BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ D’ACCLIMATATION
Chou de Schang-ton, 2e série, t. V, p. 755.
Productions de la Chine , par M. l’abbé David, 2" sér., t. II p. 237. Ce mémoire contient, an sujet du Pé-tsai, ce qui suit :
« Comme plantes alimentaires, on trouve clans nos jardins... le Pé-tsai. dont les Chinois consomment une énorme quantité, et qui vautplusque tous les autres légumes réunis; les Européens le trouvent aussi fort bon et de meilleure digestion que les divers Choux (l’Occident. »
Gardeners' clironicle , 1886, p. 40.
Bulletin of miscellaneous information (Royal gardens Kew, 1888, p. 138).
PHYSALIS DU PÉROU
Coqueret du Pérou.
Physalis peruyiana L., var. foliis subintegris ; P. edulis Sims,
Bot. Mag. tab. 1068 ; Alkekingi virginianum, fruclu luteo.
Feuillée, Pér. 3, p. 5, tab. 1.
Fam. des Solanées.
Herbe vivace, haute de 0' 50 à 0"‘,70, revêtue d’un duvet dense composé de poils simples; liges dressées, un peu rameuses; feuilles lomenteuses, eordiformes, acuminées, entières ; en avril-octobre, fleurs jaunes, maculées de pourpre; anthères violeües ; calice accrescent, vésiculeux, de couleur pâle à peu près uniforme, enveloppant une baie de la grosseur d’une Cerise, d’un jaune orange à la maturité (1).
Nous considérons le Physalis peruviana comme très
(1) Miller, Dictionnaire des Jardiniers, 2e édit., vol. V, p. G04, décrit, sous le nom de Physalis peruviana , le Nicandra physaloides, qui en est tout à fait distinct. C’est une plante annuelle, pouvant atteindre 1 mètre et plus de hauteur, glabre, à fleurs campanulées, bleues et à fruit non charnu. Le Nicandra est cultivé pour l’ornement des jardins.
PHYSALIS DU PÉROU
supérieur à toutes les autres espèces du genre, et nous en avons poursuivi la propagation avec tout le zèle possible. Ses graines nous sont venues en 1878 de la Nouvelle-Calédonie (1). Notre excellent correspondant, M. V. Perret, directeur du pénitencier agricole de la Dumbéa, ne connaissait pas le nom de la plante et nous la désignait simplement comme une Solanée à fruits
Fig. 64. — Physalis du Pérou.
comestibles; mais il paraît qu’elle avait été depuis longtemps introduite en Océanie. Dans l’intéressante publication qu’il a faite en 1875, dans les Mémoires de ta Société des sciences naturelles de Cherbourg , tome XIX, et dont il a bien voulu nous donner un des exemplaires tirés à pari, M. le capitaine Jouan cite le Physalis peruviana L. parmi les plantes médicinales. Notre Physalis se
(1) Le Physalis peruviana existait au Muséum, mais rien n’avait appelé notre attention sur lui avant l’envoi de M. Perret.
nomme Konini aux îles Marquises, el, selon Jardin, est employée parles naturels en compresses contre les maux de tête.
Mais c’est comme fruit comestible propre à confectionner des tartes, des sirops, des confitures et divers articles de confiserie, qu’on recherche les baies du P. peruviana et qu’on cultive au Pérou, au Cap, aux Indes, etc., la plante qui les produit.
Dans un mémoire intitulé : Enumération de los generos y especes de plantas , etc., M. Martinet, professeur d’histoire naturelle à Lima, dit : « On mange les fruits parfumés du Physalis peruviana ».
Dans le Manuel de jardinage pour le Bengale , que nous citons quelquefois, nous trouvons un chapitre consacré à notre plante, que nous reproduisons intégralement. Le Physalis peruviana y porte en anglais les noms de Peruvian cherry , Cape gooseherry. « Plante vivace, dit le manuel, herbacée, originaire du Pérou, naturalisée au Cap et très généralement cultivée dans ce pays- ci.
« Le fruit, qui ressemble exactement à celui de l’Alkékenge des jardins anglais, dont il est assurément le très proche parent, est enfermé dans un appendice de feuilles sèches (1).
« (1 est d’une couleur d’ambre claire, du volume et de la forme exacts de la Cerise, el délicieux et utile autant qu’aucun des produits de la campagne. Il n’est peut-être pas au monde de fruit qui fournisse une plus exquise contiture.
« Les graines doivent être semées en mai ou juin, et le plant est mis en place, en pleine terre, en lignes
(1) Le calice se développe en même temps que le fruit, le couvre entièrement et se dessèche avant la récolte.
PIIYSALIS DU PÉROU
distantes de 4 pieds et à 2 pieds de distance l’un de l’autre.
« Les plantes peuvent prospérer dans une terre ordinaire de jardin, mais, de préférence, dans celle qui a reçu un peu d’engrais. Lorsqu'elles sont hautes d’environ 8 pouces, elles doivent être buttées à moitié de leur hauteur. Lorsqu’elles fleurissent, il y a avantage à pincer le bout des jets pour qu’ils ne s’étendent pas trop, et aussi pour procurer plus de nourriture au fruit.
« Les baies mûrissent pendant les mois de janvier et de février. Quoique vivace, le Physalis doit être cultivé comme plante annuelle, et les vieux pieds, après avoir donné des fruits une fois, doivent être arrachés et jetés. Lorsque la saisou est venue, ou doit semer pour faire une nouvelle plantation.
« La plante est délicate et ne supporte pas beaucoup de froid. J’ai essayé plusieurs fois de la cultiver à Ferozepore, mais sans succès. Elle végétait vigoureusement pendant toute la saison chaude, mais le froid venait détruire mon abondante récolte avant qu’elle fût mûre. »
Le dernier paragraphe du livre de l’auteur anglais est applicable aux cultures du Physalis pratiquées sous le climat de Paris, et, tout récemment, une plantation qui nous promettait de 80 à 100.000 fruits ne nous en a donné que 2.000 parfaitement mûrs. Tout le reste a été détruit par une gelée de 2 degrés.
C’est dans le Midi que la culture du Physalis sera fructueuse. Que les cultivateurs du li floral méditerranéen veuillent bien s’y livrer, et ils pourront, avec quelques précautions, conserver les fruits pendant toute la durée de l’hiver, les expédier à Paris en quantité illimitée et en obtenir un prix largement rémunérateur.
Des baies cueillies le 7 mars, à Antibes, ont été adressées à un membre de la Société d’Acclimatalion, qui nous les a données. Leur maturité el leur fraîcheur étaient irréprochables.
Nous ferons connaître en quelques mois nos procédés de culture. On observera qu’ils sont propres au climat des environs de Paris, et qu’ils devront être modifiés au nord et au sud de celle région:
Nous semons en mars sur couche et sous châssis. Lorsque le plant est à point, nous le mettons en godets, toujours sur couche et sous châssis, un seul pied par godet. Vers la fin de mai, nous mettons en place en pleine terre, à im,10 de distance en tous sens.
La plantation reçoit deux binages pendant la saison. Nous supprimons tous les bourgeons inférieurs et ne conservons que les rameaux supérieurs. Nous pinçons dès que ces rameaux sont eu fleur.
La récolte commence en septembre el se poursuit jusqu’aux gelées. Les fruits ne sont mûrs qu’après dessiccation complète du calice qui les enveloppe.
Dans nos départements du Nord, on devra faire des boutures de P hy salis peruwana en même temps que celles des Pélargonium , leur faire passer l'hiver à côté de ces derniers elles planter en même temps, lorsqu’il n’y aura plus de gelées à craindre.
Au sud de la Loire, on pourra semer en pépinière en pleine terre. Sur le littoral de la Méditerranée, on récoltera tout l’hiver en protégeant les plantes contre la gelée.
Les baies récoltées doivent être placées dans un lieu froid et sec. Elles se conservent parfaitement pendant quatre mois. Cueillies dans le Midi à la tin d'octobre, elles fourniront donc l’aliment d’un commerce très lucratif jusqu’a u mois de mars ; nous disons très lucratif,
PHYSALIS DU PÉROU
parce qu’on obtiendra toujours un bon prix d’un fruit qui se conserve frais pendant tout l’hiver.
