NELUMBO DE L’INDE
Fève d’Égypte, Lis rose des Égyptiens.
Pgtagorian Beau.
Nblumbium speciosum Willd.; Nelumbo nucifera Gærln.
Fam. des Nélombonées.
Plante aquatique vivace, originaire de l’Asie méridionale, autrefois très répandue en Egypte, où elle avail été introduite et d’où elle a disparu depuis fort 1( ugtcmps. C’était l’une des espèces de Lotus du Nil; les Égyptiens la divinisèrent et firent figurer ses fleurs et ses fruits sur la plupart de leurs monuments. Plus tard, on la chercha en vain dans les eaux du Nil et pendant longtemps elle ne fut connue que par les médailles et les hiéroglyphes. Les descriptions qu’on en donna furent foules imaginaires et erronées et ne firent qu’embrouiller la question de son identification. C’est en 1602 que la plante fut enfin découverte dans l’Inde, son pays natal, et le savant botaniste Lécluse (Clusius) put reconnaître que le Nélumbo et la célèbre plante d’Egypte appartenaient à une seule et même espèce.
Cette plante aquatique, l’une des plus belles connues, est composée d’un rhizome traçant, souterrain, plus ou moins ramifié, muni de renflements ou nodosités desquels naissent les feuilles, à pétioles cylindriques, aiguillonnés; les unes à limbe flottant, pellé, plan; les autres s’élevant jusqu’à 75 centimètres au-dessus de la surface de l’eau, orbiculaires, à bords relevés en forme de coupe, larges d’environ 25 centimètres.
AU
La face supérieure des feuilles est rude et l’eau roule sur elles ainsi que des globules de cristal.
La fleur s’épanouit en juillet-août. Elle s’élève sur un pédoncule qui prend naissance sur la souche et atteint ou même dépasse les feuilles les plus hautes. Elle est large d’environ 25 centimètres et formée d’une vingtaine de pétales blanchâtres à leur base, d’un beau rose au sommet. Les étamines sont nombreuses et ont les
Fig. 50. — Nélumbo de l’Inde (Nelumbium speciosum).
anthères exlrorses, tandis qu’elles sont inlrorses dans les Nymphæa.
Le fruit, en forme de cône renversé, a la face supérieure plane et munie d’une vingtaine d’alvéoles, dans chacune desquelles est renfermée une graine de la grosseur d’une petite Noisette.
Ce fruit ressemble à une pomme d'arrosoir percée de gros trous.
Il s’agit ici de la plus célèbre et delà plus belle des plantes aquatiques alimentaires. Elle aurait pu fournir
NÉLUMBO DE L’iNDE
la matière d’un long et intéressant article, si, fort heureusement d’ailleurs pour le lecteur, nous n’avions pas été devancé dans le Bulletin de la Société nationale d' Acclimatation.
Dans son ouvrage intitulé : les Productions végétales du Japon , M. le Dr Mène a tout dit, sans prolixité, comme sans omission, sur le Nélumbo nucifera. Dans le tirage à part, pages 376 et suivantes, on trouvera tout ce qu’il est utile de savoir sur les usages alimentaires et médicinaux de la plante. L’auteur rappelle que, chez les Égyptiens la fleur du Nélumbo, sous le nom de Lotus, était une fleur sacrée, et qu’aujourd’hui encore elle occupe le même rang aux Indes, en Chine, au Japon, etc.
Nous recommandons la lecture du chapitre entier consacré au Nélumbo et nous n’empruntons à l’auteur que ce qui a trait à ses usages alimentaires :
« Ses rhizomes et ses graines sont employés dans la cuisine japonaise. On trouve sur les marchés du Japon, de même qu’en Chine, en Cochinchine et dans le royaume de Siam, des monceaux de rhizomes de Lotus, désignés sous le nom de Hasu-none. Le goût de ces rhizomes, quand ils sont cuits, rappelle celui de la Itave, du Cardon et du Céleri ; on les mange crus, cuits à l’eau et sous la cendre, bouillis ou frits comme les Salsifis ; on les réduit aussi en poudre qu’on fait sécher, et dont on se sert surtout pour les soupes; on en retire cette fécule de couleur blanc rosé qu’on remarquait dans la seclion japonaise à l'Exposition universelle et qui est consommée dans les potages.
