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POURPIER A GRANDES FLEURS

Nous avons semé en godets, sous châssis, à froid, les graines que nous avons reçues. Nous n’avons obtenu qu’un petit nombre de plantes, que nous avons mises en place, en plein air, sur un bout de vieille couche. Nous aurions pu assurément planter dans du sable, mais nous nous proposions, avant tout, d’avoir des plantes vigoureuses et d’en récolter les graines, dussent les tubercules être moins développés.

Nous ne nous en sommes pas tenus au semis et, dès que nous avons disposé de plantes assez fortes, nous avons fait des boutures qui, toutes, ont repris facilement. On peut donc pratiquer le semis et le bouturage, le bouturage principalement. Nous espérions obtenir des tubercules que nous aurions plantés et que nous supposions devoir nous donner des plantes plus fortes et une récolte plus hâtive et plus abondante.

Il n’en a rien été; après six années consécutives de culture altentive, nous n’avons pas été plus avancés que le premier jour. Nous n’avons obtenu que des tubercules insignifiants en nombre et en volume.

La rigueur de nos hivers n’apporte cependant aucun obstacle à la culture du Pourpier, puisqu'il s’agit d’une culture annuelle et estivale ; l’habitat de la plante spontanée n’est d’ailleurs pas exempt de gelées et le thermomètre y descend parfois à 6 ou 7 degrés au-dessous de zéro.

Exclusivement occupés des plantes potagères, nous n’avons rien dit de la fleur du Pourpier qui fait l’objet de ce chapitre. Elle est très grande et d’une chaude coloration en rose violacé vif, voisin du violet. Les amateurs qui l’ont vue s’accordent à reconnaître qu’elle est plus grande que dans aucune autre variété du Pourpier à grandes fleurs.

PROVATZA Statice sinuata L,

Fam. des Plombaginées.

Le Statice sinuata est une plante vivace qui croît à l’état sauvage dans toute la région méditerranéenne, mais qui, en France, n’existe qu’aux îles d’Hyères. La lige atteint 1 0 à 30 centimètres de hauteur. Les feuilles radicales, disposées en rosette, sont découpées en lobes arrondis et portent des poils épars. Les fleurs, en bouquets denses, terminaux, sont grandes, bleues, avec es pétales jaune pâle.

Celte espèce nous a été signalée par M. le Dr de Heldreich, Directeur du Jardin botanique d'Athènes, à l’occasion de la publication de la deuxième édition du Potager d'un Curieux. Il nous disait, dans une lettre qui nous est parvenue le 10 juin 1892 : « Si j’avais su que vous prépariez une nouvelle édition de votre intéressant ouvrage, j’aurais pu vous ottrir encore quelques matériaux de ce pays, notamment le Provatza (jeune plante de Statice sinuata , excellente en salade cuite). »

Nous avons cultivé le Statice sinuata , en semant dru, à l’automne; nous avons obtenu, l’été suivant, des feuilles abondantes, très tendres, et de saveur excellente à l’étal cuit. A l’état cru, en salade, les jeunes feuilles sont très acceptables. La saveur en esl douce et agréable.

PSORALÉE COMESTIBLE, PICOTIANE

PSORALÉE COMESTIBLE» PICOTIANE

lipsina des Indiens de l’Iowa ; Taagu des Osages, d’après

M. Trécul.

PSORALEA ESCULENTA Pursh.

Fam. des Papilionacées.

Plante vivace, poilue, à racine tubéreuse, simple, comestible; tige de 0m,30 à 0m,35 ; feuilles palmées, à 5 folioles ovales elliptiques, glabres en dessous ; en juinjuillet, fleurs bleues, en épis axillaires, pédonculés ; corolle de la longueur du calice.

Cette plante, originaire du Missouri, a élé introduite pn 1846, par M. Lamare-Picot (1) et a été proposée pour remplacer la Pomme de terre. C’est à ce tilre seulement qu’elle figure ici, car nous ne l’avons pas cultivée et l’expérimentation lui a élé absolument défavorable. On sait qu’il en a été de même de toutes les plantes qu’on avait imaginé de substituer à la Pomme de terre, si celle-ci avait succombé à la maladie dont elle était atteinte.

