‹ Le potager [microforme]Chapitre 14 sur 40 · S 2. — REPRODUCTION ARTIFICIELLE · texte numérisé non relu

S 2. — REPRODUCTION ARTIFICIELLE

Ce que nous venons de dire des moyens de reproduction, autres que le semis des graines, nous conduit naturellement à parler des moyens artiticieis proprement dits et qui n’en Sont pour ainsi dire, que l'extension ; ils se réduisent à trois : les iereottes, les boutures et la grette.

À. Murcottes, On nomme ainsi des frag:aents de plantes déjà enracinés que l’on sépare du picd mère pour les planter à part et en faire autant d'individus séparés. Les œilletons et rejetons dont il a été question tout à l'heure sont de véritables marcottes qui s'enracinent naturellement. Mais toutes les plantes ne jouissent pas de la propriété de donner des rejetons le leur pied ; il en est, au contraire, un grand nombre dont les pousses ou les branches ne s’enracinent que lorsqu'elles y sont en queique sorte forcées par l'art du jardinier. Le marcottage varie beaucoup dans ses Procédés, parce que telle espèce qui ne s'enracine PaS par une méthode s’enracine Par une autre. Nous allons faire connaître celles de ces méthodes qui sont le plus usitécs,

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4. Marcotte simple. On choisit, sur la plante qu'on veut multiplier, une branche assez voisine de Ja terre pour que sans la casser, on puisse la faire Passer, en la recourbant, dans une retite fosse de 3 pouces de profondeur, au fond de laquelle on la fixe au moyen de crochets, après quoi on la recouvie de terre en remplissant la fosse. Son extrémité, qu'on maintient hors de terre, continue à pousser, tandis que le millieu, qui se trouve plongé dans le sol humide, ne tarde pas à émettre des racines. Quand les racines son bien établies, on sépare la branche du pied mère ; mais il est prudent, dans bien des cas, de ne pas faire cette séparation tout d’un coup, et de ne couper Ja branche que successivement, pour habituer la maicotte à se passer du pied auquel on l'emprunte.

bd. Marcotte par stragulation, C’est la même opération que la précédente, avec cette différence que, pour favoriser l'émission des racines, on ligature fortement la branche au point où on veut que ces racines $e forment, avec un fil de fer, de laiton ou de lin. L'effet de cette ligature est d'arrêter la sève descendante et de provoquer la formation d’un bourrelet ou amas de substance séveuse d'où les racines s'échappent scuvent avec une grande facilité. (Voir fraisier).

CHATITRE HUITIÈME

Cultures naturelles, de primeur et forcées : leur définition, leurs caractères, — Passage de l'une à l'autre. — Opérations de la culture naturelle : semis, repiquaye, plantations à demeure, Paillage et terrcautage, culture simultanée, sarclage, buttage, abritement. — Rotation des cultures ; les motifs qui la justifient, — Production des graines. — Culture des porie-graines, — Soins à prendre pour empêcher la dégénérescence des races et des espèces. — Récolte et conservation des graines ; leur durée.

Indépendamment des divers procédés de culture qui sont relatifs à chaque espèce végétale, le jardinage envisagé sous un point de vue général, comprend trois genres distincts que

# D l’on désigne sous les noms de culture naturelle, culture «de primeur et culture forcée suivant la saison où l'on se propose d'en récolter les produits.

La culture naturelle est celle qui a pour but de fuire produire au sol des objets de consommation à peu près aux époques de l’année où les plantes les donneraient d'ellesmêmes, si elles croissaient dans leur climat natal, et sans que leur végétation fût hâtée par le travail de l'homme, Par exemple, les haricots, les pommes de terre et autres végétaux analogues qui croissent et mûrissent en plein champ, sans autre travail que celui qu'a nécessité leur plantation, doivent être considérés comme appartenant à la culture naturel]

La culture de primeur est ce!le dans laquelle là végétation est activée par différents moyens artificiels, dont le principal est l'augmentation de la teripérature, sans aller cependant jusqu'à intervertir complètement l'ordre duns lequel les phases du développement des plantes ont été cn fermées par la nature ; leurs produits sont seulement avancés de quelques jours ; tel serait le cas des laitues. qui, plantées sur couches, à la tin de l'hiver, et abritées sous des châssis, seraient déja bonnes à récolter lorsque celles de culture naturelle n'auraient encore que quelques feuilles ou ne feraient que sortir de terre. La culture de primeur acquiert souvent beaucoup d'importance pour les jardiniers maraichers qui exercent leur industrie aux alentours des grandes villes.

