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L’OPPOSITION ET LA RÉVOLUTION

MAcon, 15 octobre 1843.

« La Presse, dans un article très-remarquable, en réponse au Bien Public, dit : a Nous voudrions bien qu’il y eiit une » opposition forte et ralliée à quelque chose. Mais à quoi t> voulez-vous qu’on se rallie? Vous ne nous le dites pas. « Nous voudrions, nous, ajoute la Prmr, qu'elle se ralliât & aux intérêts positifs et matériels, et nous croyons qu’une » opposition exclusivement vouée à l'utile, et dirigée par des B chefs dont la parole n’ébranlerait pas le gouvernement , I) aurait des chances de triomphe. Mais l’opposition ne pren- » dra pas cette voie, parce que cette voie est droite et lai^e. . . » Elle continuera d’aller par mille petites routes obliques » et courtes à l’impuissance et à l'isolement. »

» Hélas! puissent les sévérités de la Presse être des avertissements pour l’opposition ! Les sarcasmes même profitent aux sages.

» Mais ces conseils, si l'opposition les suivait, seraient-ils sulbsants pour rendre la vie à l'esprit public en France? Nous ne le croyons pas. Que l’opposition doive surveiller les affaires matérielles du pays, c'est un de ses devoirs; mais qu'elle doive s’y absorber, et dire avec les matérialistes : c L’administration est tout le gouvernement, » non ! L’administration est le mécanisme du gouvernement, elle n’en

psl pas l’esprit ; les intérêts matériels sont le corps du pays, ils n’eu sont pas l’atne; ils se réduisent en richesse et en bien-être physique, ils ne se résument ni en idées, ni en politique, ni en gouvernement: recommander à l’opposition de s’y consacrer tout entière, c’est lui prêcher une sorte de matérialisme politique, qui amoindrirait sa mission. Au lieu d’être la pensée du pays, elle en serait la main : elle le servirait encore, elle ne le dirigerait plus. Le gouvernement serait enchanté qu’elle suivît ce conseil d'ami : pendant qu’elle ferait de l'économie sociale et qu'elle enrichirait la nation, le gouvernement, qui n’a aucun intérêt à ce que la nation ne s'enrioliisse pas, laisserait l’opposition compter, calculer, administrer, et, sans souci de l’opposition, il gouvernerait. L’opiiosilion aliénerait son véritable empire, l'empire de l’opinion. L’opinion, qu’elle cesserait d’agiter, s’endormirait sous les faveurs des ministres, et après quelques années d’un pareil régime, le pays des idées, la terre de l’intelligence, le royaume de l’opinion, le foyer de l’initialivo. européenne, la France se réveillerait riche et asservie. Semblable à l’heureuse Autriche ou à la grasse Lombardie, elle aurait des routes, des canaux, des chemins de fer, du blé et de l’or, elle n’aurait plus d’institutions. L’opposition aurait fait précisément ce que la corruption voudrait faire : elle aurait extirpé l’àme du sein de la France, et, à la place du cœur, elle lui aurait mis un écu î » Mais à quoi donc, voulez-vous que l’opposition se rallie? ajoute la Presse; à quoi allumerez-vous l’opinion? Il n’y a pas de feu. De son point de vue, la Presse a raison. F.n elTcl, à quoi l’opposition se ralliera-t-elle? Sera-ce à la haine nationale contre l’Angleterre? Mais cela est vieux comme les rochers de la blanche Albion , et faux comme un préjugé populaire. L’opposition ferait un triste présent

au pays en lui olTrant pour toute perspective une seconde édition du blocus continental, Sera^ce à la définition de faltentat? Mais cela ne trouble le sommeil de personne, et la France ne sait pas bien au juste ce que cela veut dire. . Sera-ce à la question ministérielle, c'est-à-dire à la ques- ! tion de savoir qui sera ministre en 1844, de M. Molé, de , M. Thiers ou de M. Guizot? Eh ! que nous importe I quel intérêt avons-nous à ce qu'un même système soit servi tour à tour par la dignité gracieuse , par l’agitation habile , ou par l’imposante immobilité ? Est-ce à nous de choisir parmi les instruments de notre désorganisation? Sera-ce aux fortiûcations de Paris? à la réforme électorale? Mais les fortiflcations sont bâties et pétries de nos vaines malédictions. Mais la réforme ne sera jamais votée par une chambre qui ne veut pas être réformée. La classe moyenne ne se détrônera pas de ses propres mains. Nous lui adresserons en vain, pour la toucher, les plus éloquentes et les plus persuasives supplications. Elle ne se laissera pas persuader.

