MARGOSE POMME DE MERVEILLE
Momordica Balsamina Lin., Spec., édit. 1, p. 1009; Lamk.» Encycl. mélh ., IV, p. 237, tab. 794, fig. 1; Dict. sc. nat ., tab. 208, 209; Revue hort., 1857, p. 180, fig. 75; Naudin, in Ann. sc. nat., sér. 4, vol. XII, p. 132; sér. 5, vol. V. p. 20; Gogniaux, Cucurb., Monographiæ R hanerog., vol. III, p. 237. il/, vulgaris Tournef., Inst ., p. 103, tab. 29; Cucumis agrestis Miller, Dict. des jardiniers ,• Neurosperma cuspidata liaf., Journ. p/tys ., 1819, p. 101; Momordica Charantia Descourt., non L., Fl. des Antilles , VIII, p. 335, tab. 594.
Fam. des Cucurbitacées .
Celle espèce diffère du M. Charantia par ses feuilles, qui sont glabres et d’un vert luisant, par la bractée des tleurs mâles, qui est dentée et insérée au sommet des pédoncules. La plante entière est plus petite dans toutes ses parties. Le fruit est ovale-arrondi et ne dépasse jamais la grosseur d’un œuf de pigeon.
« Les fruits du Momordica ont des propriétés balsamiques et vulnéraires, qui leur valurent une réputation d’autant plus grande qu’ils venaient de l’Inde, pays des jongleurs et des miracles.
« Ils sont, à la rigueur, comestibles comme les Concombres. » (Die. sc. nat., t. V, p. 387.)
Nous n’avons pas de renseignements sur l’usage de la Pomme de merveille considérée comme plante potagère. Lite pourrait sans doute être employée aux mêmes usages que les autres Margoses.
MATAMBALA
L eMomordica dioica Roxb., connu dans l’Inde sous le nom de Gol Kandra , est une espèce vivace à souche tubéreuse. Le jeune fruit est mangé par les Hindous. La racine est également comestible, mais celle de la plante femelle est plus grosse que celle de la plante mâle.
MATAMBALA
Plectranthus ternatüs Sims; Botanical Magazine , tab. 2460;
Bojer, Hort. maurit., p. 253; DC. Prodr. XII, p. 65.
Fam. des Labiées.
Le 15 juillet 1884, notre correspondant dans le Transvaal, M. Mingard, nous écrivait : « Avec cette lettre, je vous expédie quelques tubercules de la Pomme de terre fade ou sauvage, appelée parles Magwamba : Matambala. C’est la même culture et les mêmes emplois que la Pomme de terre ordinaire. Les natifs l’apprécient beaucoup et la préfèrent à tout autre tubercule . Ils conservent les semences (1) dans le sable, ou suspendues dans leurs huttes. Ils la plantent au moment de la semaille du Maïs ».
M. Mingard nous écrivait encore le 20 octobre 1884: « Je remets à la poste un petit sachet de Matambala. Ce seront les dernières que je pourrai vous expédier. Les natifs les ont plantées depuis quinze jours. Elle aime les terrains légers, a la même durée de végétation que la Pomme de terre, mais les tiges sont sensiblement différentes ; elles s’élargissent dès la naissance.
(1) Lisez tubercules.
LE POTAGER D’iJN CURIEUX
La fleur est petite, de couleur jaune ou bleue (1). Un tubercule planlé en entier donne de dix à vingt pour un. La Matambala s’apprête comme la Pomme de ferre. Pas de saveur.
« J’ai remis la lettre et le paquet à la poste le 29 octobre courant. Les tubercules commencent à germer. J’ai choisi, selon votre conseil, les plus mûrs et les plus durs. ))
Les tubercules de ce dernier envoi ont cependant pourri en roule; mais, fort heureusement, ceux qui nous avaient été adressés au mois de juillet précédent se sont bien conservés dans le sable, et nous avons pu en planter quatre sur couche et sous verre, le 15 mars suivant. Trois pieds ont végété admirablement ; un seul est démeuré chétif et est mort à la fin de juin. Nous l’avons arraché le lor juillet, et nous avons trouvé, à notre grande surprise, une douzaine de petits tubercules formant un groupe serré immédiatement au-dessous du collet delà plante. Ces tubercules paraissaient être mûrs et se sont bien conservés dans le sable.