Il est bon que l'on sache qu’à l’exception des Dioscoreci on ne possède encore aucune plante qui puisse tenir lieu de la Solanée des Andes, et que, le cas échéant, la place serait vide.

Il est permis de croire que, dans nos départements du Midi, plusieurs sortes d’ignames pourraient remplir celte

(1) Gaudichaud, Rapport sur un mémoire de M. Lamare-Picot, relatif à l'introduction d’une nouvelle planle alimentaire ( Comptes rendus de l’Académie des sciences, 1846, t. XXVI, p. 326; ibid., 1849» t. XXIX, p. 709; ibid., 1850, t. XXX, p. 393).

place, et nous engageons vivement les amis de l’horticulture à chercher, parmi les nombreuses variétés qui existent, celles qui pourraient prospérer sous notre climat.

Pour revenir à la Picotiane, voici les conclusions d’un article du Bon Jardinier (1873, p. 649), auquel nous renvoyons le lecteur : « On voit que, dans son état actuel, le Psoralea esculenta s’éloigne beaucoup des conditions que l’on doit rechercher daus une plante agricole. Il n’est pas impossible cependant que la culture puisse la modifier plus ou moins profondément. Des essais de ce genre sont toujours intéressants, autant pour eux-mêmes que pour le but auquel ils peuvent conduire ; mais ils pourront êlre suivis longtemps avant d’amener un résultat, qui lui-même reste douteux; de sorte qu’ils doivent être plutôt recommandés, dans l’état actuel delà question, aux établissements publics d'instruction et aux expérimentateurs, qu'aux cultivateurs mêmes. »

La Picotiane n’étant pas une ressource pour l'agriculture, et moins encore pour la culture potagère, nous ne parlerons pas d’elle plus longuement.

QUINOA

QUINOA

Ansérine Quinoa. Petit riz du Pérou.

Chenopodium Quinoa Willd.

Fam. des Scilsolacées.

Plante annuelle. Tige droite, rameuse, haute de lm,80; feuilles alternes, triangulaires, avec deux prolongements sagitlés à la base, découpées par des dents très obtuses, d’un vert blond, pulvérulentes dans leur jeunesse ; fleurs blanchâtres, très petites, en grappes resserrées, compactes. Graine comprinée, blanc jaunâtre. Il en existe des variétés à tiges et à feuilles vertes, rougeâtres ou rouges.

On a beaucoup parlé du Quinoa; on l’oublie aujourd’hui. Nous connaissons toutes les notes publiées sur cette plante, que nous avons nous-mêmes cultivée. Files s'accordent à constater l'intérêt qu’on aurait à la cultiver en France comme succédanée des Épinards. C’est à ce titre qu’elle figure dans le Bon Jardinier de 1839, où elle est l’objet d’une Note de M. Vilmorin, assez instructive et assez complète pour que, après l’avoir reproduite, il ne nous reste rien à dire : « En 1836, les essais se sont multipliés ; partout le Quinoa a bien réussi. La plante est très vigoureuse, presque insensible au froid; elle produil, en bon terrain, une abondance de graines extraordinaire, mais la graine n’a pu être utilisée jusqu’ici d’une manière satisfaisante; soit qu’elle n’acquière pas en France la même qualité qu’en Amérique, ou, plus probablement, que nos palais ne soient pas

façonnés à sa saveur étrange; peu de personnes l’on trouvée de leur goût. Elle offre l’inconvénient réel d’une amertume et d’une âcreté assez prononcées, qu’on ne peut lui enlever que par plusieurs lavages. Avec des soins répétés, en en fait chez moi des gâteaux fort bons et des potages passables, mais leur préparation est une affaire ; la graine étant très menue et demandant une longue cuisson, n’aura pas l’approbation des cuisinières. Quant aux maîtresses do- maison, quelques-unes peut-être en jugeront comme les dames de Lima, pour lesquelles, dit-on, le Quinoa est un mets de prédilection ; dans ce cas, il se classerait, en France, parmi ces produits secondaires dont on veut un peu pour la variété, mais non, comme en Amérique, parmi les plantes économiques de première utilité. Cela n’arriverait qu’autant qu’on trouverait un moyen de préparation de la graine qui en rendît l’emploi facile et la saveur agréable au plus grand nombre.