Elle régnera tant qu’on la laissera régner. Ce n’est donc pas sur la chambre qu’il faut travailler avant tout, c’est sur l'opinion. Quand on veut remuer un corps, ce n’est pas sur ce corps lui-même qu’on appuie son levier, c'est dehors. Voilà la loi de la mécanique et la loi de la politique.

» Mais le pays vous répondra-t-il? Mais n’est-ce pas un ' pays lassé de cinquante ans de commotions, et qui, comme un vieillard, ne veut que ses habitudes, son silence et sa tranquillité ? La Presse dit : Oui. Nous disons encore : Non I Non, une nation ne vieillit pas, car chaque année d’autres générations d’esprits la renouvellent. Elle est toujours dans toute sa jeunesse, dans toute sa force, dans toute son activité. On compare les peuples à un homme. C’est une erreur; un peuple n’est pas un homme, c'est l’humanité; il n’est

jamais ni jeune, ni vieux, ni fatigué ; il a tous les âges, et l’avenir s’ouvre tous les jours aussi entier et aussi infini devant lui. Non, la France n'a pas vieilli d'un jour depuis cinquante ans. Elle a acquis, mais rien perdu.

s Savez-vous seulement le tort de l’opposition aux yeux de la France? C'est de ne pas lui montrer et de ne pas lui demander des choses dignes d’elle. On ne passionne pas les grands peuples pour les petits résultats. On ne crée pas les grandes forces avec les petits moyens. Oser est le synonyme de pouvoir. Osez beaucoup, vous pourrez beaucoup. Voilà ce qu’il faut dire à l’opposition.

» Que l’opposition pose donc nettement la question entre le gouvernement et elle. — Or, quelle est la question T noos dit la PrfM. <->■ Nous allons lui répondre catégoriquement. La question, c’est la Révolution française, La question, c'est de savoir si la Révolution française sainement comprise, c’est-à-dire la déduction logique et continue d’une pbi* losophie sociale nouvelle, éclose dans les esprits et dans les volontés d’un grand peuple à la fin du dernier siècle, s’arrêtera, avancera, ou reculera dans sa route? La question est de savoir si le gouvernement de juillet, mis à l’œuvre il y a treize ans par un mouvement national, sert ou dessert, accomplit ou dénature celte révolution ? La question est de savoirs! 1830 est la constitution ou le repentir de 89? La question est de savoir si, sous la main de la classe et de la dynastie qui gouvernent, la révolution des idées est en progrès ou en retraite ? Et , enfin, la question sera de savoir si la France consentira ou ne consentira pas à ce qu’un gouvernement fondé pour le salut de ses conquêtes, amortisse et répudie l’esprit de la révolution? Voilà la question dons toute sa netteté et dans toute sa grandeur. Voilà le gouvernement et l'opposition face à face, Voilà le pays rangé on deux camps.

D*an côté, la révolution morale avec toutes les oppositions I n’en faisant plus qu’une; de l’autre, la contre-révolution 1 avec toutes ses institutions tronquées, avec toutes ses ruses, toutes ses corruptions, tons ses égoïsmes, toutes ses peurs, toutes ses apostasies; et le combat commence sur toute la , ligne du gouvernement, entre l’esprit rétrograde et l’esprit ■ du temps ! Voilà le plan ! Voilà la bataille, et qui peut hésiter à dire : Voilà 4a victoire !

» Mais, noos dit encore la Prme, le gouvernement brisera l’arme de l'opposition, car il lui dira qu’il s'appelle la révolution, qu'il est la révolution fixée, qu'il est la révolution couronnée, et que direz-vous? — Nous dirons : Posez d’un côté les idées, les dogmes, les principes de la régénération française de 1789 , épurés à l’épreuve du temps et complétés par la raison d'un demi-siècle ; posez de l’autre les actes, les principes, les dogmes, les tendances du gouvernement, et mesurez par la diiïérence la distance énorme que vous avez déjà parcourue dans ce retour qu'on vous fait faire les yeux bandés vers la monarchie de préjugés !

