurait ensuite à perpétuité une moisson qui n’aurait plus à couvrir que les frais de surveillance, de garde et de récolte.
« La récolte appartenant à l'État, on obtiendrait un revenu considérable par la vente des noix, même si les amandes ne se vendaient qu’à moitié prix du Riz ou d’un autre grain.
« Dans les bonnes années, les populations agricoles feraient largement usage de cet aliment nourrissant et économique, et vendraient et exporteraient leurs récoltes de Riz, etc., et dans les mauvaises années de famine, la récolte de noix serait une ressource ; enfin, leur pré-
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sence aurait une grande influence pour prévenir la production artificielle de famine locale.
« Les noix, une fois semées, se ressèment d’ellesmêmes. de sorte queleyard carré pourrait bientôt produire neuf plantes ou davantage. La mer intérieure, lorsqu’elle sera couverte de ces noix, sera une source de richesse pour l'État et un profit pour le public. Comme l’extension annuelle, spontanée ou artificielle de la culture est une chose très simple, le gouvernement de Madras se trouverait en quelques années propriétaire d’une plantation de Singbara de grande valeur. »
Le capitaine Pogson, écrivant de Simla, dit encore: « La Noix Singbara de l’Inde et de l’Europe étant une plante aquatique vivace, les vieilles racines portent du fruit annuellement. Si elles croissent dans une eau profonde de 2 pieds, on entre dedans pour les recueillir, en allant de l’une à l’autre, et on les dépose dans un récipient flottant, comme, par exemple, une barrique de 5 gallons. Si l’eau est plus profonde, on devra employer n’importe quel radeau ou canot et cueillir les noix. »
« En ce pays-ci (l’Inde), on les recueille plusieurs fois pendant la saison, et les dernières récoltées, c'està-dire celles qui sont les plus grosses et dont les amandes sont dures, se mangent bouillies. D’autres sont pelées, séchées et réduites en farine, tandis que d’autres sont enterrées entières, pour être employées comme semence l'année suivante. Par exemple, la mare ou la dépression du sol qui a fourni une récolte de noix peut se dessécher par le temps chaud ; au commencement des pluies, cet endroit redeviendra une mare; les noix pour semence seront alors déterrées et semées à 12 pouces de distance dans l’eau encore un peu profonde, en plaçant chaque noix à environ 2 pouces de
profondeur dans le sol submergé, et on continue à semer ainsi chaque jour, à mesure que les eaux montent. Les noix germeront en leur temps et fourniront la récolte de l’année.
« Naturellement, si l’eau ne tarissait pas, les vieilles racines vivraient et, dans la saison, donneraient une nouvelle pousse de tiges qui porteraient du fruit comme à l’ordinaire. Il s’ensuit que, lorsqu’on veut une récolte perpétuelle, il faut semer les noix dans le lit d’une mare d’eau douce, peu profonde, ne se desséchant jamais. »
MACRE VERBANAISE (l)
Lagana.
Trapa natans L., var. verbanensis Jaggi.
Sous le nom de Trcipa verbanemis , De Notaris a décrit une plante qui croît dans le lac Majeur et dont le fruit n’a que deux cornes obtuses et non barbellées.
M. Jaggi, dans une note qu’il a publiée sur les Macres (2), établit d’une manière très nette qu’il s’agit tout simplement d’une variété du Trapa natans dont les cornes médianes sont avortées.
(1) Nous avons présenté les fruits de cette espèce dans l’une des séances de la Société botanique de France [Bull. Soc. Bot., 1888), comparativement avec des fruits de Trapa natans ne présentant que trois cornes. La parenté entre ces deux plantes ne fait aucun doute pour nous.
(2) Die Wassernuss ( Trapa natans L.) und der Tribulus der Allen Zurich, 1883.
MACRE VERBANAISE
Nous ne pouvons reproduire ici toutes les raisons qu’il donne à l’appui de sa thèse; mais l’une des plus probantes est certainement ce fait que l'on trouve dans le même lac des fruits tantôt à deux, tantôt à trois cornes, mêlés avec le Trapa natans à quaire cornes. On trouve donc toutes les gradations de l’avortement.