« Comme plante potagère, l'usage du Quinoa sera plus facilement adopté, parce que c’est un bon remplaçant de l’Épinard pendant l’été.

« Sa culture, pour l’un et l’autre emploi, est simple et peu difficile : si on veut le récolter en grain, on peut le semer, soit sur couche, en mars, ou même sur une plate-bande abritée, pour le metlre en place en avril ou au commencement de mai, soit en pleine terre, en lignes, dans le courant d’avril. Les plantes devenant très grandes et très fortes, il faut les espacer d’environ 50 centimètres. Elles demandent une terre fertile, plutôt légère que compacte, et l’exposition au plein soleil, quant il s’agit d’une récolte pour la graine. On peut, sur une plantation semb’able, couper les rameaux secondaires, qui se développent en fort grand nombre, pour en prendre les feuilles; mais, si l’on n’avait en vue que

QUINOA

ce dernier produit, il conviendrait de semer en lignes plus rapprochées et de couper la tige lors de la première récolte, pour la faire ramifier.

« Une planche de Quinoa ainsi établie fournira pendant tout l’été, moyennant des arrosements, une succession de produits sans cesse renouvelés. »

Selon nous, le Quinoa supplée passablement l’Épinard. Les amateurs feront bien, toutefois, d’essayer les autres succédanés de ce légume qui nous fait défaut pendant l’été, c’est-à-dire la Têtragone , la Claytone, la Bciselle, la Glaciale , etc. La Glaciale et la Têtragone ont nos préférences.

Publications ci consulter :

Journal des observations botaniques faites sur les côtes orientales de l'Amérique méridionale et aux Indes occidentales , par le

R. P. Feuillée.

Revue horticole, vol. IV, 1838-1841, p. 159.

Bulletin de la Soc. centrale d'Hort. de France , vol. XVII, 1835, p. 197; vol. XXII, 1838, p. 182.

Bulletinde laSoc. d’ Acclimatation, vol. IX, 1862, p. 226. Note sur le Quinoa , par Son Excellence le maréchal de Santa Cruz, vol. IV, 2e série, 1867, p. 444.

Les plantes alimentaires , par Ileuzé.

Nous avons également cultivé le C/ienopodium au.ricomum F. Muell., plante qui a été introduile sous le nom à.' Épinard d'Australie et sur laquelle on trouvera des renseignements dans le Bulletin de la Société nationale d Acclimatation, T série, volume 111, page 634; et volume IV, pages 34 et 106.

L’Épinard d’Australie n’est pas supérieur à l’Arroche ou Belle-Dame, au point de vue de la qualité, et comme il est moins productif, il n’y a pas lieu d’en recommander la culture.

Deux autres Salsolacées sont particulièrement recherchées dans les déserts de l'Asie centrale, pour leurs graines alimentaires. Ce sont les Afjriophyllum gobicum et arenarium.

Prjevalski en fait mention dans la relalion de sou troisième voyage (en russe), et nous reproduisons cidessous la traduction (1 ) des passages que le savant voyageur russe leur a consacrés :

« Le Soulkhir est une Chénopodée (Salsolacée) fréquente dans l’Asie centrale tout entière, jusqu’au 48° degré de latitude septentrionale. Il ne croît que sur le sable nu. Il y en a deux espèces : YAgriophyllum gobicum et VA. arenarium.