» La révolution dit : L’humanité est une démocratie devant Dieu , la France sera démocratique. — Le gouvernement professe par la bouche de ses ministres la nécessité d’une aristocratie comme base indispensable de la royauté ; il veut dans la pairie un pouvoir politique héréditaire , une souveraineté par droit de naissance, et déplore tout haut son impuissance de ne pouvoir détruire assez l’égalité. La révolution dit : Les citoyens seront égaux parce que Dien leur a donné les mêmes droits. — Le gouvernement divise les citoyens en deux catégories. L’une possédera le droit politique , l’autre en sera exclue : l’une fera la loi, l’autre lui obéira. — La révolution dit : Le roi sera un magistrat héréditaire : son autorité émanera da

peuple. La monarchie représentative ne sera plus que la démocratie à une seule tète. — Le gouvernement fait de la royauté une force propre et absorbante qui tire tout à elle, et qui, sans avoir besoin de rien usurper, doit tout conquérir, car elle a pour ministre le temps, et pour prérogative la patience ; et de peur qu’on ne s’y trompe, il fait une loi de régence qui enlève à la nation jusqu’à la propriété de ses interrègnes. — La révolution dit ; Le roi éloignera les troupes du siège des assemblées nationales ; les citadelles du despotisme disparaîtront du sol libre de la nation. — Le gouvernement bâtit pour trois cents millions de forteresses autour de la ville où se font les lois. — La révolution dit ; La liberté religieuse sera absolue et sincère. Je ne mettrai pas ma main entre Dieu et l’homme. Je n’enchaînerai aucune conscience à l’autel d’un culte légal ; il n’y aura ni religion dominante, ni religion de l’état, ni religion de la majorité, ni faveur, ni oppression contre Dieu. Les cultes seront dans le droit commun, ni persécutés ni privilégiés. — Le gouvernement se coalise avec des cultes contre d’autres cultes; il se mêle de l’autel, il légalise des croyances; et si deux ou trois 'personnes se rassemblent au nom d’une foi, des gendarmes vont dissiper au nom de la loi cet attroupement d’adorateurs. — La révolution dit : Le travail, l’industrie, le commerce seront libres; la lo' veillera à ce qu’il ne s’établisse aucun monopole contre les consommateurs. Le bon marché est la vie du peuple. — Le gouvernement crée des féodalités industrielles et livre le peuple qui consomme à la merci du producteur privilégié. — La révolution dit : La loi sera l’expression régularisée du vœu de tous les citoyens. — Le gouvernement impose pour loi le vœu de deux cent mille électeurs. — Nous n’en linirions pas. Si l’assemblée nationale sortait aujourd’hui

du tombeau et se retrouvait en pr^aence de son œuvre ainsi défigurée, quel est celui de ses hommes d'Eiatqui recon-* naîtrait sa révolution dans vos mains? De réaction en réaction , de corruption en corruption , de peur en peur, de prétexte en prétexte, quel est le principe que vous aves laissé debout? Au lieu d'une démocratie, une oligarchie. Au lieu de l'égalité, une noblesse électorale. Au lieu d’une royauté-magistrature, une royauté-dynastie. Au lieu de la presse libre, les lois de septembre. Au lieu du droit d’association, la défense de se réunir. Au lieu de la religion émancipée et vivant de l’autel , des querelles religieuses et des cultes se disputant le budget. Au lieu des propriétés divisibles à l’infîni , des propriétés de main-~ morte se reconstituant tous les jours dans la main d'innom- ' brables corporations et déshéritant la famille. Au lieu du travail et des industries libres, U France vendue aux capi- | talistes, Au lieu de la suprématie mobile et morale de TiU' telligence, la suprématie du cens et la souveraineté de la glèbe et de la patente !