Le P hy salis peruviana est extrêmement productif; nous avons vu des pieds chargés de plus de cent fruits. Nous n’exagérons nullement en estimant à 400.000 le nombre de baies que produira l’hectare dans nos départements des Alpes-Maritimes, du Var, des Bouches-du- Rhône, de l’Hérault, etc.
Ces baies voyagent bien et arriveront à Paris en parfait état. Les confiseurs et les pâtissiers les achèteront, et, lorsque la concurrence aura baissé les prix, la population ouvrière, toujours avide de fruits, s’en emparera à son tour.
Les baies mûres du P. peruviana , mangées dans leur étal naturel, sont agréables, mais inférieures auxFraises, aux Cerises, etc.
Elles sont bonnes en compotes ; l’industrie du confiseur et du pâtissier les rend excellentes. Le confiseur les prépare au fondant et au caramel. 11 en fait des confitures et un sirop exquis. Elles suppléent, chez le pâtissier, tous les fruits dont il fait des flans et des tartelettes.
La maison T... en a fait des confitures et un sirop qui ne le cèdent en rien à ce qu’on connaît de meilleur à Paris.
La maison B... a vendu, dans l’espace d’une saison, 30.000 baies confites au fondant et au caramel. Les fruits que ces maisons ont employés leur avaient été livrés par un de nos amis, amateur éclairé d’horticulture, auquel nous avions fourni des graines.
Au moment où nous achevons la préparation de la troisième édition du Potager d'un curieux , ils continuent à être recherchés par les confiseurs, qui en manquent tous les hivers.
Nous pensons que le Physalis peruviana doit être cultivé et propagé, et nous sommes heureux de voir que nos efforts pour le faire entrer dans la consommation n’ont pas été vains.
PHYSALIS VIOLET (1).
Petite tomate du Mexique; Coqueret a feuilles d’Ansérine.
Piiysalis piiiladelpiiica Lamk., Dicl., II, p. 101, n° 10; Dunal, Prodromus syst. regu. veget.,^o\. XIII, pars. l,p. 450; P.chenopodifoliaVfiUd., non Lamk.; P. alviplicifolia Jacq., Fragmenta, p . 85 ; P. megistocarpos Zuccagn. ; P. vio'acea Carr., Revue hort.y 1882.
Fam. des Solanées
Plante annuelle, originaire de la Virginie et du Mexique, fleurissant pendant presque tout Télé, glabre sur toutes ses parties, qui, examinées à la loupe, paraissent cependant légèrement pubescentes. Tige rameuse, anguleuse, dressée, haute d’environ 1 mètre, renflée à
(I) Les graines de cette plante ont été remises à la Société nationale d’Acclimalation vers 1873-1874, par M. Balarce, ministre de la République Argentine à Paris.
Elles furent distribuées sous le nom de Petite Tomate du Mexique. M. Bossin, après avoir cultivé la plante, la considéra comme une espèce nouvelle et la décrivit sous le nom de Physalis edulis, déjà appliqué à une espèce absolument distincte (Bull. Soc. d'Acclimat., 1875, vol. II, p. 69).
C’est cette même plante que M. Carrière vit sans indication d’origine dans le jardin delà Société d’Horticulture d’Étampes, qu’il ligura et décrivit dans le numéro de la Revue horticole du 16 mai 1882, en l’appelant P. violacea.
Or, la plante n’était pas nouvelle; Jacquiu (loc. cit.)e n a donné une
PIIYSALIS VIOLET
l'insertion des rameaux, purpurine dans sa partie inférieure. Feuilles alternes, quelquefois opposées sur les rameaux, ovales, pétiolées, à peine dentées, sinuées sur leurs bords, ayant ordinairement 10 centimètres de long. Pédoncules unitlores, courts. Fleurs pendantes, inodores. Calice campanulé, quinquélobé, portant 10 stries, saturé de violet à la base, à divisions ovales, terminées en pointe. Corolle en roue, plissée, ayant deux fois la longueur du calice lorsqu’elle est dépliée, jaune, tachetée de violet au centre. Étamines à lllet court, subulé, dressé, violet, à anthères oblongues, didymes, dressées, obtuses, d’un violet brun, avec pollen cendré, déhiscentes longitudinalement sur les côtés. Style filiforme ; stigmate obtus. Le calice, qui est accrescent comme dans tous les autres Physalis, devient, à la maturité, grand, presque sphérique, pendant, d’un vert sale, comme vernissé; il porte 10 stries violettes qui vont de la base, qui est complètement saturée de violet, au sommet. La baie est très développée; elle atteint presque le volume d’une Prune de Monsieur (1), emplissant entièrement le calice, et souvent même le déchirant lorsqu’il ne peut la contenir; elle est presque ronde, glabre, d’un vert noirâtre. Les graines sont jaunes.
M. Carrière a indiqué avec beaucoup de précision le mode de culture applicable au Physalis violet. « C’est
excellenle figure coloriée et elle correspond exactement à la description du P. philadelphica du Prodromes.
C’est donc au P. philadelphica que doit se rapporter tout ce qui a été dit par M. Bossin sur ses usages.
Le P. edulis Sims (non Bossin), Botanical Magazine, pl. 1008, est la plante figurée sous le nom de Capuli par le P. Feuillée, et qui est répandue dans nos ja-dins sous celui de Coqueret du Pérou. Dunal la rattache au P. pcruviana, comme variélé (P. peruviana L., var. foliis subintegris, Prodr., vol. XIII, pars I, p. 440). (Voir l’article spécial que nous lui avons consacré.)
(1) Sur chaque pied, plusieurs fruits sont de la grosseur d’une Pomme d’api. — P. B.
4Hi
Fig. G5. — Physalis violet.
à peu près, dit-il, la culture de l’Aubergine qui lui convient. Sous le climat de Paris, il est bon d’avancer les plantes en les élevant sur couche et sous châssis. Semées eu pleine terre, de bonne heure, à bonne expo-
PHYSALIS VIOLET
si lion , et plantées dans un endroit un peu abrité, elles se développent bien et donnent des fruits qui arrivent à maturité. Comme celte espèce est vigoureuse et très ramifiée, on se trouvera bien d’enlever çà et là quelques rameaux, afin d’aérer les parties restantes, qui alors se développent et fructifient mieux. Pour hâter la floraison et maintenir les plantes plus basses, on pourrait aussi employer la taille et le pincement ou ébouquetage. »
De ce qu’on vient de lire, nous ne contesterons qu’un point. Nous croyons qu’en semant en pleine terre sous le climat de Paris, on ne récoltera presque rien, si la saison n’est pas exceptionnellement chaude. Dans le Midi, au contraire, le rendement d’une plantation de Physalis violet serait énorme.
11 nous reste à parler de l’usage qu’on peut faire des baies de la plante.
A l’état cru, elles sont légèrement acides, et à peu près sans parfum propre. Nous les trouvons insignifiantes.
En beignets, elles sont d’une extrême acidité, et désagréables.
En sauce verte, après une cuisson prolongée, elles sont acides sans excès, et, comme elles se conservent aisément sur la planche jusqu’au mois de janvier, et même bien au delà, elles pourraient, pendant l’hiver, remplacerlaTomale, qu’elles sont d’ailleurs loin de valoir.
Les Mexicains en font, paraît-il, un excellent sirop qu’ils emploient contre les maladies des voies respiratoires et dont M. Balarce adonné la formule àM. Bossin, après l’avoir expérimentée avec succès {Bull. Soc. d' Acclimata 1875, vol. II, p. 69). Sous le climat de Paris, la Petite Tomate du Mexique ne peut guère être admise que dans les jardins des curieux.
PHYSALIS DU COSTA-RICA Physalis Lafonii Paill. et Bois.
Fam. des Solanées.
Piaille annuelle, de 0m40 à 0m50 cenlimèlres de hauteur, revêtue sur toutes ses parties d’une pubescence grisâtre formée de nombreux poils, simples, courts. Tige dressée, fortement anguleuse, rameuse. Feuilles alternes, quelquefois opposées, de forme très variable, tantôt largement ovales, à base tronquée ou arrondie, tantôt obovales, plus ou moins longuement atténuées, entières, irrégulièrement denliculées ou légèrement sinuées sur les bords, celles des rameaux principaux variant de 15 à 18 centimètres de longueur sur 10 à 12 de largeur, celles des rameaux secondaires plus petites; pétioles de 4 ou 5 centimètres de longueur.