Les trois autres pieds ont végété vigoureusement, ont étalé sur le sol leurs nombreuses tiges, qui s’y sont marcottées spontanément, et ont empli le coffre dans lequel ils étaient plantés; mais, lorsque nous les avons arrachés, à l’automne, ils ne nous ont donné qu’une récolte à peu près insignifiante.
La plante reprend très facilement de boutures, ce qui nous a permis d’en obtenir un grand nombre de pieds qui ont été distribués au Muséum et à diverses per-
(1) M. Mingard a cerlainement confondu les fleurs de plusieurs espèces. Il existe, en effet, sur la rôle orientale d’Afrique, plusieurs Coleus et Plectranthus à tubercules comestibles, les unes à fleurs bleues, les autres à fleurs jaunes. Celle nous que avons reçue avait les fleurs bleues.
MATAMBALA
sonnes. La tloraison en a élé obtenue l’hiver suivant dans les serres du Muséum et dans celle du Jardin botanique de l’Ecole vétérinaire d’ Al fort .
Le D'Sagot, dans son Manuel des cultures tropicales, p. 84, dit avoir vu le Matambala dms le jardin de M. I ’aillieux, à Crosnes, mais seulement en feuille. C’est après l'examen d’un échantillon fleuri, que nous lui montrâmes l’année qui suivit sa visite à Crosnes, qu’il lui appliqua le nom de Solenostemon den -iflorus Benth., nom écrit de la main de Bentham sur l’étique» I le qui accompagne un échantillon conservé dans l’herbier du Muséum, et qu’il considéra comme étant de tous points comparable à notre plante. L’échantillon du Muséum nous parut n’être qu’une forme à inflorescences compactes du Col eus tuberosus , nom sous lequel nous avons désigné le Matambala dans la seconde édition du Potager d'un Curieux , et que nous rectifions aujourd’hui après la comparaison que nous avons pu faire de noire plante avec des échantillons vivants de Plectranthus ternatus cultivés dans les serres du Muséum et la figure de cette plante, publiée dans le Botanical Magazine , planche 2460.
Le Plectranthus ternatus est originaire des îles Comores et de Madagascar, d’où il a été introduit à Maurice et probablement dans d’autres pays, puisque M. Mingard nous l’a envoyé du Transvaal.
M. Daruly de Grandpré, président de la Société d’acclimatation de l’île Maurice , nous écrivait de Port-Louis : « J’ai lu avec beaucoup d’intérêt vos notes dans le Potager d'un Curieux. Je n’y ai pas vu mentionner une plante à laquelle je m’intéresse en raison de ses qualités alimentaires. Je veux parler du Plectrane-
thus madagascariensis , que nous appelons ici Oumime (1).
« \d Oumime donne un tubercule que nous consommons absolument de la même manière que la Pomme de terre, quoiqu’elle possède un petit goût particulier qui peut-être ne conviendra pas au premier abord à des palais européens. Cependant, je suis sûr qu’il serait facile parla culture d’arriver à retirer complètement ce goût particulier, en même temps qu’on parviendrait à augmenter le volume des tubercules.
« Je vous adresse par la poste quelques tubercules d 'Oumime, afin que vous puissiez en tenter la culture en France. »
Dans son Histoire de la grande Isle de Madagascar , De Flacourt parle des Houmimes ou Yoamitza : « Ce sont, dit-il, petites racines grosses comme la poulce. qui multiplient extrêmement, car d’une plante il en viendra plus de deux cents ».
Le Matambala exige trop de chaleur pour qu’il soit possible de le cultiver avec profit sous notre climat.
Mais si l’envoi de notre aimable correspondant n’a pas donné de résultat utile pour la France proprement dite, il a permis de doter notre colonie du Gabon-Congo d’un excellent légume très apprécié, qui, de là, se répandra dans toutes les régions ayant un climat analogue.
(1) M. N.-E. Brown, auteur d’une note intitulée : Tuberous Labiatæ, parue dans le Bulletin de Kew, numéro de janvier 1894, établit que l 'Oumime n’est pas le Pleclranthus madagascariensis, mais le P. ternatus Sims.