« Quant aux graines, qui ont un peu le goût de la Noisette et de l’Amande douce, elles sont alimentaires et les Japonais les mangent à leurs repas comme mets sucrés; on en fait des gâteaux et des pâtisseries.»
M. le I)1 E. Bretschneider nous écrivait, le 7 juin 1887 :
« Les Chinois mangent les rhizomes de celte plante crus ou cuits ; mais on en prépare surtout une fécule qui présente une excellente nourriture pour les petits enfants; elle donne un bonne bouillie à l’eau et au lait. On récolte les rhizomes de la plante en automne, car, à celte époque, ils sont très riches en fécule. On en consomme énormément en Chine; son goût est excellent.
« On mange les graines du Nelumbium autant vertes que mûres, mais leur goût est plus agréable quand elles sont vertes. On les mange aussi grillées ; l’emploi en est très général en Chine.
« La fécule se vend partout sous le nom de Ngeonfen. »
Le R. P. David donne, de son côté, des renseignements qui montrent l’utilité du Nélumbo :
« J’ai vu que, dans toute la Chine, la magnifique Nélombonée à grandes tleurs purpurines, connue sous le nom de Nelumbium speciosum, jouit d’une grande estime, non seulement pour sa beauté, mais comme plante alimentaire et médicinale. Mais jusqu’ici c’étaient seulement les racines et les graines que j’en avais vu employer telles quelles, ou assaisonnées avec du sucre. A Tzilan et peut-être ailleurs, ou sait extraire de cette grande racine, une fécule blanche qui, dit-on, est très corroborante. Pour préparer un bol, on met au fond du vase une seule cuillerée de cette farine, et on verse dessus de l’eau bouillante en l’agitant rapidement au moyen d’un petit bâtonnet.
« Cette matière blanche perd sa couleur presque immédiatement, pour ressembler à delà gélatine ettoule l’eau du bol se trouve transformée en une belle masse
NÉLUMBO DE LINDE
Iransparenle et consistante, mais par le refroidissement elle devient brune et solide. Mêlé d’un peu de sucre, le Ngeon-fen est excellent pour les malades, et aussi pour ceux qui ne le sont pas. »
A l’époque de sa floraison, le Nelumbium speciosum forme un des plus beaux ornements du lac de Srinagar (Cachemire) ; son feuillage, d’un vert gai, couvre entièrement les eaux et de cette surface verte émergent des myriades de pédoncules terminés par d’énormes tleurs roses qui rappelent nos plus belles Pivoines.
Ces fleurs d’une plante sacrée sont placées dans les temples et dans les oratoires particuliers des Hindous et renouvelées chaque matin pendant toute la durée de la floraison.
Les feuilles, qui sont d’un tissu frès solide, mesurent 45 centimètres et plus de diamètre. Dans le bord de ces feuilles, on passe un jonc qui sert de lacet et qui est destiné cà les relever de manière à mainlenir les aliments liquides. Cette sorle de vaisselle végétale, inconnue en France, est ensuile placée à l’ombre pour la faire sécher.
C’est sur ces feuilles ainsi préparées que les grands seigneurs du Cachemire se font servir leur nourriture, et, comme ces vases improvisés ne servent qu’une fois, ils sont assurés que leurs plats sont toujours propres.
La graine du Nelumbium est très bonne àl’état frais, et son goût rappelle celui de la Noisette. La consommation en est peu considérable, parce que les fleurs sont coupées pour orner les temples.
En automne, lorsque cesse la végétation, les jeunes feuilles non développées et formant une sorte de lurion sont récollées par les indigènes, mises en bottes et vendues sur le marché de Srinagar. Ces (lirions ont la
longueur et l’aspect de belles Asperges et portent le nom de Nadrou. Les indigènes, qui en sont très friands, les mangent cuits. Les Européens n’en font aucun usage ; cependant, M. L. Bouley, directeur des cultures de S. H. le Maliaradja du Cachemire, en a mangé, accommodés au kari, et assure que ce mets n’est pas fà dédaigner.