Quant à la culture forcée, c'est celle qui, disposant de tous les moyens d'accroître la température autant qu'on le désire, force en quelque sorte les plantes de donner leurs produits à contre-saison.

Ces trois catégories de culture n’ont d'ailleurs rien d'absolu ; leurs limites ne sont pas nettement tranchées, et l’on trouve toutes les gradations entre la culture naturelle et ja culture de primeur, comme entre celle-ci et la culture forcée. Nous allons les étu lier chacune en particulier.

Semis. Les semis appartiennent indistinctement aux trois ordres de culture que nous venons d'indiquer ; aussi en avons-nous parlé d'une manière générale dans un chapitre précédent, Nous n'avons pas à y revenir ici, mais il nous reste à décrire les opérations consécutives aux semis, dans la culture ordinaire : ce sont le repiquage, la planution à demeure, le pa illage et le terrea ulage, etc.

a. Repiquaye. Le repiquage a pour but de favoriser le développement des jeunes plantes de semis en leur donnant plus d'espace qu’elles n’en ont sur lu plate-bande ou la couche où on les a semées, Il consiste à les transplanter, une à une, en pépin'ère, en laissant entre elles un espace suffisant pour qu'elles prennent de la force, jusqu'au moment de leur mise en place définitive. Leur déplantation et leur transplantation doit se faire avec tout le soin possible, soit à nu, s'il s'agit d'espèces faciles à la reprise, soit, ce qui vaut toujours mieux, avec la motte, afin de ménager les racines. Il est des cas où l'on peut se dispenser de repiquer, c'est lorsque les semis ne sont pas tellement épais, que les plantes ne puissent y prendre assez de force pour être immédiatement plautées à demeure.

b. Plantation à demeure. Lorsque le jeune plant s'est suffisamment fortifié en pépinière, on doit le transplanter à l'endroit qu'on veut lui faire occuper, et cette opération demande des soins analogues à ceux qu'exige le repiquage. Règle générale, une plante reprendra d'autant mieux que ses racines auront plus de chevelu, il ne faut donc pas trop les raccourcir ; néanmoins on taille fréquemment l'extrémité de ces racines, pour déterminer la formation du chevelu et amener une plus prompte reprise. Quelques espèces délicates, les melons, par exemple, ne reprennent bien qu'avec la motte : d'autres, au contraire, ne souffrent pas ou du moins souffrent peu de cette ablation. On doit éviter de planter trop bas, comme aussi de rebrousser les racines ou de les tasser les unes sur les autres. La transplantation doit toujours être suivie d'un léger arrosage, surtout si les plantes ont été en-

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ren marrer

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levées sans leur motte. Les plantes repiquées ou replantées à demeure sont ordinai:ement arrosées et abritées entre l'action d’un soleil trop vif.

c. Puillage, terreautage. Le paillage et le terreautage, comme nous l'avons déjà dit, sont d'un usage général dans lex jardins maruichers ; leur effet est de conserver à la terre son humidité, de l'empêcher de se dureir à la suite des arrosements et de s'opposer au développement des mauvaises herbes.