Le nom appliqué par M. Darutyde Grandpré se rattache à V Oumime bâtard ou Oumime sauvage, qui ne produit point de tubercules.
MATAMBALA
Les tubercules que nous avions donnés au Muséum ont été multipliés, et deux d’entre eux furent remis par M. le professeur Max Cornu à M. Pierre, qui parlait pour occuper le poste de directeur du Jardin colonial à Libreville (Gabon-Congo).
M. Pierre cultiva le Matambala , et le succès qu’il obtint fut tel qu’il s’employa activement à propager la plante dans la colonie. 11 en remit des tubercules à M. Thollou, attaché à la mission Brazza, qui les transporta à Brazzaville, où ils se multiplièrent et se répandirent rapidement. Dans un voyage qu’il a fait à Paris, M. Thollon nous a donné les renseignements suivants sur notre Labiée :
« Le Matambala croît avec une vigueur extrême pendant la saison des pluies. Pendant la saison sèche (de juin à octobre), la plante végète, mais a besoin d’être arrosée pour produire des tubercules. C’est pendant cette période que les fleurs se montrent.
« La récolte doit être faite de décembre en janvier. On obtient par touffe une douzaine de tubercules de la grosseur d’une Noix, et beaucoup d’autres plus petits.
« La plante n’a pas encore été, jusqu’à ce jour, soumise à une culture raisonnée. On se contente de détacher des rameaux qui, mis en terre, s’enracinent avec la plus grande facilité et qui, abandonnés à eux-mêmes, sans aucun soin, donnent cependant le résultat indiqué plus haut. »
M. Thollon considère le Matambala comme un des légumes les plus utiles à propager dans nos possessions équatoriales de l’Afrique ; il y tiendrait lieu de la Pomme de terre dont la culture est impraticable, le rendement y étant à peu près nul. Il en a tait manger à un grand nombre de voyageurs qui ont éprouvé un plaisir extrême, car sa saveur a une telle analogie avec
relie delà précieuse Solanée, qu'ils croyaient retrouver ce légume favori, dont l’absence dans les régions Impicales constitue l’une déplus dures privations poulies Européens.
Voici enfin de nouveaux renseignements que M. Pierre a adressés à l’un de nous :
« De retour d’un voyage dans l’intérieur et le sud du Loango, je viens de trouver votre lettre qui m’a suivi jusqu’ici.
« C’est en 1887 que j’ai apporté dans la colonie deux tubercules de Matambala, gros comme de gros Pois, (pie M. Cornu m’avait confiés. J’en remis un à M. Thollon, qui le transporta dans l’intérieur de l’Ogoué, à Brazzaville. 11 y en a maintenant dans rOubanghi par 6° de latitude nord et 17° de longitude est. La plante s’est propagée dans ces pays avec une rapidité extraordinaire.
« La mission Crampel, (pii, paraît-il, en a trouvé vers le 4° de latitude nord, en a mangé les tubercules et l’importera peut-être jusqu’au lac Tchad. J’ai remis à M. Crampel, à son départ du Gabon, des graines de Basella alba , plante qui va également se trouver importée dans le centre de l’Afrique.
« Le Matambala existe également dans Loango, où Mgr Carrie l’a introduit de pieds venant de Brazzaville.
« La plante s’est améliorée dans l’intérieur. On a obtenu des tubercules gros comme une Noix, et je suis certain que, si la culture était mieux faite, on obtiendrait encore de bien meilleurs résultats. Il faudrait planter en terrain bien préparé, pas trop sec, humeux, et surtout laisser plus de distance entre les plantes.
« Le goût du tubercule rappelle beaucoup celui delà Pomme de terre. C'est une plante d’avenir, surtout dans l’intérieur de notre colonie. A Libreville, où nous sommes
MATAM liALA
par 5° plus au nord, je n’ai obtenu que des résultats médiocres.