Nous avons recueilli les curieux renseignements qui précèdent, d’une part, sous la dictée de M. Ermens, ancien directeur des cultures du Maliaradja, et, d’autre part, dans un article de son successeur dans ces fonctions, M. L. Bouley, publié par la Revue horticole , 16 mars 1884.
En août 1835, Raffeneau-Delile, professeur de botanique à l’Académie de médecine de Montpellier et directeur du Jardin des plantes publiait, dans le Bulletin de la Société d' Agriculture clu département de 1 Hérault , un mémoire intitulé : Acclimatation
du Nelumbium speciosum dans le midi de la France. Il s’étendait, dans ce mémoire, sur l’intérêt historique que présente la plante, sur ses usages comme ornement architectural et comme attribut religieux, mais il faisait bon marché de ses propriétés alimentaires: « Le Lotus de l’ancienne Egypte, dit-il, croissait dans des lacs sur lesquels on se promenait en barques. Ses larges feuilles sortaient assez de l’eau pour abriter les barques, ou peut-être s’en couvrait-on. Elles avaient la grandeur des chapeaux thessaliens et servaient commodément de plats et de gobelets, en sorte que les boutiques d’Alexandrie en étaient bien fournies... »
Il rendait compte des procédés de culture qu’il avait appliqués au Nélumbo et des heureux résultats qu’il avait obtenus. Il terminait en disant : « Notre plante,
NÉLUMBO DE L'INDE
par sa rareté, a eu le privilège d’être très visitée, très admirée, d’attirer un concours de personnes qui apprenaient avec intérêt qu’elle est utile par ses graines et par ses racines, bonnes pourl’aliment dans l’Inde ; mais cette qualité d’aliment est vile, sans mérite, eu comparaison de l’élégance, de la couleur et du parfum agréablement anisé de ses fleurs ».
Le Nélumbo était alors cultivé pour la première fois à l’air libre, et Raffeneau-Delile prenait des précautions infinies pour assurer le succès ; mais aujourd’hui celle culture est bien connue et ne présente plus de difficultés.
M. Planchon, professeur de botanique et directeur du Jardin des plantes de Montpellier, nous écrivait: « On n’a pas eu besoin d’hybrider les Nelumbium pour cultiver ces belles plantes dans le Midi et même dans le centre de la France. La forme à feuilles rudes, appelée par Delile asperi folium , résiste ici à nos hivers les plus âpres. C’est probablement la même variété qui fleurissait, avant 1880, dans une grande mare du parc de Baleine, dans l’Ailier, appartenant alors à l’oncle de M. Doumet-Adanson, qui en est le propriétaire actuel.
« Tous les pieds ont été tués par l'hiver exceptionnel de 1880. Je suppose que vous pourriez aussi cultiver la plante à Crosnes ; mais je crains que, faute de lumière, encore plus que de chaleur, ces splendides plantes ne fleurissent pas aussi facilement que sous notre soleil. »
Nous avons immergé, en 1887, à Crosnes, quelques pieds de Nelumbium. Ils n’ont pas lardé à disparaître.
On a vu par la lettre de M. Planchon que la culture du Lotus était facile dans le midi et praticable dans le centre de la France. Plus au nord, il serait inutile de
l’essayer dans le but de récoller des rhizomes et des graines; il s’agirait alors d’une culture de luxe dont les procédés sont connus depuis longtemps; or, nous ne nous occupons ici des plantes aquatiques qu'au point de vue de leurs propriétés alimentaires. Le Nelumbium ne peut, sous ce rapport, être cultivé sous le climat de Paris.