« La première domine dans le Ala-Chan, l’Ordos et, en général, dans les parties sud et est du désert de Gobi ; le seconde occupe plutôt la région ouest et pousse jusque dans le Turkeslan et jusqu’à la mer Caspienne.

« On trouve également le Soulkhir au haut Kbouan- Khe (rivière) et dans le Tzaidamme (j’y passai en hiver ; je n’y pus cueillir les sujets et ne saurais, par conséquent, dire laquelle des deux espèces c’était). Cette plante fait défaut dans le Thibet septentrional.

« J’ai dit plus haut que le Soulkhir vient sur le sable nu. De même que les autres plantes du pays, il se contente de l’eau de pluie, qui filtre à travers le sable et

(1) Nous devons cette traduction à l’obligeance de M. Vilbouche'

vitch.

QUINOA

qui remonle après dans les couches supérieures par le fait de l’évaporation.

« Pour pouvoir profiter de cette humidité, 1 e Soulkhir a des racines d’une longueur inouïe, comme d’ailleurs toutes les plantes qui croissent dans les mêmes conditions ; elles savent puiser l’eau à une profondeur très considérable. Il va de soi que la végétation des sables est d’autant plus riche que les pluies sont plus abondantes.

« Le Soulkhir est une plante annuelle. Dans de bonnes conditions, il atteint, dans le Ala-Chan, jusqu’à 1 mètre de hauteur et sa tige peut avoir jusqu'à 5 centimètres (?) d’épaisseur; mais, en moyenne, ces dimensions sont moitié moindres.

« Non seulement le Soulkhir est un superbe fourrage pour le bétail des Mongols, mais ses graines, minimes comme celles du Pavot, constituent un aliment essentiel pour les populations indigènes.

« Le dicton : « Il faut avoir semé pour récolter », n’a pas cours en Ala-Chan ; tous les ans, à la fin du mois de septembre et surtout dans les années pluvieuses, ils récoltent une moisson abondante de Soulkhir dans leurs sables.

« Les endroits mis à nu du sous-sol de glaise de loess leur servent d’aire pour battre leur moisson ; les graines sont ensuite grillées et réduites en farine à l’aide de moulins à main.

« Les oiseaux originaires de la partie nord du Gobi et qui viennent passer l’hiver dans les sables de Tingueri s’en nourrissent également. »

Prjevalski donne les détails suivants sur les sables de Tungueri, dans le désert de l’Ala-Chan, où croissent ces plantes. Ils permettent de se faire une idée exacte du milieu favorable à leur développement.

LE POTAGER ü’üN CURIEUX

« Ces sables présentent une mer de monticules, atteignant de 10 à 20, rarement jusqu’à 30 mètres de haut; ils sont disposés dans un désordre complet ; de longues côtes de sable partagent les monticules.

« Les monticules mêmes sont fortement comprimés par le vent sur l’un de leurs versants, de telle sorte que le pied n’y enfonce pas profondément. Le versant opposé est, au contraire très abrupt, elle sable n'y a aucune consistance.

« Entre les monticules de sable il existe des trous en entonnoir ou bien des sortes de vallées qui mettent souvent à nu le fond même de la plaine ; celui-ci esl, comme dans la plupart de ces déserts sablonneux, de la glaise salée, unie et dure comme un parquet. En général, l’eau fait défaut. Il esl rare de rencontrer quelque source.

« Les endroits sont également rares où l’on puisse se procurer de mauvaise eau salée, en creusant à 3-4 pieds le sous-sol glaiseux des sables.

« Comme règle générale, les sables sont nus et quelque végétation ne se montre que sur la lisière des endroits ensablés et, de temps à autre, sur le fonds des vallées et entonnoirs susmentionnés; la flore du désert est d’ailleurs assez variée dans ces parties ; nous avons récollé dix-sept espèces dans les sables de Tungueri, lesquelles n’avaient pas encore figuré dans l’herbier de l’année.

« Deux plantes sont particulièrement remarquables et bien caractéristiques pour le Ala-Chan. Ce sont le Soulkhir et le Pugionium. »

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