Les meilleurs paillis se font avec du fumier de cheval, très-court, à moitié consommé, qu'on retire des vieilles couches que l'on démolit. On se sert quelquefois aussi de paille hachée, surtout quand il s'agit de mettre à l'abri des souillures de Ja terre certains fruits délicats, comme les fraises, que l'on a intérêt à tenir aussi propres que possible. Les paillis se font avant ou après la plantation, suivant le cas ; on leur donne de 6 À 8 lignes d'épaisseur, en les étendant d'une manière égale sur le terrain. Leurs bons effets se font sentir surtout dans lu saison la plus chaude de l’année. On emploie encore avec succès des couches de feuilles dans les pépinières d'arbres fruitiers et d’arbustes d'agrément,

Le terreautage ne diffère du paillage proprement dit qu'en ce que, au lieu de fumier à demi consommé, on emploie, pour recouvrir le sol, du terreau pur, c’est-à-dire du fumier entièrement décomposé. On le répand à la même épaisseur que le paillis, et on en fait plus volontiers usage au printemps que dans une saison plus avancée, par la raison que, retenant moins l'humilité, il expose moins aussi les jeunes plantes à souffrir des gelées tardives de cette époque de l’année. Lorsque les récoltes sont enlevées et qu'on laboure la terre, les paillis et le terreau sont enfouis et servent d'engrais.

d. Surclage, écluircissement. Les sarclages sont des labours légers qui ont pour but de briser la croûte superficielle de la terre endurcie, et en même temps de détruire les

mauvaises herbes, On les exécute avec la binette, dont nous avons parlé dans notre second chapitre. C'est généralement pendant le sarclage, qu'on écluircit les semis à la volée ou les plantes trop pressées les unes concre les autres et se nuisant mutuellement ; en enlève les plus faibles, en iWénageant un €Space convenable entre celles qu'on juge devoir conserver.

e. Buttage. On butte les plantes en ramenant autour de leurs pieds une Partie de ln terre qui se trouve dans les intervalles qui les séparent, Cette opération, plus usitée dans la grande culture que dans le jardinage proprement dit, à pour cffet de favoriser le développement de nonvelles racines sur des points plus élevés que celles qui existent déjà, et de raprocher ces dernières de la suifance du sol, où elles éprouvent plus directement les effets de l'air et de la chaleur. Le buttage est surtout utile dans la culture des pommes de terre, chez lesquelles il provoque la formation des jets ou rameaux souterrains qui donnent naissance aux tubercules

J. Abris. Les abris de diverses espèces, soit contre le froid, soit contre ]n chaleur ou la grande lumière, sont d'un fréquent emploi en horticulture. Nous avons déjà parlé des murs comme formant les meilleurs abris connus. Mais, indépendamment des murs, on se procure d'aütres abris, moins coûteux et souvent temporaires, dont l'effet ne laisse pas que d'être fort utile à Ja végétation. C'est ninsi que des px..! lassons dressés et maintenus par des piquets peuvent, jusqu'à un certain point, remplacer les murs et hâtent le développement des plantes qui sont trop éloignées de ces derniers pour en ressentir l'influence. Les arbres à feuillage épais, plantés en lignes perpendiculaires à la direction des vents dominants, et assez rapprochés les uns des autres pour former une barrière continue, sont de la plus grande utilité dans nos contrées où il 1ègne des vents violents pendant une partie considérable de l’année.

9. Rotation des cullures jardinières. C'est un principe admis depuis des siècles, en agiculture, que la terre veut se

reposer après avoir produit une ou piusieurs récoltes successives, surtout des récoltes de même espèce, et c'est l'observation de ce fait qui a introduit l'usage des jachères ou temps de repos pour la terre, usage qui est encore en vigneur dans les pays où l'agriculture est un peu avancée, Cet appauvrissement du sol tient à ce qu'il a perdu par l'enlèvement des récoltes tout ou partie des éléments qui lui donnaient sa fertilité. On y supplée par les engrais, animaux ou végétaux, et surtout par la rotation des plantes, ou l'alternance des cultures, qui a pour but de faire succéder des espèces fertilisantes, où du moins peu épuisantes, à celles qui ont demandé beaucoup à la terre,