Nos lecteurs pourront au besoin recourir aux publications, anciennes ou récentes, dans lesquelles sont décrits les usages ou les procédés de culture du Lotus, notamment dans :
Mémoires concernant les Chinois , vol. XI, p. 218 (intéressant article du Père Jésuite Cibot, sur la culture du Nélumbo). — Du Halde, La Chine , vol. I, p. 27. — Grosier, L)e la Chine , 1819, vol. III, p. 263. — R. Fortune, Journey to the lea counlries of China in 1819, p. 350, 352. — Vilmorin-Andrieux et G‘% Fleurs de pleine terre. — Journal Le Jardin , 1887. — Revue horticole , 1887. — D. Bois, Allas des Plantes de jardins, pl. 18.
NÉLUMBO JAUNE
Nelumbium luteum Willd.
Nélumbo lutea Caspar}’.
Antilles et Amérique septentrionale, où il se rencontre jusqu’à 44° de latitude nord.
Cette belle plante aquatique a le même port que l’espèce précédente, dont elle se distingue par ses fleurs jaunes. Selon Mueller ( Select extra tropical Plants , p. 206), « elle semble plus rustique et mieux adaptée aux latitudes extra-tropicales, le Nélumbo de l’Inde ne
NYMPHÉACÉES ALIMENTAIRES
descendant pas naturellement, en Australie, plus bas que 23".
« Les racines tubéreuses de cette espèce ressemblent à la Patate douce et sont amylacées. Les graines ont un goût particulièrement agréable. »
NYMPHÉACÉES ALIMENTAIRES
Euryale ferox Salisb.
Ti-teou-mi.
« Cultivé en Chine et au Japon pour ses rhizomes et pour ses graines, dont on a retiré une sorte d e farine. » (Naudin et Mue lier, Manuel de l' Acclimateur.)
« Cette substance ne se mange que cuite et est moins appréciée que ses congénères; cependant, la basse classe de Pékin ne la dédaigne pas » (À. Bill equin , professeur de chimie au collège de Pékin.)
Nüphar advenu. m Ail.
Tn-wah-pnh.
Espèce de l’Amérique septentrionale. Ses racines croissent à 4 ou 5 pieds de profondeur dans l’eau et les femmes indiennes les arrachent et en recueillent de grandes quantités. Ces racines mesurent de 1 à 2 pieds de long ; elles sont poreuses, de saveur douce et glutineuses ; on les mange généralement bouillies avec des oiseaux sauvages, mais souvent grillées. De grandes quantités de ces racines sont conservées dans les lia hi-
LE POTAGER u’UN CURIEUX
lalions, comme provision d’hiver. La plante est nommée Tci-wah-pah par les Indiens Dakola. Les graines constituent un important article d’alimenlalion pour les Indiens Klamath de Californie, qui les pulvérisent pour en faire du pain ; on les mange aussi grillées (1).
Nuphar multisepalum Engelm.
Espèce originaire de l’Amérique du Nord occidentale. Mueller ( Select extra tropical Plants) dit qu’elle produit des graines nutritives dont le goût rappelle celui des graines de Genêt et qui sont localement employées comme aliment, mais sont particulièrement utiles pour la nourriture de la volaille aquatique.
Nymphæa lotus L.
Castalia mystica Salisb.
Les anciens Lgyptiens faisaient du pain avec ses graines. Son rhizome, d’une saveur douce et très féculent, se mange comme la Pomme de terre.
Nymphæa edülis DG.
N. esculenta Roxb. ; Castalia e.dulis Salisb.
Espèce de l’Inde, à racines comestibles.
Nymphæa rubra Roxb.
Castalia magnifica Salisb.
Espèce de l’Inde, à graines et à racines comestibles.
(1) Rapport du commissaire de l’Agriculture pour l’année 1870 ; Washington.
NYMPHÉACÉES ALIMENTAIRES
Nymphæa cœrulea Savign.
Castalia cœrulea Tratt.
Au Sénégal, les graines de cette espèce fournissent une nourriture saine aux indigènes, surtout dans les cas de disette. Ils les mangent crues, ou bouillies à la manière de la farine de Millet, mais après leur avoir fait subir une sorte de torréfaction qui leur fait acquérir une saveur agréable.
Les rhizomes farineux sont également mangés après avoir été cuits sous la cendre. Leur saveur rappelle celle de la Pomme de terre (De Lanessan, Les Plantes utiles clés colonies françaises).