« La plante est connue, dans tout l’intérieur et à la côte, sous le nom de Pomme de terre de Madagascar, que doit lui avoir donné M. Thollon. Ce nom étant impropre, je fais mon possible pour le combaltre. »
L’existence de plusieurs Labiées a tubercules comestibles nous est maintenant connue, à savoir :
Le Crosne (Slacbys affinis) ;
Le Matambala ou Oumime (Piectranthus ternatus Sims) ;
Le Coleus tuberosus Benlh., auquel M. N. -K. Brown (t) rattache le C. parviflorus Benth. (DC. Prodr. XII, p. 72 ; Hook. fil. Flora of Bril.Iudia, IV, p. 625), espèce dont l’origine est un peu incertaine.
Cette plante est cultivée à Java, Amboine, dans d’autres îles de l’Archipel Malais et à Ceylan, où, suivant une note de Gardner, de l’Herbier de Kew, elle est « cultivée par les indigènes comme des Pommes de terre ».
Thwaites dit aussi que les Cingalais la cultivent pour ses tubercules que l’on mange comme légume.
Kurnpbius parle de celte plante d’une manière assez étendue; il dit qu’elle a été récemment introduite de Java et de Baly à Amboine, et que l’on mange les tuber-
(1) N.-E. Brown, Tuberous Labialæ, bulletin of miscellaneous information. Royal (jardens Kew, 1894, p. 10.
cules bouillis ou rôtis. Il ajoute qu’elle fut probablement introduite dans File, de la péninsule malaise. D’autre part, il dit que le nom vulgaire employé par les Portugais pour cette plante est Gotte Keligam ou Gotte Kelim , probablement parce qu’on la cultive beaucoup sur la côte de Coromandel, dont on appelle les habitants Kelin ou Quellin. Ni Roxburgh, ni Wight et Arnot, cependant, ne mentionnent celle plante dans leurs ouvrages, quoiqu’il y ait des spécimens dans l'herbier de Kew, recueillis par Wight et Quilon (numéro 2105, Wight, distribution de Kew), mais les étiquettes ne disent pas si elle était sauvage ou cullivée.
M. le Dr Treub, directeur du Jardin botanique de Buitenzorg (Java), a eu l’amabilité de nous adresser des tubercules de cette espèce. Nous n'avons malheureusement pas pu obtenir la floraison de cette plante intéressante qui a, de nouveau, disparu de nos cultures;
Le Coleus edulis Vatke (Linnæa XXXVII, p. 319), que Richard avait désigné sous le nom de C.tuberosus (Flore d’Abyssinie, 11, p. 185) mais qui est distincte de celle à laquelle Bentham avait déjà donné ce nom. Le C. edulis zsWzDannech des Abyssins; selon Richard (1). il croît dans les lieux monlueux, près du village de Kouaieta, dans les provinces de Cbiré et de Godjam. Il porte des tubercules charnus, assez semblables à ceux de la Pomme de terre, non seulement par la forme, mais par la saveur. Aussi cette plante est-elle abondamment cultivée dans les nombreux jardins qui entourent Kouaieta, situé à une altitude de 6.000 à
(1) Paillieux et Bois, Revue des Sciences Naturelles appliqués (Bulletin de la Soc. nat.d’Acclimalation, 20 août 1890): De quelques plantes alimentaires de V Abyssinie.
MATAMBALA
7.000 pieds au-dessus du niveau de la mer. Schimper (Vatke, loc. cit.), aurait récollé la plante aune altitude de 8.200 pieds.
Nous avons demandé le C. edulis à diverses sources, et jusqu'à ce jour les efforts que nous avons faits pour l'obtenir sont restés sans résultat. Dans l’état actuel des relations qui s’ouvrent entre l’Ethiopie et l’Europe, nous pourrons ne pas tarder à recevoir cette intéressante Labiée ;
Le Coleus barbatus Benth. (Plectrantlius barbatus Andr.), de l’Inde, de l’Arabie et de la côte orientale tropicale d’Afrique. D’après la Flore de Dalzell et Gibson, et une étiquette du Dr Ritchie, de l’herbier de Kew, celle plante est cultivée dans le Deccan, pour ses racines charnues que les indigènes font mariner;
Le Plectrânthus esculentus N.-E. Brown, espèce à racine tuberculeuse, à lleurs jaunes. Des échantillons de celte plante furent d’abord envoyés à Kew, par M. J.-M. Wood, conservateur du Jardin botanique de Durban, à Natal (numéro 3633), en novembre 1886, sous le nom de Umbondive ou Kaffir Potato, avec une note disant que les indigènes sont très amateurs des tubercules. La plante a été cultivée à Kew.