Pédoncule velu, long d’environ 1/2 centimètre au moment de l’anthèse, atteignant 1 centimètre 1/2 lorsque le fruit est développé. Calice campanulé, velu, à 5 divisions aiguës. Corolle très petite, jaune, campanulée, deux fois plus longue que le calice, velue extérieurement, de 5 à 7 millimètres de diamètre. Étamines égales ; anthères linéaires, violettes, de même longueur que le filet. Stigmate capilé.
Fruit formé d’un calice fructifère ovale, de 5 ou 6 centimètres de longueur sur 4 de largeur, à 5 angles, légèrement pubescent, surtout sur les nervures qui le sillonnent, à l’intérieur duquel se trouve une baie arrondie, verdâtre, de la grosseur de celle du P. peruvionci.
PII YSALIS DU COSTA-F.ICA
Nous devons celte espèce nouvelle à M. de Lafon, sous-commissaire de la marine en retraite, qui l’a rapportée du Cosla-Rica et qui nous en a obligeamment donné des graines, en même temps que celles de plusieurs plantes alimentaires de ce pays.
Ce Physalis avait déjà été recueilli dans le Nicaragua par M. Lévy ; il porte le n° 244 de sa collection et se trouve à l’herbier du Muséum d’histoire naturelle de Paris. M. Hemsley ( Biologia Centrali-Americana , Botany, vol. Il, p. 419) l’a rattaché au P. villosa Dunal ( Prodromus , vol. XII, pars 1, p. 445); or, dans celte espèce, la corolle est rolacée, jaune, maculée de brun, beaucoup plus grande que celle de la planie qui nous occupe, laquelle d’ailleurs est campanulée et immaculée.
Notre Physalis a beaucoup plus d’affinités avec le P.lcmceifoliaNees(Li?mæa, 1831, p. 473), (DC. Procli'., XIII, 1 , p . 447) ; il s’en distingue néanmoins parla forme de ses feuilles et parla pubescence dont sont couvertes toutes ses parties.
Nous avons cultivé le P. Lafonii comme le P. peniviana , et nous avons tout d’abord admiré sa puissante végétation ; mais ce premier élan s’est arrêté, la plante s’est couverte de fruits si abondants que leur nombre dépassait celui des feuilles. Ces fruits ne sont pas venus à maturité et nous ne savons pas encore s’il sera possible d’obtenir une récolte, à l’air libre, sous le climat de Paris.
PHYSALIS MINIMA Linné
M. Martin, de Saigon, nous a envoyé des graines d’un Physalis qui n’était autre que le Physalis minima , de Linné. Nous avons reconnu que celte plante ne présentait aucun intérêt.
Nous avons aussi cultivé le Physalis pubescens L. (A Ikekenge jaune douce), espèce annuelle, originaire de l’Inde et de l’Amérique tropicale, à fruit comestible, acide, quelquefois ^cultivée dans les jardins, mais de beaucoup inférieure au Coqueret du Pérou.
Dans la liste des fruits et des légumes que M. Ed. André a observés sur le marché de Bogota (Nouvelle- Grenade) et qu’il a eu l’obligeance de nous communiquer, nous avons trouvé cité, sous le nom de Ochuba , le fruit du Physalis fœtens Poir., espèce annuelle répandue dans toute l’Amérique tropicale.
Nous avons essayé de nous procurer la plante pour l’expérimenter, et nous nous sommes adressés pour cela à divers jardins botaniques sur les catalogues desquels elle ngurait. Jusqu’à ce jour, nous n’avons reçu sous ce nom que des espèces absolument distinctes et sans intérêt au point de vue qui nous occupe.
PHYSALIS DE FRANCHET
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PHYSALIS DE FRANCHET
Puysalis Francueti Mast. (Rev. hort. 1897, p. R76 (pl. coloriée).
Fam. des Solanées.
Cette espèce remarquable a été introduite du Japon, par M. J. H. Veitch, de la maison James Veitch et fils, de Chelsea.
Elle a été dédiée à M. Franchet parle Dr Masters.
MM. Veitch nous ont envoyé trois pieds de ce Physalis , lesquels ont végété à souhait, extérieurement et soulerrainement.
La plante semble être aussi dangereusement traçante que le Coqueret commun, P. Alkekengi , dont les vignes de quelques communes des environs de Paris, et notamment de celles d’Yerres, sont infestées.
La multiplication sera donc extrêmement facile.
Dans la description publiée par le Gardeners Chronicle , du 13 octobre 1894, le Dr Masters observe que, botaniquement, on ne peut mettre en doute qu’il s’agisse d’une variété du P hy salis. Alkekengi , et la plante est d’ailleurs présentée comme telle dans l’ouvrage de MM. Franchet et Savatier : Emnneratio planta?' um in Japonia sponte c^escéntium, vol. II, p. 454; mais l’effet qu’on en obtient dans les jardins est tout autre et vraiment admirable.
Le P. Francheti (fig. 4) n’est pas seulement décoratif pendant l’été; il suffit d’un rameau de la plante, garni de ses calices rouges, et introduit dans les bouquets d’hiver, pour donner à ceux-ci une valeur
particulière, notamment dans les bouquets dits perpétuels.
Les baies sèchent sans se corrompre et le calice qui les recouvre conserve jusqu’au printemps son éclatante
couleur rouge écarlate. Ces baies sont grosses, rouges à la maturité, mais sans valeur comestible.
Voici ce qu’en disent MM. Veitch : The fruit is edible, though some 'practice is wanted to make it palatable (1).
(1) Le fruit est comestible, mais en pratique, il s’en faut qu’on puisse le donner comme agréable au goût.
PHYTOLAQUE A DIX ÉTAMINES
Dans une lettre qu’il nous a adressée au sujet de cette plante, M. le Dr Masters nous disait : « J’ai goûté les fruits une fois, je n’ai pas envie de les goûter encore. » Il suffit en effet de déguster une baie pour n’être jamais tenté d’y revenir.
PHYTOLAQUE A DIX ÉTAMINES
PlIYTOLACCÀ DECANDRA L.
Fam. des Phytolaccacées.
Plante vivace, haute de 2 à 3 mètres, à racines épaisses et charnues, à tiges cylindriques, glabres, sillonnées ; feuilles amples, ovales-lancéolées, aiguës, à peine mucronées, molles. En août-septembre, fleurs d’abord blanches, puis pourprées, disposées en grappes assez longuement pédonculées, plus longues que les feuilles; pédicelles deux fois plus longs que le calice, quia 5 divisions profondes; étamines 10 ; ovaire unique, surmonté de 10 styles ; fruit charnu, souvent à 10 côtes.
« Le mot Phytolaccci , donné par Linné à cette plante, dérive d’un mot grec qui signifie plante, et de lacca , laque; et, en effet, toutes les espèces de ce genre ont une teinte rouge. Leurs feuilles deviennent de celle couleur sur l’arrière-saison, aussi bien que leurs fruits, alors pleins d’un suc rouge comme la laque, et que les teinturiers peuvent fixer, jusqu’à un certain point, au moyen du sulfate d’alumine et de l’ammoniaque liquide. On la cultive en Europe...
«... Elle est originaire de l’Amérique septentrionale
et se trouve particulièrement en Virginie. Elle s’est naturalisée dans les contrées méridionales de l’Europe, et même en France, aux Antilles, dans les colonies de la Martinique et de la Guadeloupe, à Saint-Domingue (Haïti), etc.
« On mange, en guise d’Épinards, les sommités du Phylolacca, que les dames créoles recherchent pour leurs calalous. Quelques fraudeurs colorent le vin avec le suc de ses baies, qui lui donne un goût acerbe et désagréable (1). »
Descourtilz n'est pas le seul qui nous présente le Phytolacca comme une plante alimentaire usuelle. William Darlington, dans son Agricultural Botany (Philadelphie 1847), nous dit que les jeunes pousses du Phylolacca sont un bon succédané de l’Asperge; que ses baies mûres ont même été employées par les pâtissiers à faire des tartes d’un mérite douteux. Il ajoute cependant que la plante est traitée comme une mauvaise herbe par les fermiers soigneux.