Dans le jardinage, cet eff:t est moins sensible que dans la grande culture, et cela à cause des immenses quantités d'engrais dont on fait usage et de la plus grande variété des espèces cultivées. Néanmoins, on ne laisse pas que de le remarquer pour les plantes qui occupent le sol pendant plusieurs années consécutives comme les asperges et les arbres fruiticrs, Et même quand il s'agit d'espèces annrelles exigeantes, on se trouve bien de changer tous les ans la cu'ture des divers compartiments du jardin, quand toutefois il est assez étendu pour qu'il soit possible d'y faire alterner les plantes. Cette précaution est praticulièrement nécessaire pour les arbres fruitiers ; on ne doit jamais planter immédiatement un jeune arbre au point même où un autre a vécu plusieurs années, À moins que d'y rapporter une quantité consi lérable de terre neuve. Lorsqu'il s'agit d’un verger tout entier qui est usé de vieillesse, on doit attendre plusieurs années après l'enlèvement des arbres pour «n planter de nouveaux dans le même endroit : pendant cet intervalle, la terre est employée à d’autres cultures.

k. Récolte et conservation des graines. La récolte et la conservation des : %. 1t:… de lours feuilles, tiges, fruits, racines ou graines, ete. couplèt:nt le cercle des opérations culturales du jardinage. es :pérations, qui se modifient suivant les

espèces de plantes, seront décrites à chaque culture spéciale ; nous donnerons cependant ici quelques préceptes généraux sur la production et la conservation des gruines qui jouent un rôle important dans tous les genres de cultures.

Dans tous les jardins potagers un peu considérables et bien tenus, on consacre toujours un certain nombre de pluntes à la production des gruines. On doit, autant que possible, réserver pour cet usage les plus vigoureuses et celles qui présentent au plus haut degré les qualités 'e ln race que l'on tient à reproduire ou à multiplier ; ces sujets réservés sont désignés dans la culture sous le nom de porte-graines.

Les soins particuliers que demandent les porte-g aines varient suivant les espèces, et nous ne pouvons entrer ici dans ce: détail. Nous dirons d'une manière généra'e que, lorsqu'il s'agit de plantes comprenant un grand nombre de variétés distinctes et dont les propriétés sont différentes, comme les choux par exemple, il fant éloigner le plus possible, les uns des autres, les pieds de variétés différentes que l'on réserve pour la production des graines, parce que, fleurissant à peu près à la même époque, les pollens de ces variétés se mêlent, soit par l'effet du vent, soit par l'interméliaire des insectes qui les transportent de l’une * l'autre, et que les graines qui résultent de ces fécondations croisées ue donnent généralement que du plant dégénéré. Cette remarque s'applique également aux variétés de plantes d'autres familles qui peuvent se nuire réciproquement par leur voisinage, comme, par exemple, les melons et les potirons ; nous en reparlerons en temps et lieu.

Dans quelques espèces, les graines ne doivent être récoltées qu'à parfaite maturité ; mais il en est beaucoup d’autres pour lesquelles il ne fout pas attendre ce dernier moment, parce que les capsules qui renferment leurs graines s'ouvrent facilement, sous l'influence d'un temps sec et chaud, et laissent tomber à terre leur contenu. On doit donc pro-

céder ici à la récolte un peu avant la maturité complète ; mais il faut, dans tous les cas, que les graines aient achevé de se former, et qu'il ne leur manque, pour ainsi dire, plus que de perdre l'excès d'humidité qu’elles contiennent pour être parfaitement mûres. On coupe alors les plantes au ras de terre, sans en détacher les capsules, et on les laisse se dessécher sur une toile, au soleil où dans un appartement sec et aéré. Les graines achèvent ainsi leur maturation, et aucune ne se perd quand leurs capsules viennent à s'ouvrir.

Les soins de la conservation des graines se résumeront én quelques mots : ils consistent à les mettre à l'abri de l'humidité, des alternatives trop sensibles de froid et de chaud, et de la dent des insectes et autres animaux rongeurs. Les graines se conservent généralement bien dans ces conditions, lorsqu'elles sont enfermées dans des sacs étiquetés, de papier ou de toile. Quoi qu'on fasse pourtant, elles perdent pour la plupart en peu d'années leurs propriétés germinatives ; on ne doit donc jamais les laisser beaucoup vieillir.

DEUXIÈME PA RTIK

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