Les N. rubescens Guill. et Perr., micrcintha Guill. et Perr., abbremata Guill. et Perr., originaires de la même région, sont recherchés pour les mêmes usages.
Nymphæa Rudgeana Mey
Guadeloupe. La fécule que renferment sa souche et son embryon est nutritive et analeptique (De Lanessan, loc. cit.).
ŒUFS DE COQ Huevos de Gallo.
Salpiciihoa ruomboidea Miers, in llook., Lond. journ. of bot., 1845, vol. IV, p. 326. (Sdlpichroa rhomboideci Miers, in llook., Lond. journ., 1848, 2, p. 233).
Busbeckia radicans Mari, in Cal. Mort. reg. mon., p. 69 ; Planchonia arbutifolïa Dunal, ic. pict. in vel. fac. sc. monsp., t. IX, tab 836 ; Atropa rhomboiden llook., Bol., I, p. 133, t. XXXII; Physalis origan i folia Lam., 111. 2398; Atropa origanifolia Dcsf., Cat., éd. 3, p. 396.
Fam. des Solanées
Pian le vivace, à liges grêles, sarmenleuses ou couchées, les inférieures radicanles; feuilles petites, inégales, pétiolées ; tleurs blanches, solitaires, rarement géminées, pendantes. Calice de 2 à 3 millimètres de diamètre, cupuliforme, à cinq divisions étroites, qui persistent sur la base du fruit ; corolle tubuleuse, blanche, de 2 à 3 millimètres 1/2 de long sur 2 cà 3 de large, glabre, à divisions linéaires oblongues, ayant leur extrémité recourbée; baie ovale oblongue, de 2 cà 3 centimètres de long sur I centimètre de large, d’abord verte, puis blanche, enfin couleur de rouille près du pédoncule.
Celle plante se trouve à Magella, dans les pampas de Buenos-Ayres, Montevideo, Brésil austral.
Suivant Dombey, le fruit, qui est aigrelet, se mange.
M. Charles Barbier a récolté la plante dans les pampas de Buenos-Ayres et a eu l’obligeance de nous
Œufs de coq 433
en donner la graine. Voici les renseignements qu’il nous a donnés : « Les fruits de la plante sont parfaitement comestibles. A la Plata, les enfants les recherchent et
s’en régalent. On en fait aussi, dans les ménages, avec addition de sucre et d’aromates relevant leur fadeur, une confiture appréciée. J’en ai mangé avec plaisir.
Cette plante est très rustique et productive. Elle vaut la peine d’en tenter l’amélioration ».
La plante existe depuis longtemps au Muséum, mais n’y fructifie pas. Pour en obtenir les fruits, il faut la palisser contre un mur au midi ; elle se couvre alors de milliers de petites baies blanches semblables à des œufs d’hirondelle. Vivace par ses racines, elle repousse à chaque printemps, et il est assez difficile d’en débarrasser le sol.
En août 1877, nous avons présenté des OEufs de Coq à la Société d’Horticulture, sous le nom de Withcinia origanifolia (1) ; en octobre de la même aimée, nous avons exposé (Henri Véniat, jardinier) un pied de Salpichroci chargé d’une multitude de ses jolies baies blanches, et des confitures faites avec ces fruits.
Voici la recette de ces confitures (Mamoz) :
« Cuire les fruits dans autant de litres d’eau que de kilogrammes de fruits; quinze ou vingt minutes d’ébullition suffisent.
« Retirer, passer à l’étamine pendant que c’est chaud ; peser et ajouter poids égal de sucre, mettre au feu.
« Ajouter de 20 à 50 grammes de colle du Japon, selon le degré de consistance que l’on veut donner à la confiture.
« Cuire le tout jusqu’à ce qu'une goutte mise sur une assiette s’y tienne à demi ferme.
(1) C’est le nom sous lequel la plante était cultivée dans le jardin botanique du Muséum, à celte époque. Elle a été recommandée comme plante ornementale, voir Revue Horticole, 1893, p. 525 ; 1887, p. 32S, puis sous le nom de Muguet des pampas (même journal, 1897, p. 504 et 529).