Fig. 47. — Trapa verbanensis.
M. le professeur Gibelli, de Bologne, qui a transplanté le T. verbanensis à Modène, a obtenu des fruits pourvus tantôt de deux, tantôt de trois cornes.
Leysser, Mertens et Koch, dans leur flore de Halle; Boehling , dans sa dore d’Allemagne, disent que le Trapa natans présente quelquefois des fruits à deux cornes. Ils n’ont pas pensé qu’il y eut lieu de faire une espèce de cette variété. Quant au caractère tiré des cornes qui sont obtuses , il n’a également que peu
d’importance, car on trouve parfois des Macres à quaire cornes plus ou moins arrondies au sommet.
Les essais de culture faits à Modène prouvent que le
Fig. 48. — Trapa verbanensis.
Feuille vue en dessous, et jeune fruit, de grandeur naturelle.
Trapa verbanensis se reproduit au moins pendant quelque temps.
Voici les renseignements que nous avons recueillis
MACRE VERBANA1SE
sur celte variété. Nous les devons à M. Rovelli, président de la Société horticole verbanaise de Pallanza; à M. D. Lamperlico, secrétaire du Comice agricole de Vicence, qui a bien voulu consulter pour nous M. le professeur Saccardo, de rilniversilé de Padoue, et à M. le Dr Mattirolo, de l’Université de Turin.
Le Trapu verbanensis se nomme Lugano, sur le lac Majeur et sur le lac de Yarèse, et vulgairement aussi Châtaigne du lac et Châtaigne d'eau ( Castacjna ciel lago, C a stagna d'acqua).
On le trouve en grande quantité dans la baie d’Angera, lac Majeur, là où le fond est visible.
Il végète admirablement sans aucun soin dans les jardins botaniques; il est un peu moins productif que le Trapu natans.
Ses fruits mûrissent à la fin d’octobre, époque à laquelle on s’en procurerait aisément.
On les mange, soit verts comme des Noisettes, soit cuits; ils exigent un assez long temps de cuisson.
Ils ne sont pas très recherchés; on les rencontre rarement sur les marchés.
Avec ces mêmes fruits, on confectionne des chapelets que l’on vend fréquemment à Arona, à Yarèse, etc.
Nous avons immergé dans une mare des pieds enracinés de la Macre verbanaise que nous avait offerts M. Latour-Marliac , de Temple-sur-Lot. Ils ont bien végété et nous ont donné quelques fruits verts , le 15 septembre, époque à laquelle M. Latour-Marliac obtenait, de son côté, une certaine quantité de fruits mûrs.
Le Trapa verbanensis a les feuilles plus grandes que celles du T. natans , bien connu dans nos régions de
l’Ouest. Ses pétioles sont rouges; la variété est plus belle que le type.
Il existe une au Ire variété de Trapa natans que Aresclioug a nommé T. natans, var conocarpa (1). Elle est originaire du lac Immeln, àShonen, eu Suède, et diffère du type par la façon dont s’insèrent les cornes, qui sont peu cohérentes, les latérales se délachant du fruit à mi-hauteur, les médianes au quart inférieur : le fruit est donc nu sur une grande partie de sa hauteur.
MANGARIDE
Taye, Tayove, Chou Caraïbe.
Mangareto (Brésil). — Toya, Ouaheu (Caraïbe). — Tayo (Arouage). — Tuyoba (Indien du Brésil). — Toloman (Antilles). — Qualusa (Pérou).
XANTHOSOMA SAG1TTIFOL1UM Schott.
Bot. Mag., tab. 4989; Engler, Flora brasiliensis, p. 191; Arum sagitli folium L.; Descourtilz, Flore des Antilles , 8, t. 553; Arum xanthorrhizon Jacq., Hort. Vindob., 11, 73, tab. 157 ; I/ortus Schœnbr., 11, 32, tab. 188; Caladium xanthorrhizon Willd . ; Caladium sagillæ folium Vent.; Caladium utile Hort. ; Xanthosoma utile C. Koch et Bouché; Xanthosoma xanthorrhizon C. Koch (Engler, Monographiæ phanerogamarum , vol. II, Araceæ, p. 469).