Pépin, dans la Reçue horticole , 1847, volume IX, page 21 8, prétend qu’on a pu remarquer pendant les mois de janvier et de mars, chez plusieurs marchands de comestibles de Paris, des liges blanchies du Phytolacca decandra. « Ces tiges, assez semblables à des Asperges, se vendent, dit-il, en grande quantité sur les marchés des États-Unis où cette plante est regardée depuis longtemps comme alimentaire. M. Lakanal, qui résida pendant plus de vingt ans au Kentucky, lui a assuré qu’elle y était estimée comme un excellent légume (2).
(1) Descourtilz, Flore des Antilles, vol. V, p. 32.
(2) D’après Nultall, The généra of North America , t. I, p. 293, a les jeunes pousses du Phytolacca, préalablement bouillies, sont alimentaires. »
PHYTOLAQUE A DIX ETAMINES
« Plusieurs personnes à Paris en ont fait l’expérience et n’ont, pas trouvé ce mets de leur goût; mais il paraît que cet avis n’est pas général, puisque le Phytolacca est devenu, momentanément du moins, une plante culinaire chez nos principaux restaurateurs. »
M. Jean Sisley a publié, dans la Revue horticole , 1868, page 440, une note traduite de Y American Agriculturist , même année : « La vue de longues grappes de baies d’un violet noirâtre, que porte celte belle plante, mûrissant eu ce moment, nous rappelle l’excellence de ses pousses au printemps. Elles sont nombreuses, de la grosseur du doigt et garnies de feuilles non développées. Ces pousses, coupées lorsqu’elles sont encore jeunes, et cuites comme des Asperges, sont si délicates, que quiconque en a goûté en veut manger encore.
« Puisque les pousses sont bonnes, prises sur les plantes qui croissent au bord des chemins et des haies, sans culture, il est probable qu’elles seront meilleures lorsque la plante sera cultivée dans les jardins. Nous recommandons donc qu’au lieu de la traiter comme une mauvaise herbe, on la cultive avec soin, et nous conseille] s à ceux qui voudraient en faire l’essai, de transplanter les racines en automne, de diviser les grosses touffes et de les planter à 1 mètre de distance dans un sol bien labouré et fumé.
« Nous savons bien que cette plante est réputée pour ses qualités médicinales; mais, quoi qu ’ i 1 en soit, les jeunes pousses perdent par la cuisson leur propriété médicamenteuse, et nous connaissons bon nombre de personnes qui en mangent depuis des années sans en avoir éprouvé le moindre inconvénient. »
La rédaction de la Revue ajoute : « Nous rappelons h nos lecteurs, ainsi que nous l’avons rapporté dans notre
Chronique (1868, p. 283), que le Phytolacca , grâce aux recommandations de M. Lacalm, est employé dans certaines parties de l'Aveyron, les feuilles comme Épinards, les tiges comme Asperges.
« Nous croyons aussi devoir rappeler que, en Chine, on utilise pour les mêmes usages le Phytolacca edulis, plante plus naine, qui paraît être originaire de ce pays. »
M. Braconnot, de Nancy, a fait des expériences sur le P. decanclra. Il a conclu de ses expériences : « l°que la potasse existe en énormes proportions dans ce végétal ; 2° que ses cendres fondues peuvent entrer dans le commerce comme un alcali assez riche; 3° que la potasse est saturée dans la plante par un acide analogue à l’acide malique, mais qui en diffère sous quelques rapports; 4° que les haies peuvent fournir par la fermentation et la distillation une certaine quantité d’alcool ; 5° que la matière colorante peut être employée comme réactif; 6° que l’on peut se servir des feuilles comme aliment; 7° que la culture de la Phylolaque peut devenir une branche d’industrie pour la production de la potasse. 100 livres de cendres ont fourni 66 livres 10 onces 5 gros de salin desséché, contenant 42 livres de potasse pure et caustique. » ( Annales de chimie , t. LXII, p. 71 et suivantes.)
Après avoir reproduit ce que nos devanciers ont dit du P. decandra , nous parlerons brièvement de nos expériences personnelles. La plante est rustique. On la sème en pépinière pour la mettre en place lorsque les jeunes pieds sont à point. On divise les touffes en automne, et l’on plante à 1 mètre de distance en tous sens.
Au printemps, lorsque la végétation commence, on place des pots renversés sur les plantes, après en avoir
PHYTOLAQUE A DIX ÉTAMINES
aveuglé les trous, et l’on récolte les turions dès qu’ils ont atteint 15 à 20 centimètres de hauteur. Cuits et servis comme les Asperges, ils sont charnus, tendres, mais fades. Nous en avons mangé, en petite quantité, il est vrai, et nous n’en avons éprouvé rien de fâcheux.
Le suc rouge des baies delà Phylolaque est un purgatif populaire aux Etats-Unis; mais, employé entrés petite quantité, il est tout à fait inofïensif.
Dans notre village, on s’en est servi quelquefois pour donner au vin une couleur factice. On en fait le même usage en divers pays.
En Allemagne, on en fait un sirop qui se conserve et qui sert à colorer différents mets. Voici, d’après Mme Davidis, le mode de préparation de ce sirop (1) : « Les grappes de baies mures de la Phylolaque, dont la culture est indiquée dans mon Jardin potager et fleuriste (2), au paragraphe des arbustes d’ornement, contiennent cet admirable jus rouge qu’on vend comme une marchandise chère, à Berlin et dans d’autres grandes villes, pour colorer les sauces mousseuses, les gelées blanches et les plats au lait, et qu’on prépare de la manière suivante : à la fin de l'automne, lorsque les grappes ont acquis leur maturité et sont devenues d’un noir brillant, on les égrène et on les presse. Pour clarifier le jus, on le laisse reposer de six à douze heures dans un vase de porcelaine un peu étroit, puis on le tire à clair. Alors on le met dans un pot de terre qui n’ait rien contenu de gras, avec un tiers de son poids de sucre concassé, et on lui fait jeter seulement quelques bouillons, tout en écumant, attendu que, par une plus longue cuisson, sa belle couleur rouge deviendrait brune. Quant
(1) Mm0 Henriette Davidis, Praktisches Kochbuch , p. 53G, 21° édition; Bielefield et Leipzig, 1876.
(2) Ouvrage de Mme Davidis.
il est froid, on le verse dans des bouteilles à médicaments, proprement lavées, entièrement séchées et soufrées, qu’on bouche avec un bouchon de liège, qu’on cachète et que l’on conserve dans un endroit frais. Pour colorer un plat, il suffit de quelques gouttes de jus. »
PHYTOLAÜUE COMESTIBLE
Yama Gobo, Fi to radzuka. Japon.
Piiytolacca acinosa, var. ESCULENTA Maxim., SuppL ad indicem seminum, anm 1868, quæ hortus boianicus imper ialis pelropolitanus, 1869, p. 23; P. esculenta. Van Iloutte, Flore d»s serres, IV, 1848, p. 398 bis ; Picurnia escutenla Moq. in Van Iloutte, loc. cit., IX, 1854, p. 236; P. pekinensis Hance, in S'eem. Journ. of Bot., 1869, p. 166; Piiytolacca Kæmpferi A. Gray. On the bot. of Jap., in Journ. of the Amer. Acad., 1859, april, p. 404 ; Miquel, Prol. fl. jap., p. 125, 301; P. oclandra L., Spec„ p. 631; Thunb., Fl. jap., p. 189.
Farn. des Phytolaccacees.
Plante vivace, haute de 1 mètre et plus, à tiges dressées, un peu ligneuses à la hase, marquées de lignes verruqueuses ; feuilles brièvement pétioiées, lancéolées, aiguës, mucronées, rétrécies aux deux bouts, décurrentes sur le pétiole; en juin-septembre, fleurs hermaphrodites, blanc verdâtre, pédicellées, disposées en grappes raccourcies, brièvement pédonculées, beaucoup plus courtes ou aussi longues que les feuilles, à rachis droits, un peu rudes au loucher; étamines 7-8; carpelles 5-7, soudés inférieurement entre eux.