OLIVATRE DU CONGO
« La râpure d’un Citron suffit pour 5 livres de fruits ; on l’obtient en frottant du sucre sur Je Citron : on broie ensuite le sucre, on le dissout dans une cuillerée d’eau, qu’on verse sur la confiture au dernier moment. II importe que le Citron 11e cuise pas. »
Les OEufs de Coq sont, à nos yeux, une plante plus curieuse qu’utile. C’est aussi la conclusion des notes publiées sur celte plante, par i\I. Ed. André (Voir Revue horticole , 1883, p. 523, et 1887, p. 328).
OLIVAIRE DU CONGO Solanum olivare Paill. et Bois.
Espèce voisine du S. Zuccagnianum } de 1 mètre à lra,50 de hauteur, non épineuse, à tiges cylindriques, vertes, un peu rugueuses, ramifiées dès la base; feuilles ovales, atténuées aux deux extrémités, à pétiole d’environ 3 centimètres de longueur ; limbe de 10 à 12 centimètres de long sur 5 à 6 de large, à base inégale, à bords sinués, couvert sur toutes ses parties de poils étoilés. Pédoncules 1-4 flores; calice tubuleux, à limbe divisé en 5 sépales lancéolés aigus, revêtus extérieurement de poils étoilés. Pétales 5, blancs, une fois plus longs que les sépales. Fleur de 2 centimètres 1/2 de diamètre. Anthères cohérentes, s’ouvrant au sommet par 2 pores; stigmate dépassant nn peu les étamines. Baie piriforme, pendante, légèrement déprimée au sommet et munie d’un petit mamelon, le plus souvent lisse, munie quelquefois de sillons longitudinaux, d’un rouge cocciné, longue de 6 centimètres, mesurant 2 cenli-
mètres dans le pins grand diamètre; graine blanche rappelant celle du Piment par la forme et par la couleur.
Celte plante est surtout ornementale: les nombreux fruits rouges qu’elle porte lui donnent une grande ressemblance avec certains Piments cultivés dans les
OLLUCO
parterres. Les graines nous ont été données par M. Pobéguin, attaché à la mission Brazza, qui nous a dit que les fruits en sont mangés comme Piments, au Congo. Pour nous, l’Olivaire est sans intérêt au point de vue alimentaire.
OLLUGO
Ulluco, Melloco, Papa lisa ; Uyuca ou Rouba (Venezuela).
Ullucus tubebosus Lozano.
Fam. des Chénopodées.
Plante vivace. Tubercules arrondis, ne dépassant guère, sous notre climat, Je volume d’une grosse Noix, roses, très lisses, à chair jaunâtre, mucilagineuse ou féculente lorsque le tubercule atteint sa complèle maturité, se développant sur des rhizomes qui prennent naissance à la base des tiges; celles-ci, ramifiées et rampantes, prennent racine à chaque point où elles touchent la terre; les feuilles sont alternes, épaisses, spalulées, d'un vert brillant, munies d’un pétiole assez long, rougeâtre. Fleurs petites, verdâtres, axillaires, ne mûrissant pas leurs graines sous notre climat. Originaire des Andes.
C'est à regret que nous consacrons un chapitre de ce livre à une plante dont la culture a été expérimentée pendant trois ans, avec beaucoup de soin, au Muséum, chez M. Louis Vilmorin, dans le jardin de la Société nationale d’Horticulture, etc., et dont les rares tubercules ont été unanimement déclarés immangeables.
Nous ne disposons ni d’assez de temps, ni d’assez
d’espace pour nous livrer sciemment à des tentatives vaines; mais l’Ulluco appartient à l’histoire des essais d’introduction de plantes alimentaires exotiques, et c’est à ce seul litre qu'il trouve place ici; nous nous bornerons donc à indiquer les sources auxquelles on pourra, si l’envie en prend, puiser tous les renseignements possibles sur la Chénopodée chilienne.