Fam. des Aroïdées.
A la demande de la Société nationale d’Acclimalation, M. D. Albuquerque a eu la bonté de nous adresser
(1) Mémoires de l’Académie royale des Sciences de Stockholm,
MANGARIDE
des tubercules du Mangareto branco , avec promesse de rechercher la variété violette à notre intention.
Vigneron -Jousserandier cite la Mangaride comme étant cultivée au Brésil et donnant de vingt à trente petits tubercules, et V.-L. Baril, comte de Lahure, dans un ouvrage intitulé : L' Empire du Brésil, s’exprime ainsi à son su jet : « L’Aroïdée appelée Mangareto branco croît en petites touffes. Le tubercule principal est de la grosseur d’une Pomme. Il est entouré de plusieurs autres petits tubercules gros comme des Noix et souvent moins. Ce sont ces petits tubercules qui sont comestibles. Le goût en est assez agréable et ils sont farineux, moins pourtant que la Pomme de terre. »
Le Mangareto branco est une des variétés du Xanthosoma sagitti folium, Aroïdéequi, dans l’Amérique tropicale, joue le même rôle, mais à uu degré beaucoup moindre, que les Taros (Colocasia) dans l’Inde, en Egypte, et principalement dans l'Océanie.
Dans les régions chaudes, la plante est d’une culture facile, mais peu productive; elle a été, de toute antiquité, cultivée parles Indiens indigènes.
Le Dr P. Sagot a publié, dans le Journal de la Société nationale d' Horticulture, 1871, pages 506-514, une Note sur les Tayes ou Tayoves à la Guyane, de laquelle nous extrayons ce qui suit :
« Les espèces américaines ( Xanthosoma ) se distinguent à ce que leur suc est laiteux et à ce que le pétiole s’insère au bord de la feuille et non pas à l’intérieur du limbe, par-dessous la feuille, à une certaine distance du bord inférieur.
« Dans les espèces asiatiques et océaniennes ( Colocasia antiquorum et C. es cul enta) , Kouchou (Inde),
Kulcas (Égypte), Alcolcalz (midi do l’Espagne), Taillis (Java), Tallo , Taro (Océanie), le suc est limpide et les leuilles sont pellées, c’est-à-dire portées par un pétiole qui s’insère par-dessous, à l’intérieur du limbe.
« Les variétés cultivées à la Guyane sont : Taye banane , Taye blanche , Taye violette , Touca , Grande Tayove.
« 11 y a peut-être d'autres races à la Guyane, que je n’ai pas vues ; mais, en général, je crois pouvoir affirmer que les Tayes sont inférieures, pour l’abondance et la qualité, aux produits des Taros.
« Les tubercules, de bonne qualité, cuits à l’eau et accommodés, sont sains et agréables. On les regarde comme plus nutritifs que les autres racines farineuses. Les plus délicats sont ceux qui sont jeunes et qui ont poussé bien cachés sous terre : par exemple, les tubercules latéraux du rhizome, qui forment des excroissances arrondies autour de la racine principale.
« Les feuilles, choisies jeunes et tendres, blanchies et cuites dans l’eau bouillante, sont bonnes à manger, mais ont peu de goût. On en met souvent quelques-unes dans divers plats d’usage fréquent dans les colonies. J'avoue néanmoins que celte manière de les employer ne me paraît justifier que très incomplètement le nom prétentieux de Chou Caraïbe , que l’on a donné à ces plantes. »
Nous avons planté dans les premiers jours d’avril, sur couche et sous verre, les tubercules de Manyareto branco e ivoyés par M. Albuquerque.
Les plantes ont vigoureusement végété, ont été abondamment arrosées pendant toutela saison, qui a été assez chaude, et n'ont été arrachées que le 6 octobre, après une forte gelée blanche. Nous n’avons trouvé que des
MARANTA ARUNDINACÉ
tubercules eu petit uombre, et gros comme des Pois.
La culture de l’Aroïdée américaine est donc impossible sous le climat de Paris, même avec le secours des couches et des châssis.