Persuadés que le Piiytolacca esculenta justifiait son
PHYLOLAQUE COMESTIBLE
nom, ou que son âcreté naturelle disparaîtrait sous l'influence de l’étiolement, nous en avons fait une belle plantation, que nous avons traitée comme le Crambé maritime.
A la fin de février, nous avons butté chaque pied à hauteur suffisante et nous avons obtenu de belles pousses, roses, pleines, tendres comme des Asperges; mais il nous a suffi d’en manger deux ou trois pour avoir la bouche et la gorge en feu.
Note publiée par Van Houtte dans la Revue horticole (1851, vol. XIII p. 76) : « Depuis quelques années on s’évertue à l’envi à trouver des succédanés au vieil Epinard de nos jardins, elles plantes proposées ont obtenu plus ou moins de succès. En voici venir une qui répond amplement aux besoins culinaires et qui remplacera avantageusement l’ancienne. C’est un Phytolacca dont les graines m’ont été envoyées de l’Inde, sous le nom de P. esculenta (1). La plante s’élève à 1 mètre environ de hauteur; elle est robuste et très ramifiée. Ses feuilles sont amples ; cuites et préparées cà la manière ordinaire, ces feuilles présentent l’avantage de fondre deux fois moins que celles des Epinards ; leur saveur, extrêmement agréable au goût, a quelque chose d’aromatique, elle est plus prononcée et n’a pas besoin d’être relevée par des épices. Tel est l’avis de toutes les personnes qui en ont mangé chez moi pendant le cours de l’été dernier.
« Le Phytolacca esculenta est vivace et se multiplie abondamment. J’en enlève les racines à l'approche des froids et je les conserve à l’abri de la gelée, pour les replanter en mars. Je suis persuadé que, chauffées, elles produiraient abondamment en moins d’un mois. Ce sera,
(1) La plante était cultivée à Glascow dès 1836.
de toute manière, une excellente plante légumière, dont les maraîchers sauront tirer bon profit. »
Nous possédons un grand nombre de succédanés de l’Épinard, et la Phylolaque comestible, considérée comme telle, nous intéresse médiocrement. Il en eût été autrement si ses pousses nous avaient fourni un légume d’hiver comme celles du Crambé maritime. On a vu plus haut qu’à ce point de vue il n’y a rien à en attendre.
PIPENGAILLE
Luffa acutangula Seringe. Fam. des Cucurbitacées .
La plante est habituellement cultivée dans les régions tropicales; elle est originaire de l’Inde, où elle porte les noms de Tond (Hindouslan), Jhinga (Bengalais). D’après Hoxburgh, le fruit, à demi-développement, bouilli et préparé avec beurre et sel, n’est pas inférieur aux Pois verts. 11 est aussi considéré comme aliment sur la côte occidentale d’Afrique. M. Pierre, directeur du Jardin colonial de Libreville, nous en a envoyé des graines sous le nom d v Long Okra , qui lui est donnée à Sierra Leone et à Libéria. La plante est nommée M' Counive au Gabon.
Nous en avons reçu des graines de notre confrère M. E. Harel, et de M. le Dr de Cordemoy.
Nous avons semé le 15 mars sur couche et sous châssis et n’avons conservé qu’un pied dans un coffre
PIPENGAILLE
d'un seul panneau. La plante a bien empli ce coffre et ses tiges se sont étendues au dehors. Nous les avons alors élevées sur de grandes perches et nous croyons qu'elles auraient atteint aisément une hauteur de 4 mètres, si nous avions pu leur fournir des soutiens de celte dimension.
Le premier fruit s’est formé le 18 juillet, à quatre mois de date du semis, et beaucoup d’autres sont venus ensuite jusqu’au 10 septembre, où un vent violent a tout détruit.
Nous pensons qu’il suffirait de quatre pieds de Pipengaille, auxquels seraient donnés les soins d’usage, pour fournir chaque semaine un plat à la table d’une famille.
Nous avons eu quelque peine à faire préparer convenablement le légume, quoique M. le Dr de Cordemoy nous eût fait obligeamment remettre la recette suivante, qui est en usage h la Réunion :
«■ Peler les fruits.
« Laisser ou enlever les graines, suivant qu’elles sont plus ou moins dures.
« Faire rissoler un demi Oignon, puis fricasser le tout ensemble.
« Au besoin, ajouter à la fin un filet de vinaigre. »
Trois fois, en nous conformant à celle recette, nous avons trouvé que la cuisinière avait mis trop d’Oignon et trop de beurre. Ce n’est qu’en réduisant successivement la quantité de ces deux ingrédients, que nous sommes arrivés à un résultat satisfaisant.
Nous avons recueilli les fruits à demi-grosseur, et nous les avons coupés en rondelles d’un pouce d’épaisseur. Nous avons omis le filet de vinaigre.
La Pipengaille est un légume très recherché à la Réunion, et serait fort utile dans notre Midi et dans
celles de nos colonies qui ne la possèdent pas encore. Il est bon, délicat, niais de faillie saveur. Il voyagerait, sans s’altérer, entre la Provence et Paris. On pourrait peut-être même l’expédier de notre colonie africaine.
Fig. 67. — Licffa acutangula.
Lorsque le fruit est mûr, il renferme une masse centrale, fibreuse, que l’on emploie en guise d’éponge, ce
qui fait donner à la plante le nom de Courge-torchon. On confond souvent le Luffa acutangula (fig. 67)
PI-T’SI
avec le Lu/fa cylindrica (fig. 68). Les deux piaules servent aux mêmes usages, soit pour la labié, soit clans le ménage.
Voici ce que dit M. Naudin à propos du genre Luffa :
« Dans deux espèces, les L. cylindrica el acutangula , le fruit est comestible lorsqu’il est jeune et que les fibres n’ont pas encore eu le temps de se durcir. Le L. cylindrica porte dans nos colonies le nom indien de Petole , tandis que le L. acutangula est 110mm é Papengaye.
« Ces deux espèces sont distinctes, bien qu’affines. » Le fruit est lisse dans le L. cylindrica , et relevé de côtes très saillantes dans le L. acutangula .
PI-T’SI
Eleocharis tuberosa Schult.
Scirpus tuberosus Roxb., Plants of tlie coast of C oromandet , pi. 231 ; Cyperus dulcis Rumph., Herb. Amb., 6, p. 7, tab. 3; Bossai, vulgo Qaai, Kæmpfer, Amænitatum exoticarum, fasc. V, p. 827.
Fam. des Cypéracées.
C’est une forme tubérifère de Y Eleocharis plantaginea Retz. Plante aquatique, vivace, originaire de l’extrême Orient. Racine fibreuse, stolonifère, produisant des tubercules arrondis du volume d’une petite Noix. Tige dressée, noueuse, a pliylle, munie à la base d’une ou deux courtes gaines. Fleurs en épi terminal, solitaire, cylindrique. Ecailles oblongues, membraneuses, rnargi-
nées. 3 étamines. Style trifîde, plus rarement bifide, épaissi à la base, comprimé. Àcbaines obcordiformes, entourés de petites soies recourbées.
Vers 1655, Martinus Martini, dans son Novus Atlas sinensis , disait : « Ville de Kia-hing (Prov. die Kiang). Les Chinois nomment Pe ci une plante à fruits (1) ronds qui croit dans les eaux stagnantes de toute cette région. Le volume de ces fruits n’excède guère celui d’une Châtaigne. L’amande en est couverte d’une peau très fine, de couleur brune, et sa pulpe, d’un blanc très pur, est pleine de suc, d'une saveur agréable, plus dure que celle des fruits ordinaires et quelque peu acide.
Si, en même temps que le fruit, vous mettez dans votre bouche une monnaie de cuivre, vous la briserez avec les dents aussi facilement que le fruit, et vous la réduirez en pulpe comestible par une force merveilleuse de la nature dont j’ai d’ailleurs fait souvent moi-même l’épreuve. »
En 1696, le R. P. Louis Le Comte, dans ses Nouveaux mémoires sur l'état cle la Chine , parlant du Pe ci, rapporte ce qu’a dit Martini, que, lorsque ces fruits sont mâchés en même temps qu’une monnaie de cuivre, celle-ci est aisément broyée avec les dents, conte que l’on rencontre aussi dans les livres chinois; mais Le Comte réfute cette assertion en invoquant sa propre expérience (Notes extraites de l’ouvrage intitulé : Early European researches in to the Flora of China , by E. Brelschneider, D. M. London, 1881).