M. Ed. André a bien voulu nous adresser la note suivante sur la plante qu’il a observée sur le marché de Pasto (Nouvelle-Grenade) :
« Ollocos ( Ullucus tuberosus). Ce légume, généralement détestable, est ici représenté par plusieurs variétés : violette, blanche, jaune, verte et rose saumoné, parmi lesquelles plusieurs ne sont vraiment pas mauvaises et peuvent presque s’égaler aux Ocas. »
En 1895, MM. Vilmorin- Andrieux et Cie nous ont remis les tubercules d’une plante qu’ils avaient reçue de M. Bourgoin, de Merida (Venezuela), sous le nom â'Uyuca ou Rouba et qui étaient accompagnés de la lettre suivante :
« J’ai le plaisir de vous envoyer quelques tubercules â'Uyuca ou Rouba. Ces tubercules sont comestibles et, quand ils sont cultivés, bien farineux ; ils ont à peu près le goût de la Pomme de terre, mais la famille à laquelle ils appartiennent est différente ; c’est une Oxalidée. On les emploie principalement confits dans le vinaigre avec des Piments.
« Je crois que celle culture réussirait parfaitement en France, la plante ne se trouvant ici que sur les hautes montagnes, dans ce que nous appelons le pays froid (température moyenne de -f- 1 0 à 1 2°) . »
Nous avons planté ces tubercules au printemps 1896
OLLUCO
et il s’est développé des tiges feuillées qui nous ont permis de reconnaître qu’il s’agissait de YOlluco.
Les tubercules étaient beaucoup plus volumineux et d'une forme si différente de ceux que nous avions cultivés jusqu’alors, que nous n’avions pas eu l’idée de les rattacher à cette plante lorsqu’ils nous sont parvenus.
Publications à consulter :
Annales des se. phys. et nal. de la Soc. d' Agr. de Lyon , t. XI,
1848. /détails sur la culture de l’Ulluco, par M. E. Masscn. Bull, de la Soc. centrale d'Horl. de France , vol. XXXIX, p. 239.
— Ullucus luberosus, avec figure, par J. Decaisne. Revue horticole, 1848, p. 441.
— De VUlluco et de sa culture, par E. Masson. Bull.de la Soc. centrale d'Hort. de France , vol. XXXIX, p. 483.
— Nouveaux détails sur l’Ulluco, publiés par M. Pentland. Gardeners' Chronicle , n° du 30 décembre, p. 862.
1849. Note de M. L. Vilmorin, Revue horticole , 1849, p. 22. 1832. Remarques sur quelques tubercules comestibles , par
M.Weddell, aide-naturaliste au Muséum. Revue horticole, 1852, p. 148.
OLOMBÉ DU GABON Solanum Pierreanum Paill. et Bois.
Fam. des Solanées.
Plante annuelle, dressée, d’environ 1 mètre de hauteur, complètement inerme, couverte de poils étoilés, Blancs, sur toutes ses parties : tiges, feuilles, pédoncules, calice, partie extérieure de la corolle.
Tige cylindrique, ramifiée, d’un violet noirâtre. Feuilles alternes, d’abord violettes, puis vertes, sauf les nervures qui conservent leur couleur primitive ; pétiole long d’environ 5 centimètres ; limbe ovale, acuminé, de 10 à 15 centimètres de long, mesurant de 6 à 8 centimètres dans sa plus grande largeur, presque entier ou sineux, à nervures très saillantes à la face inférieure. Pédoncules opposés aux feuilles ou naissant le plus souvent dans les entre-nœuds, longs d’environ 2 centimètres, quelquefois uniflores, généralement bilurqués et portant deux fleurs, rarement triflores. Calice campanulé, de 7 à 8 millimètres de longueur, cà 5 ou 6 divisions peu profondes, triangulaires, accrescentes après l’anthèse ; corolle mesurant environ 2 centimètres de diamètre, à 5 ou 6 divisions étalées, d’un blanc légèrement purpurin ; étamines à filets très courts, à anthères linéaires, s’ouvrant au sommet par deux pores, atteignant à peu près les deux tiers de la longueur de Ja corolle; pistil de même longueur que les étamines, à style droit, terminé par un stigmate inséré obliquement. Fruits parfois solitaires, le plus souvent géminés, rarement groupés par trois, portés sur des pédicelles renflés
coniques, pendanls, munis de côtes comme ceux du S. Giio Raddi, sphériques, déprimés à la parlie inférieure et au sommet, de 3 à 4 centimètres de diamètre sur 2 à 2 centimètres 1/2 d'épaisseur, colorés en rougevermillon et flammés de violet brun.