Nous avons d’ailleurs échoué de même avec tous les Taros de la Nouvelle-Calédonie et de l'Inde, dont nous avions reçu de nombreuses variétés, présentant des différences comme qualité, forme de tubercules, fertilité, hàtiveté, les unes exigeant des terrains inondés, les autres pouvant être planlées en (erre sèche.
Cependant, il semble que les tubercules récoltés auraient atteint leur complet développement sous l’influence d’un mois de chaleur de plus.
MARANTA ARUNDINACÉ (HERBE A LA FLÈCHE)
Maranta arundinacea L., Redouté, Liliac., I, tab. 57 ; Bol. Mag ., tab. 2307 ; Maranta inclica Tussac, Flore des Antilles, I, tab. 26.
Fam. des Scitaminées .
Souche produisant des drageons souterrains, charnus, cylindriques, écailleux, longs d’environ 30 centimètres sur 2 à 3 centimètres de diamètre. Tiges hautes d’environ 1 mètre. Feuilles glabres, ovales-lancéolées, pétiole engainant. Panicule lâche; fleurs blanches.
Celte espèce, au témoignage de Tussac, a élé introduite de l’Inde aux Antilles, où on la cultive en grand comme plante alimentaire. C’est de ses drageons charnus qu’on extrait la fécule connue sous le nom
d 'Arrow-root. Ces drageons se mangent aussi en nature, soit bouillis, soit préparés de diverses manières.
La fécule arrow-root du Maranta arundinacea est nommée aussi : A. de la Jamaïque, A. des Antilles , A. des Bermudes, A. de Saint-Vincent. Ce produit féculent nous arrive principalement de l’Amérique; il est également l’objet d’une culture importante dans l’Inde et dans certaines parties de l’Afrique, notamment à l’île Bourbon ou de la Réunion.
Il lire son nom de l’usage qu’en faisaient les indigènes pour guérir les blessures produites par les tlèclies.
Le M. arundinacea est le Toulola des Caraïbes. Il est cultivé aux Antilles à la Jamaïque, dans l’Amérique du Sud où il est appelé Anvert , à la Guadeloupe, à la Réunion, à la Guyane et dans les Indes. La fécule que contient son rhizome est désignée sous le nom de Arrow-root des Indes occidentales. Cette fécule y existe dans la proportion de 22 0/0.
Le Maranta présente deux variétés au Brésil et à la Jamaïque : l’une qui porte le nom d 'Anvert blanchi l’autre celui d ' Anvert rouge ; ce dernier est moins estimé. Au Brésil, la variété à racine allongée est plus estimée dans la province de Para que la variété à rhizomes arrondis.
A la Guyane, les Caraïbes mangent sa racine après l’avoir fait cuire sous la cendre. Ces rhizomes sont âcres et rubéfiants, mais la cuisson les rend comestibles.
Les Maranlas demandent un sol profond et toujours frais sans être humide. On les multiplie à l’aide de leurs rhizomes rampants et vivaces. Les tronçons doivent être plantés sur des terrains divisés et défoncés. On les espace les uns des autres de 1 mètre à lm,20.
Ces plantes, pendant leur croissance, n’exigent que des binages; on arrache leurs rhizomes à la fin de la première ou de la seconde année.
MARANTA ARIJNDINACÉ
Un hectare donne en moyenne 500 à 600 kilogrammes d’arrow-rool et 1 ,500 à 2,000 kilogrammes de couac ou résidu pulpeux.
L’arrow-rool est un aliment nutritif et léger. Il convient spécialement aux personnes délicates et aux enfants.
A Cuba, la fécule de Maranta sert à faire d’excellentes crèmes qui se conservent longtemps dans les bouteilles.
En Angleterre, chaque année, on consomme de grandes quantités d’arrow-root importées de Ceylan, de l’Hindoustan, des Antilles, des îles Bermudes, du Nicaragua et de la Mélanésie.
Le couac, ou farine grossière, est utilisé dans l’alimentation des animaux domestiques.