M. le Dr Brelschneider nous écrivait de Saint-Péters-
(1) Les missionnaires ont cru voir un fruit dans ce qui n’était qu’un tubercule. — P. B.
PI-T’SI 503
bourg, le 20 novembre 1885 : « Le nom chinois de Y Eleochar is tuberosa est Pi t'si. La plante est cultivée partout en Chine, à Pékin aussi bien qu’à Shang-Haï, Canton, etc.
« J'en ai envoyé des tubercules, qui ont la grosseur d’une Châtaigne, à feu M. Decaisne, mais ils ne sont pas arrivés en bon état. L 'Eleocharis tuberosa serait une bonne acquisition pour nos cultures, parce que ses tubercules sont très bons à manger. Pour les envoyer de Chine en France, il faudrait les mettre dans un pot rempli de vase et d’eau. Quelqu’un devrait se charger de prendre soin de ce pot sur le bateau et de renouveler l’eau qui s’évapore. De celte manière, on apporterait de jeunes plantes à Marseille.
« La plante se cultive dans l’eau, comme le Riz. Je ne suis pas à meme de vous indiquer une personne en Chine à laquelle vous pourriez vous adresser pour celte affaire, mais je vous conseillerais d’aller voir mon ami M. Dévéria, premier interprète chinois au ministère des Affaires étrangères, il vous dira ce qu'il faut faire. »
Notre savant correspondant nous écrivait encore, en date du 7 juin 1887 : « La plante est beaucoup cultivée aux environs de Pékin, dans des terrains submergés. Elle ne fleurit jamais. On la cultive pour ses tubercules, qui ne se forment que très lard en automne. On les récolte au printemps et on les mange crus ou cuits ; on les confit aussi dans le vinaigre. Les Européens ne mangent pas beaucoup le Pi t'si; cependant, il a un goût assez agréable. On n’a pas besoin, comme on nous l’a dit, de rejeter le résidu après avoir mâché le tubercule. »
Dans la môme lettre, le docteur renouvelait ses recommandations pour le transport des plantes aquatiques chinoises.
Nous lisons dans Roxburgh, Flora indien , volume I, page 210 : « La plante est citée par l’abbé Grosiersous le nom de Pi dsi. Sous les noms de Maatai , Pu-tsai ou Pe t'si, ou Châtaigne d’eau des Chinois. M. Duncan, pour déférer au désir du gouverneur général, l’a envoyée de Canton au Jardin botanique de la Compagnie, à Calcutta, où elle fleurit vers la tin des pluies, en septembre.
« Pour les usages économiques de ses racines tubéreuses, je demande la permission, dit Roxburgh, de m’en référer, d’une part, à l’abbé Grosier et aux autres historiens qui ont eu l’occasion d’observer de quelle manière elles sont employées parles Chinois, et, d’autre part, à l’extrait suivant de la lettre de M. Duncan qui accompagnait les plantes : « Maa tai , Pu tsai ou Pi dsi , selon l’abbé Grosier, Châtaigne d’eau. Se cultive dans des réservoirs qui sont fumés pour la plantation, vers la fin de mars. On fait alors écouler l’eau du réservoir et l’on pratique dans le fond de petites cavités qu’on emplit d’engrais humain et qui demeurent exposées au soleil pendant un quinzaine de jours. Leur contenu est bientôt intérieurement mélangé avec le fond vaseux du réservoir et les éclats ou les racines y sont déposés. L’eau est alors ramenée et la nouvelle récolte atteint sa perfection le lor septembre. Celte noix est très estimée des Chinois de toute classe, non seulement comme racine pour le pot, mais aussi comme remède. On la mange bouillie ou crue. Je ne me porterais pas garant des vertus singulières attribuées au Maatai , mais je citerai seulement une des plus plausibles. Les enfants jouent ici avec des pièces de monnaie dans la bouche ; cellesci glissent quelquefois dans leur estomac et provoquent des symptômes alarmants. Le noix, crue ou bouillie, leur est alors immédiatement donnée en quantité, elle
pi-t’si
ne manque jamais de les soulager el est toujours considérée comme un spécifique. On prétend qu’elle décompose le métal. »
Nous pourrions, comme hoxburgh, nous en référer à la Description générale de la Chine , Paris, 1785, par l’abbé Grosier, mais cet ouvrage n’est pas à la disposition de tout le monde elle lecteur serait privé des renseignements qui s’y trouvent et qui sont des plus intéressants. Nous reproduisons donc ici les passages relatifs aux plantes comestibles aquatiques :
« On a osé avancer en Europe que les Chinois laissent une partie de leurs terres sans culture; on ignorait, sans doute qu’ils cultivent Je fond même des eaux et que le sol des lacs, des étangs, des ruisseaux, leur fournit des moissons qui nous sont encore inconnues. Leur industrieuse activité leur fait trouver des ressources dans un grand nombre de plantes aquatiques, dont plusieurs, telles que le Pi t'si et le Lien hoa, font les délices des meilleures tables chinoises.
« Le Gouvernement, pour donner au peuple l’exemple de cette culture, a soin d’en faire planter dans les étangs, dans les nappes d’eau et dans toutes les eaux qui appartiennent à l’Etat. L’empereur lui-même en fait garnir les pièces d’eau qui ornent ses jardins, et presque tous les fossés de son palais en sont remplis. Les fleurs et la verdure de ces plantes utiles couvrent aussi presque entièrement les deux immenses nappes d’eau qu’on trouve au centre de Pékin et qui ne sont séparées que par un seul pont où tout le monde passe el d’où l’on peut considérer les magnifiques jardins du palais de l’empereur. Le Pi t'si ou la véritable Châtaigne d' eau ( I)
(1) Pour nous, le Trapa natans est la véritable Châtaigne d’eau, et
LE POTAGER D’üN CURIEUX
ne croît que dans les provinces méridionales de la Chine; elle dépérit à Pékin. Ses feuilles sont longues comme des Joncs, mais creuses et formées en tuyau comme celles des Ciboules. Ce que la plante a d’extraordinaire, c’est que son fruit se trouve dans une enveloppe que forme sa racine, et y est renfermé comme la Châtaigne dans sa coque épineuse ; on rompt cetle coque et l’on détache le fruit sans endommager la plante. Celte Châtaigne d’eau est très saine et d’un goût très délicat; on la donne à mâcher aux malades pour leur rafraîchir la bouche. »
Nous avons fait jusqu’ici de vains efforts pour nous procurer le Pi t'si.
Nous avons reçu du R. P. Mende, de Shang-Haï, plusieurs tubercules d’Eleocharis tuberosa qui sont arrivés à Paris trop fatigués par le voyage pour qu’il nous fût possible de les faire végéter.
Le D1 Bretschneider nous dit bien ce qu’il faut faire ; mais où trouver le voyageur complaisant qui consentira à se charger du transport des racines, à leur donner l’eau nécessaire, enfin à ajouter le 'précieux pot à ses impedimenta de voyage? Nous ne sommes pas découragés, mais nous sommes fort embarrassés.
Ce qui peut consoler les amateurs des environs de Paris, c’est que le climat n’y permettrait pas la culture du Pi t'si ; non qu’il ait rien à redouter du froid sous l’eau dont il serait couvert, mais parce que la récolte de ses tubercules se fait tard en automne, et que nous n’avons pas, comme à Pékin, après des hivers où le
d’ailleurs nous n’en avons pas d’autre; mais les Chinois ont le Pi t'si et le Lwg-hio, et, pour eux, le Pi t'si est la véritable Châtaigne d’eau.
pi-t’si
thermomètre descend à 20°, six mois de chaleurs tropicales. M. l’abbé David a observé 40° à l’ombre dès le mois de mai.
La Châtaigne d’eau chinoise serait donc, chez nous, confinée dans quelques-uns de nos départements les plus méridionaux.
C’est ici le lieu de parler de deux Eleocharis , voisins du Pi ? si. A notre grand regret, nous n’avons pas jusqu’ici réussi à nous les procurer, et nous ne pouvons, par conséquent, leur consacrer un article à part. Nous prions instamment les personnes qui recevraient des tubercules de ces plantes, de vouloir bien nous en informer ;
Eleocharis esculenta Vieillard ( Herb . de la N ouoelle-C alédonie , n° 1456).