M. Medley Wood, curateur du Jardin colonial de Natal, a eu l’amabilité de nous adresser quelques tubercules de celte plante, lesquels ont pourri dans le sol avant 'd’avoir donné aucun signe de végétation;
Le Plectrânthus floribundus N.-E. Brown, espèce à lleurs jaunes, très voisine du P. esculentus, dont le type est originaire de Natal, mais dont une variété (longipes) croît dans diverses parties de l’Afrique tropicale : Man-
ganja Hills, lac Nyassa, Blanlyre, vallée de la rivière Umzingwani, Angola, etc. M. N. -B. Brown, pense que les racines de cette espèce sont tuberculeuses comme celles du P. esculentus , mais il n’en a pas la preuve;
Le Lycopus lucidus Turcz. ou Inou Sirône des Japonais, plante vivace qui rappelle quelque peu noire Lycopus europæus , mais à tige donnant naissance à de nombreux stolons. Celte plante aété envoyée du Japon au Muséum par M. l'abbé Faurie, et M. Maxime Cornu a eu l’obligeance de nous en offrir du plant.
Les rhizomes tubéreux atteignent jusqu’à 20 cenmèlres de longueur sur 1 cent, et demi à 2 centimètres de diamètre, et rappellent assez bien ceux du Stachys palustris , dont M. Cliappellier a cherché à propager la culture comme plante alimentaire ; mais, bien que leur saveur soit meilleure, et qu’ils soient produits en grand nombre, il n’y a pas lieu d’en recommander l’usage, leur consistance libreuse les rendant désagréables à consommer. Le Lycopus lucidus s’est montré d’une rusticité absolue, sous notre climat ; il est regrettable de ne pouvoir en tirer un meilleur parti.
MELON DUDAIM
MELON DUDAIM
Melon de la reine Anne, Melon des Canaries, Melon de senteur, Citrouille odorante, Pomme de Brahma.
Cucümis Melo L., var. Düdaïm Ndn. ( Me/o rotundus parvus G. Bauhin; C. Dudaim L.; C. sativus Schemmam Forsk.; C. pictus Jacq.; C. pedatifidus et C. reginæ Schrad.; C. Schraderiamts Rœm.; C. odoratissimus Mœnch).
Vélins du Muséum, t. LXI, tab. 24, 25, 26, 28; Morr., Belg. hort., t. II, p. 205.
Fam. des Cucurbitacées.
« Les Dudaims , si l’on s’en lient à la forme type, conslituent une des races les mieux caractérisées et les plus stables clans l’espèce du Melon; mais, comme ils se croisent facilement avec toutes les autres, ils ne tardent pas à dégénérer et à perdre leur caractère lorsqu’on les cultive quelques années de suite dans leur voisinage. On voit alors naître des métis qui, par leurs variations de forme, de taille et de couleur, rappellent toutes les modifications qu’on observe dans les autres Melons comestibles.
« Le type de cette variété a le fruit sphérique, légèrement déprimé d’avant en arrière, jaune orangé plus ou moins vif à la maturité, avec des macules ou bariolures longitudinales d’un rouge terne, exhalant une odeur de Melon extrêmement prononcée. Celle odeur est quelquefois si forte, que certaines personnes se trouvent incommodées de la présence d’un ou deux fruits de cette variété dans un appartement. Sa taille varie du volume d’un petit Abricot à celui d’une Orange. Il se détache du pédoncule dès les premiers symptômes de
maturité. La chair en est peu épaisse, d’un blanc jaunâtre ou légèrement rosée, faiblement sucrée et laissant toujours un arrière-goût qui suffit pour la rendre immangeable.
« Cet arrière-goût se retrouve dans tous les métis que le Dudciim produit avec les autres Melons, quelque excellente que soit la variété. Ou devra donc l’éloigner des melonnières quand on tiendra à conserver aux bonnes races les qualités qui les distinguent.
Fig. 51. — Melon Dudaïm.
« Le Dudaïm bien franc mérite, pour la gentillesse de ses fruits, qui peuvent servir à orner les desserts, de trouver place dans quelque coin écarté du jardin; mais il ne saurait jamais être pour nous qu’un objet de simple agrément ou de curiosité.