On lit, dans le Botanical Magazine, loc. ch. :
« Le Maranta arundinacea est une plante d’un intérêt considérable, fournissant pour la table un aliment distingué, vendu sous le nom de Arrow-root de l'Inde, extrait de ses racines, non comme on l’a dit en les faisant sécher et en les broyant, mais en les taisant macérer dans l’eau, de la même manière qu’on extrait l’amidon du Blé, de la Pomme de terre et d’autres substances amylacées.
« Dans ces dernières années, l’amidon de Maranta a été importé en grande quantité des Antilles en Angleterre, et recommandé comme aliment pour les jeunes enfants, et comme nourriture légère des malades.
« La plante est originaire de l’Amérique du Sud et cultivée dans toutes les îles des Antilles. Elle doit, chez nous, être tenue en serre, où elle donne en juillet et août ses (leurs, qui passent très vite. » Introduite par le D1 William Houston, avant 1732.
Nous avons tenté sans succès la culture du Maranta arundinacea.
MARGOSE A PIQUANTS
Pandipane, Galole, Caïquadu Pérou, Momordiqueà feuilles de Vigne. Momordique Papaieli, Papareh llerya, Melon de San-Gaëtano.
Karela (Hindostani), Karala (Bengalais!, Khu qua (Chine).
Momordica Charantia L., Spec., éd. I, p. 1009: DO., Prodr., III, p. 331; Naud., Ann. sc. nat., sér. 4, vol. XII, p. 131; Revue horl ., 1859, p. 620, fig. 134 et 135; Flore des serres , X, p. 193, lab. 1047; 7 lie Garde» , XII, p. 161 ; Cogniaux, Cucurbit , Xlonogr. Pkanerogam ., vol. III, p. 436.
Synonymes : M. Balsamina Descourt, (non Linné), Fl. des Antilles , III, p. 62, tab. 164; M. operculata Vcll., Fl. / lum ., X, tab. 980 (non Linné); Momordica jagorana C. Koch, Belgique horticole , XI, p. 92.
Fam. des Cucurbitacées.
Plante originaire de l’Asie et de l’Afrique, naturalisée dans les régions tropicales des deux mondes; annuelle, à tiges grêles, grimpantes, pouvant atteindre 2 mètres de hauteur, rameuses, poilues, munies de vrilles ordinairement simples. Feuilles alternes, profondément 5-7lobées, d’un vert foncé en dessus, vert pâle en dessous, quelquefois presque glabres, excepté aux nervures, plus souvent pubescentes aux deux faces; lobes ovales, aigus, déniés. Fleurs jaunâtres, monoïques, portées par des pédoncules aussi longs, délléchis; pédoncules des fleurs mâles portant une bractée cordi forme, entière, insérée vers leur milieu ou à la base; pédoncules des fleurs femelles pendants après l’antbèse. Fleurs mâles groupées ou solitaires, plus grandes que les femelles; calice à cinq divisions moitié plus courtes que celles de la corolle. Fleurs femelles solitaires, à péd icelle un peu
«nef)
MARGOSE A' PIQUANTS
plus court, assez grandes, d'un jaune pâle. Fruit pendant, oblong, long de 10 à 15 centimètres, aminci aux deux
Fig. 49. — Margose à piquants ( Momordica Charanlia ).
extrémités, obscurément Irigone, couvert de tubercules disposés en lignes régulières ou crêtes entre lesquelles
se trouvent d’autres lignes de dents plus petites et de dimensions inégales. Ce fruit, qui d’abord est vert,
Fig. [50. — Fruit de la Margose à piquants.
devient d’un beau jaune orangé à la maturité. Son écorce, épaisse et charnue, se déchire en trois lambeaux
PETITE MARGOSE A PIQUANTS 371
irréguliers sur lesquels adhèrent les graines enveloppées d’une tunique pulpeuse qui est d’une teinte sanguine éclatante.1 Les graines sont piales, écliancrées en écusson aux deux bouts, couvertes sur leurs deux faces d’un dessin en relief d’une chinoiserie parfaite. C’est cette structure de la graine, qui paraît comme rongée et mordue, qui a fait donner au genre le nom de Momordica.