Liante herbacée, louiïue, stolonilère; stolons munis de tubercules farineux, ayant beaucoup de ressemblance avec ceux du Cyperus esculentus L. ; tiges dressées, aphylles, de 40 à 50 centimètres de hauteur, jonciformes, lisses, de couleur verte, divisées intérieurement par de nombreux diaphragmes peu apparents sur le frais; gaines pellucides, membraneuses, courtes, terminées par une ligule triangulaire aiguë. Fleurs en épis allongés, verdâtres, hermaphrodites, les inférieures stériles; écailles verdâtres, membraneuses, larges, concaves, scarieuses sur les bords, striées au centre ; périgone soyeux; soies 8, inégales, blanches et scabres ; étamines
3 ; anthères allongées, mucronées, deux fois plus longues que les filets; ovaire comprimé, surmonté d’un style persistant; graine noire, luisante.
Cette Cypéracée est très commune dans les endroits inondés; ses tubercules sont alimentaires et assez recherchés (1).
En présence de la description qu’on vient de lire et des indications dont elle est accompagnée, il nous semblait qu’il serait facile de trouver Y Eleochciris esculenta.
Nous avons écrit à diverses reprises à notre correspondant. Nous lui avons indiqué les marais des environs de Balade comme étant l'habitat certain de la plante ; nous l’avons fatigué de nos demandes réitérées. Il nous a toujours répondu que 1 ' Eleocharis esculenta était introuvable.
Eleocharis plantaginea F. Mueller.
Nom local, Caya.
Scirpus sphacelatus Spreng.
L’Éléocharide sphacélée habite les lagunes, les criques, les étangs de l'Australie. Chaque plante donne de six à huit tubercules, petits, presque sphériques. Ces tubercules, cuits et fortement broyés entre deux pierres, sont préparés à la façon des gâteaux d’amandes.
Nous avons demandé en vain en Australie (Queensland) l’Éléocharide sphacélée. Nous n’avons reçu que la brochure qui la signale :
(1) Revue maritime et coloniale, 6 décembre 1862, 24e livraison, p. 623. Essai sur la Nouvelle-Calédonie, par Vieillard, chirurgien de la marine.
POIRE DE TERRE COCHET
Noies on some of the roots , tubers, bulbs and fruits , used as vegetable food b y the aboriginals of northern Queensland , Australia, by A. Thozet ; Rockhamplon,
POIRE DE TERRE COCHET
Polymnia edulis Wecldell, Ann. sc. nat., 4e sér., t. VII, p. 111.
Fam. des Composées .
Racine tubéreuse ; lige robuste, rameuse, cannelée, anguleuse, plus ou moins hérissée de poils à la base ; la partie supérieure, les rameaux (surtout auprès des nœuds) et les pédoncules velus tomenteux ; feuilles opposées, amples, ovales, faiblement acuminées, à base cunéiforme, inégalement sinuées-dentées, la face supérieure brièvement hérissée et légèrement rude, pubescentes en dessous et d’un vert plus pâle; feuilles de l’involucre ovales, subacuminées, à base plus ou moins connée, ciliées; paillettes oblongues, de même longueur que les fleurs, denliculées au sommet ; corolle cà rayons plus courts que l’involucre ; ligule ovale, à sommet profondément tridenté ; base et tube courts , très hérissés.
Notice sur l'Ahipa et l'Aricoma , plantes alimentaires du haut Pérou , par A. Weddell [Ann. des sc. nat., loc. cil.):
« Il est peu de pays qui offrent une aussi grande
diversité de climats que la Bolivie ou le haul Pérou; quelques points de leur territoire sont même situés d’une manière si spéciale, que les habitants, en quittant leur ciel tempéré, peuvent gagner en quelques heures et à volonté la zone des neiges perpétuelles ou celle de la végétation tropicale. Telle est, en particulier, la position de la ville de La Paz, bâtie au fond d’un ravin qui la fait communiquer, d’une part, avec les vallées tropicales du versant oriental des Andes et, de l’autre, avec les glaciers de la grande Cordillère qui se dressent majestueusement au-dessus d’elle. On comprend les avantages d’une situation semblable au point de vue des produits alimentaires végétaux, qui doivent presque nécessairement s’y montrer bien plus variés que dans des lieux moins favorablement placés. C’est, en effet, ce que l’on remarque; aussi, lorsque, dans mon dernier voyage en Amérique, je voulus faire le relevé des plantes comestibles qui se trouvaient en vente sur le marché de La Paz, ne fus-je pas surpris de voir figurer, à côté des Fraises, des Pommes et des Pêches, les Bananes, les Grenadilles et les Ananas; mais les produits qui attirèrent plus particulièrement mon attention furent ceux qui paraissaient avoir quelque analogie avec la Pomme de terre, à laquelle on cherchait alors un succédané, et je m’intéressai d’autant plus à cet examen qu’à côté des tubercules de Y Oxalis tuberosa , de Y Ullucus et du Tropæolum tuberosum , dont on parlait beaucoup en Europe, je crus en remarquer deux autres qui m’étaient encore inconnus et qui présentaient à peu près l’aspect des racines renflées du Dahlia. Mais ce n’étaient plus, comme les précédents et comme la Pomme de terre, des produits des parties tempérées ou froides des Andes, car il provenaient l’un et l’autre de la zone subtropicale et on les voyait, à ce litre, tenir compa-
POIRE DE TERRE COCHET
gnie, dans les étalages des marchands, aux racines ou tubercules féculents du Manioc, de Y Arracacha, du Canna edulis ou du Colocasia escalenta.
« L’un de ces tubercules, long de 10 à 15 centimètres, effilé aux deux bouts et de couleur jaunâtre, porte, à La Paz, le nom d ' Ahipa (ou Ajipa ); l’autre, plus gros, plus trapu et de couleur plus foncée, y est connu sous ceux de Ycicon ou Aricoma. Tous les deux sont apportés en quantités considérables des parties chaudes du ravin, où ils paraissent être cultivés depuis un temps immémorial.
« Lors de mon passage, la saison était malheureusement trop avancée pour que je pusse me procurer les matériaux qui m’auraient fait connaître leur origine botauique; j’eus donc le regret de quitter le pays sans avoir pu satisfaire ma curiosité; et, malgré de nombreuses démarches, ce n’est que tout dernièrement que j’ai obtenu des échantillons (1) qui me permettent d’éclairer la question.
« Or, ceux que j’ai reçus de la plante qui fournit le premier de ces tubercules, Y Ahipa, bien que dépourvus de fleurs et de fruits, me permettent cependant d’affirmer qu’elle appartient à la famille des Légumineuses et à la tribu des Phaséolées, et j’ai cru tout d’abord que ce devait être une espèce de Dolichos , peut-être le Dolichos tuberosus Lamk. que l’on prétend (Lamk., Encycl. , II, 295) avoir été porté de l’Amérique du Sud aux Antilles par les Caraïbes. Je dus cependant renoncer bientôt à celte idée, car, si je trouvai d’assez grands rapports entre les feuilles de Y Ahipa et celles de la
(1) Je suis redevable de ces échantillons, ainsi que de précieux matériaux pour ma Flore des hautes Cordillères, à l’extrême obligeance de mon ami \1. Gilbert Mandon, qui vient de faire eu Bolivie un séjour de plusieurs années.
plante représentée par Plumier et cultivée au Muséum sous le nom de Dolichos luberosus , je constatai en même temps, entre les parties souterraines, des différences qui 11e permettaient pas de les confondre; la plante bolivienne est, en effet, munie le plus ordinairement d’un nombre assez considérable de tubercules de la nature de ceux que j’ai décrits, chacune de ses racines principales en offrant souvent deux ou trois ; tandis que, dans la plante des Antilles, au conlraire, non seulement 011 ne trouve, en général, qu’un tubercule, mais celui-ci atteint parfois des dimensions énormes (1).