« Probablement à cause de son arôme si développé, le Dudciim est en grand honneur dans la plupart des pays musulmans. Il abonde en Perse, en Égypte et dans tout le nord de 1 Afrique. Je l’ai même vu vendre sui les marchés de l’Algérie. Les Espagnols 1 ont depuis longtemps porté dans leurs colonies d’Amérique, où ils lui donnent le nom de Melonsito de olor , ainsi que nous
MELON DUDAIM
l’apprennent Gilii et Xuares. On en trouve d’assez bonnes figures dans divers auteurs. » (Naudin , Espèces et variétés du genre Cucumis. Extrait des Ann. des sciences naturelles.)
Nous venons de cultiver pour la seconde fois un Melon dont les graines ont été envoyées de Pékin, sans observation particulière, par M. le l)r E. Bretschneider. Le docteur les avait antérieurement adressées à M. Decaisne, qui les avait considérées comme appartenant au Cucumis Dudaïm.
Nous avons récollé des fruits de la forme et du volume d’une grosse Orange, à écorce lisse, zébrée de dix raies d’un vert foncé tranchant sur un fond jaune-orange et descendant du pédoncule à l’ombilic. Hauteur du fruit, environ O'1', 8 ; largeur des raies variant de (P, 01 et 0 111 , 0 1 5 à 0m, 02; poids moyen, 310 grammes.
Le petit volume du fruit le ferait ranger parmi ces Melons portatifs auxquels on a donné le nom de Melon de poche ou Melon chasseur, s’il pouvait avoir le même emploi; mais il manque de sucre et ne peut être mangé qu’au dessert.
En Chine, il est bon, sucré et parfumé.
M. Naudin reconnaît qu’au dessert il peut faire l’ornement de la table. Il nous apprend qu’il est en grand honneur dans la plupart des pays musulmans, qu'il abonde en Perse, en Égypte, dans tout le nord de l’Afrique; qu’il l’a trouvé sur les marchés d'Algérie; qu’il existe depuis longtemps dans les colonies espagnoles d’Amérique.
Il n’est donc pas immangeable.
Sa chair est blanche, juteuse, parfumée, Lorsqu’il est très mur.
Nous proposons d’en faire l’usage que voici : Pour une labié de vingt couverts, on étagera en pyramide ou l’on disposera dans une corbeille douze à quinze fruits, qui formeront un 1res beau plat de milieu et qui charmeront les regards des convives.
Au dessert, le maître d’hôlel enlèvera le plat, coupera les fruits en deux, remplacera rapidement les graines par du sucre en poudre et servira à chaque personne un demi-fruit en forme de coupe, qui sera mangé à la cuillère comme une glace. Ce dessert sera bon et très élégant; nous nous eu sommes assuré.
Un de nos correspondants nous confirme dans cette appréciation. Il nous écrit de Setubal (Portugal) : « Hier, je mis la main sur un Melon zébré de Chine, que j’avais exposé depuis quinze jours sur une étagère; il était devenu à peu près tout jaune, même dans sa partie verte, qui avait pris cette teinte : il était à point pour ce que j’en voulais faire. Je le partageai, j'y goûtai et je lui trouvai un semblant de goût d’ Ananas. Je mangeai ainsi une moitié, tout en me disant qu’on pourrait bien en faire autre chose. Poursuivant l’expérience, je vidai de ses graines l’autre moitié, et, dans ce vide, je mis du sucre, puis d’un vin de liqueur très bon, qu’on appelle ici bastardo. Je laissai infuser un quart d’heure, puis, avec une cuillère à café, j’entamai comme on fait d’une glace, et la pâte y ressemblait fort. Ce fut délicieux. Je me dis alors qu’on pourrait glacer ces moitiés de Melons ainsi préparés de diverses façons.
a Je vous livre mon essai; c’est par ces moyens tout de hasard qu’on arrive aux découvertes. Je suis un converti, et je me hâte de vous le confesser. Ne fût-ce que pour manger ainsi ce petit Melon, je le cultiverai. »
Le C. Dudaïm ne produit que douze à quinze fruits