PETITE MARGOSE A PIQUANTS
Momordica Charantia L., var. abbreviata Ser., in DC., Prodr. III, p. 311; Al. zeylanica Miller, Bicl. des jardiniers, n° 3 ; AI. senegalensis Lamk., Encyclop. mèth., IV, p. 239; Al. muricata Willd., Spec., IV, p. 602; Belgique /tort., XI, p. 93; M. Roxburghiana Don, Gen. syst. gard., III, p. 35; M. Charantia, var. minor Naudin, Ann. sc. nat.; M. Charantia, var. muricata Griseb., Fl. Brit. W. ind. isl. , p. 287.
Celte plante n’est qu’une simple variété de la précédente, dont elle ne diffère que parce qu’elle est un peu plus petite dans toutes ses parties. Elle est originaire des mêmes contrées.
Le M. Charantia est une plante potagère cultivée sous divers noms, en Chine, en Cochinchine, au Malabar, au Pérou, à Maurice, à la Réunion, etc.
Elle est connue à la Réunion sous le nom de Margose , et l’on y cullive principalement la variété de peti volume, nommée par M. Naudin M. Charantia, var. minor.
Sa culture est celle du Melon de châssis, la taille exceptée; et cependant, lorsqu’un très grand nombre
de fruits sont formés, il convient de pincer les tiges, de couper une partie des feuilles pour aérer la plante, et de modérer les arrosements pour éviter la pourriture.
La végétation de la Margose est très active, et sa Iructi lica l ion , jusqu’à la fin de la saison, est d’autant plus abondante qu’on ne laisse jamais les fruits mûrir et qu’on les emploie à l’étal vert.
On peut, à la rigueur, après avoir fait lever les graines sous châssis, mettre le plant en place, à l’air libre, vers le 1er uin, près d’un mur exposé au midi; mais les fruits qu’on obtient sont souvent courts et difformes. Nous ne pouvons pas conseiller la culture en plein air sous le climat de Paris.
On cultive quelquefois en France le M. Charantia comme plante curieuse. Ses fruits bien mûrs sont d’un beau jaune-orange, s’ouvrent d’eux-mêmes et laissent voir des rangées de graines enveloppées d’une pulpe rouge-cerise très appétissante. C’est, sans contredit un admirable plat de dessert, et l’on suce volontiers ces graines; malheureusement, la pulpe qui les couvre est peu abondante et de saveur nulle.
L’usage que l’on fait des Margoses dans les pays chauds est tout autre et beaucoup plus intéressant. Nous ne savons pas comment on les prépare pour la table en Chine, au Pérou, etc.; mais nous devons à l’obligeance de M. Édouard Wilmann, membre de la Société des Botanistes français, des renseignements précis sur l’usage qu’on en fait à la Réunion :
« Ce fruit, qui atteint une longueur moyenne de 0m,07 à O”1, 10, se cueille et s’emploie toujours avant maturité. Mûr, il ne vaut rien au point de vue culinaire. Quelques-uns l’aiment tout tendre, d’autres le préfèrent lorsqu'il a déjà quelque consistance; il est, en tout cas, excellent jusqu’à la maturité.
PETITE MARGOSE A PIQUANTS
« Pour la table, on le prépare; :
« En achaj'ds : Il suffit de retirer les graines et de mettre le fruit, fendu en deux sur la longueur, dans la sauce préparée à cet effet : vinaigre, huile d’Olive, Gingembre, Ail, Piment, sel, etc. On y ajoute ordinairement : Concombre, Choux, Carottes, Mangues, etc.;
« En rougaille : On coupe par rouelles, toujours après avoir éliminé les graines, et l'on assaisonne avec jus de Citron, Piment, Gingembre, etc.;
« En cari : On fait cuire le fruit, partagé en deux, avec du lard frais ou salé, du poisson frais ou salé; avec ou sans la poudre de cari, mais avec les condiments ordinaires de la cuisine créole. »
Dans l’Inde, on mange le fruit coupé par tranches, et frit; mais il nécessaire de le faire cuire préalablement dans l’eau pour lui enlever toute son amertume.
Nous devons dire que nous avons tenté sans succès d’introduire dans nos Pickles les fruits de la petite Margose à piquants. Leur extrême amertume les rend impropres à cet usage.
LE POTAGER D’üN CURIEUX