« Pour comparer ces deux plantes, j’étais parti de l’hypothèse qu’elles appartenaient au même genre, ce qui n’est pas encore démontré; j’ajouterai même que M. Bentham, auquel j’ai envoyé quelques-unes des feuilles que je venais de recevoir de Bolivie, m’a dit qu’elles pourraient fort bien être celles d’une espèce de Stenolobium. On m’a suggéré également qu’il se pourrait que ma plante fût une des espèces de Rliynchosia, qui sont actuellement cultivées dans l’Inde pour leurs racines tubéreuses.
« Mais s’il est vrai, ainsi que les habitants de La Paz le prétendent, que la culture de YAhipa remonte au temps des Iueas (2), nous ne pourrions guère avoir
(1) M. Belanger, directeur du Jardin botanique de Saint-Pierre, à la Martinique, m’a assuré que les tubercules du Dolichos luberosus acquéraient quelquefois le poids énorme de 30 kilogrammes. Leur saveur, m’a-t-il dit, est assez comparable à celle de la Betterave. La planle n’est pas cultivée, mais elle se rencontre à l’état sauvage dans la commune des Ti'ois-lslets, où les nègres recherchent quelquefois son tubercule pour le râper et en mêler la farine brute à celle du Manioc.
(2) On montre un endroit, au pied de l’Ellimani, où les anciens avaient eu la patience d’amener de trois lieues, au moyen d’une rigole, l’eau nécessaire pour arroser les gradins de la montagne s ir laquelle ou cultivait ce légume.
POIRE DE TERRE COCHET
affaire ici qu’à une espèce américaine. Les recherches que j’ai faites dans les livres et dans les herbiers, d’après les indications de M. Bentham, ne m’ont du reste conduit à aucun résultat positif, et, bien qu’il me semble probable que l’espèce n’a pas encore été décrite, j'attendrai pour l’affirmer de plus amples informations (1).
« Les échantillons de la plante qui produit le second tubercule, celui qui est connu à La Paz sous le nom de Yacon ou Arlcoma , sont bien plus complets (pie ceux de ÏAhipa; aussi n’ai-je eu aucune peine à y reconnaître une espèce tout à fait inédite. J’ai dit que les tubercules étaient en général plus volumineux et plus trapus que ceux de la plante précédente; ils résultent d’ailleurs comme eux et comme ceux du Dahlia, d’un développement particulier des racines, et on peut d’autant mieux les comparer à ces derniers qu’ils sont le produit d’une plante de la même famille. Celte plante est une espèce du genre Polymnia , pour laquelle je propose le nom de P. ediilis et que je vais décrire comme suit :
« Llle croît spontanément près de Quilaine, sur le versant oriental des Andes de Bogota, à une altitude de 2.000 mètres (Triana). Llle est cultivée dans la région subtropicale du Pérou et de la Nouvelle-Grenade, où, au témoignage de Triana, elle porte les noms de Jiquima et Jiquimilla.
« Le volume des tubercules que j’ai vus en vente, au marché de La Paz, était, en moyenne, de celui du poing, mais on m’a assuré qu’il y en a qui pèsent près de 2 kilogrammes; chaque souche en produit en moyenne
(1) Des échantillons plus complets ont été envoyés récemment par le Dr Ernst et ont permis d’établir que I ’Ahipa n’est autre cliose que le Dolichos tuberosus Lamk. ( l'ackijrrhizus luberosus Spreng.) Voir la noLe consacrée à cette plante, au mot Dolic tubéreux.
4 ou 5 : il y en a cependant, à ce qu’il paraît, qui eu fournissent 1 5 ou 20.
« Pour compléter ce que j’avais à dire de ces deux légumes, il me reste à parler de leurs qualités nutritives et de leur saveur. Nous dirons d’abord que l’un et l’autre se mangent crus comme des Pommes et qu’ils sont tenus en aussi grande estime que ces fruits par toute la classe inférieure de la population; doit-on en conclure que leur saveur est aussi agréable? c’est là, on le comprend, une affaire de goût ; quant à moi, je me contenterai de dire que YAhipa m’a paru avoir quelque analogie de saveur avec le Navet, dont il a aussi la consistance.
« L 'Aricoma, que je lui préfère, m’a paru ressembler davantage, sous ce rapport, aune mauvaise Poire. Il ne contient, d’ailleurs, qu'une très petite quantité de fécule, tandis que YAhipa en renferme une proportion assez notable et pourrait se comparer, au point de vue de ses propriétés nutritives, au tubercule de l’ U llucus tuberosus , tandis que Y Aricoma serait l’analogue du Topinambour, dont il ditlère néanmoins par une bien plus forte proportion de sucre.
« En résumé, ce que j’ai vu de ces deux tubercules m’a convaincu que, s’il pouvait y avoir quelque avantage à en essayer l’introduction dans nos cultures — et je ne doute pas qu’ils ne prospéreraient sous le climat de l’ Algérie, — ce ne serait pas comme végétaux alimentaires pour l’homme, mais plutôt comme plantes industrielles, destinées à servir, soit à la fabrication de ’alcool, soit à la nourriture des bestiaux; et, sous ce double rapport, le Polymnia edulis serait bien, sans aucun doute, celle des deux plantes qu'il faudrait préférer, tant à cause de la quantité plus considérable de matière saccharine de ses tubercules qu’à cause de son
POIRE DE TERRE COCHET
grand produit, j’ajouterai que cette plante, considérée comme succédanée du Topinambour, présenterait sur ce dernier un avantage, celui de ne pas tracer et d’être, par conséquent, beaucoup plus facile à extirper des terrains où on la cultiverait. Ses parties vertes sont, d’ailleurs, encore plus abondantes et surtout plus tendres que celle du Topinambour et seraient sans doute, pour cette raison, plus recherchées des bestiaux. »
La culture du Polymnia edulis n'a donné aucun résultat utile et la plante est venue grossir le nombre des lamentables échecs que Ton a éprouvés en cherchant à remplacer éventuellement la Pomme de terre. Cependant, l’histoire de la découverte de deux plantes alimentaires nouvelles n’étant pas sans intérêt, nous pensons qu’on nous approuvera d’avoir reproduit in extenso la note de M. Weddell.
Nous terminons en indiquant les sources auxquelles on pourra puiser des renseignements complémentaires sur la Poire de terre Cochet.
Polymnia edulis. Bull. Soc. d'Accl. , vol. VII, 1860, p. 357.
Sur la Poire de terre Cochet, Polymnia edulis , par M. Quihou, Bull. Soc. d'Accl vol. XX, 1863, p. 344.
Sur la Poire de terre Cochet, par M. Quihou. Bull. Soc. d'Accl 2° série, vol. I, 1864, p. 530.
floraison de la Poire de terre Cochet , par M. Quihou. Bull. Soc. d'Accl., 2° série, vol. II, 1865, p. 652.
POURPIER A GRANDES FLEURS PORTULACA GRAND1FLORA Hook., Ilot. Mdg ., t. 2885.
Fam. des Portulacacées.
« Racine tubéreuse. Tige rameuse, de 20 à 25 centimètres de long, ronde, lisse, charnue, rougeâtre; feuilles assez écartées et longues de 4 à 5 centimètres, cylindriques, terminées en pointe, sessiles, contractées à la base de façon à paraître pétiolées, charnues et d’un vert glauque; aisselles seules munies de poils nombreux, longs, enchevêtrés. Fleurs terminales, sessiles, groupées par trois un quatre à l ’extrémité des rameaux et entourées d’un involucre dont les folioles ressemblent aux feuilles caulinaires et sont entremêlées de poils à la base. Calice à deux divisions étalées, ovales, vertes, scarieusesàl’exlrémité et velues au point d’insertion. Corolle grande, belle, beaucoup pluslongue que le calice, de couleur orange ou d’un rouge pourpre très vif. Pétales 5, soudés à leur base et semblant faire corps avec la base du calice à son point d’insertion sur l’ovaire. Etamines nombreuses, réunies à la base du calice et de la corolle et entre elles à un faible degré. Filets d’un pourpre foncé. Anthères rondes, biloculaires, pourprées. Pollen d’un jaune brillant. Ovaire supère, conique, pluriloculaire; graines nombreuses. Style aussi long que les étamines, filiforme. Stigmates de 7 à 9, rayonnants, ténus, pubescents, recourbés à leur extrémité. » (Hook., loc. cil.)
En juin 1879, nous disions : Celle plante croît spontanément, inconnue ou négligée, au pied des Cordillères,