Les graines d'Olombé ont été envoyées au Muséum par M. Pierre, directeur du Jardin colonial de Libreville (Gabon). Nous en avons été gratifiés par M. Maxime Cornu.
Les fruits de ce Solanum sont, paraît-il, mangés par les Pahouins.
En 1888, nous avons semé une première fois au mois de mars, sous châssis.
Les plantes ont bien végété, ont fleuri abondamment, mais n’ont pas noué de fruits.
En 1889, nous avons semé de nouveau, dans les mêmes conditions, mais nous avons repiqué la plupart des pieds en plein air. Cette fois nous avons obtenu quelques fruits d’un rouge éclatant, flammés de noir, que nous avons dégustés et qui ne nous ont pas paru utilisables; mais nous devons dire que la plante, adressée par nous à M. Latour-Marliac, de Temple-sur-Lot, s’est couverte chez lui de jolis fruits et s’est montrée, sous le climat du Lot-et-Garonne, décidément ornementale.
L’Olombé est un Solanum nouveau qui sera cultivé au delà de la Loire, sinon pour la table, du moins pour la décoration des jardins.
OSEILLE PAIIOUINE
OSEILLE PAHOUINE
Rumex abyssinicus Jacq. ?
Fam. des Poiygonées.
Les graines de cette plante nous ont été confiées par l\I. Maxime Cornu, professeur-administrateur au Muséum, qui les avait reçues de M. Biaise, lieutenant de vaisseau, avec l’indication suivante : » Oseille Pahouine. De grande taille. Excellente à manger. Des environs de Donguilah (Gabon). » M. Cornu en a présenté quatre pieds à la Société nationale d’Ilorticulture de France, le 2 juillet
Nous avons semé ces graines sous châssis, au printemps 1896. Les jeunes plantes ainsi obtenues ont été mises en place, eu plein air, dans les premiers jours de juin. Elles se sont développées vigoureusement, à ce point qu’à l’automne elles avaient atteint plus de 1 mètre de hauteur et produit d’abondantes feuilles hastées, très amples, tendres, de saveur légèrement acide.
Les plantes se disposaient à fleurir, mais les premiers froids sont survenus avant que les liges florales aient pu se développer. Les touffes, à ce momen t, étaient devenues très volumineuses. Nous en avons relevé quelques-unes en pot pour leur faire passer l’hiver sous abri vitré; malheureusement elles sont mortes avant le retour des beaux jours. Au Muséum, des pieds rentrés en serre froide ont très bien passé l’hiver et, en 1897, M. Grosdemange, chef des pépinières et du potager, en a tiré des boutures qui se sont enracinées sans difficulté.
L'Oseille Pahouine est une plante qui, par son abon-
LE POTAGER ü’UN CURIEUX
dante production de feuilles utilisables comme l’Oseille ordinaire, est appelée à rendre de grands services dans les pays chauds. U y a lieu de la signaler tout particulièrement à l’attention de nos colons. Nous ne pouvons garantir la détermination spécifique de la plante dont nous n’avons pu observer que les feuilles et la graine. Cependant, d’après ce que nous avons pu voir, V Oseille Pahouine serait, sinon le Rumex abyssiniens, du moins une espèce très voisine. Le 11. abyssinicus Jacq. (11. arifolius Ail.) est originaire de l’Abyssinie, mais existe, naturalisé (?) à la Réunion ; d’après M. Cordemoy (Flore de la Réunion, p. 285), il abonde à la plaine des Palmistes et serait commun dans la région moyenne. A la Réunion la plante porte le nom d 'Oseille sauvage, et ses feuilles sont utilisées comme légume.