» Voilà la révolution d’un côté. Voilà le gouvernement de l’autre. Jugez ! En est-il le sens ou le contre-sens? Il lui a pris son nom , c’est vrai ; mais le moyen le plus sûr et l'artifice le plus habile pour tuer l'esprit de la révolution, ne serait-ce pas de lui prendre son nom et de foire la contrerévolution sous son masque? Et vous dites : A quoi se ralliera l’opposition? et où prendra-t-elle ses forces! Elle les prendra là, ou nulle part. Si ce drapeau relevé de la révolution française avec tous ces principes, toutes ces vérités, tous ces dogmes qui ont fanatisé nos pères pour une rénovation sociale impérissable, illuminé encore de toutes les vérités que la pensée de notre temps a conquises après eux, ne suflit pas pour rallier aujourd'hui l’armée des idées en

face de la troupe des intérêts ; s’il n'y a pas dans l’esprit et dans l'àme de toute une génération neuve assez de foi pour ces vérités, assez d’indignation contre ceux qui les renient, pour donner à l’opposition qui les défend la toute-puissance du sentiment national ; si ces principes, qui ont passionné l’Europe, n'avaient plus la force de faire retentir une voix ou de réveiller une conscience en France, alors ce ne serait pas seulement sur l’opposition qu'il faudrait pleurer! Ce serait sur tout le monde ! il n'y aurait plus de France !

» Mais il y en a une sous vos pieds, que vous ne voyez pas. Oui, il y a une France qui pense et qui sent au-dessous de celle qui boit et qui mange. Il y a une France qui croit à quelque chose et qui a prodigué son repos, sa fortune, sa vie, pour semer avec les gouttes de son sang la foi de sa révolution dans le monde. Elle n’est pas si prête à changer de religion politique qu'on le pense. Elle saitqu’elle est l’armée de l’Évangile nouveau parmi les peuples; qu’elle a à continuer les campagnes de la raison, de la justice et de l'intelligence. Elle sait qu'elle est gardienne d’un dépôt de dogmes, de lumières, d’institutions, d'espérances, qu’elle doit non-seulement transmettre, mais grossir pour ceux qui viennent après uous. Elle est dévouée, et elle est lière. Elle ne veut pas qu’il soit dit un Jour dans l’histoire qu’il y a eu en France une génération pour conquérir le gouvernement de raison, qu’il y a eu une autre génération pour le déserter et le trahir, et que celte génération c’était nousi... Non I elle est patiente, mais elle n’est pas endormie; elle est tiède, mais elle n'est pas incrédule. Que l’opposition l’avertisse et la détrompe 1 qu'elle lui montre en toute occasion que son gouvernement est le contre-sens de sa révolution. L’œuvre est facile, et le résultat n'est pas douteux. Le jour oîl la France verra que l’opposition est dans l'esprit de sa ré*

volulion, el que son gouvernement u’y est plus, c’en sera fait du gouvernement: ou il changera, ou il périra. Nous sommes loin de désii'er qu’il périsse Nous lui prêterons force pour revenir à sa vérité. Mais si la question se posait jamais enli’e l’esprit de la révolution française el l’existence d’un gouvernement quelcortque, notre choix est fait comme celui de la France : respect aux gouvernements, patience aux choses, mais victoire aux idées! »

A. D£ Lamartine.

A M. DE LAMARTINE

1*J octobre 1843.

Vous voulez que la France soit libre, forte et glorieuse; que le peuple s’élève eu moralité, en lumière et en bienêtre ; ce vœu que vous exprimez au nom de l’opposition est aussi celui du gouvernement; il est également le nôtre!

Le but que se proposent les hommes honnêtes de tous les partis est donc le même, ils ne sont divisés que sur les moyens de l’atteindre.

Vous êtes d’accord avec nous quand vous dites:

La réforme électorale sera difficilement votée par une chambre qui ne veut pas être réformée ;

La classe moyenne ne se détrônera pas volontairement de ses propres mains ;

La définition de l'attental{demeLüdée par vos nouveaux amis) ne trouble le sommeil de personne ; la France ne sait pas bien ce que cela veut dire ;

Il est malheureusement trop tard aujourd'hui pour dé» molir les fortifications (votées par la majorité de l’opposition, malgré vos avertissements et les nôtres) ;

Ce n’est pas en multipliant les crises ministérielles ; en agitant à la surface parlementaire toutes les mauvaises pas> sions de l'intrigue ; en donnant au pays le triste spectacle de tous les partis se mettant en contradiction avec euxmêmes, avec tous leurs antécédents, avec tous leurs principes; en semant la division et la rivalité entre tous les hommes éminents ; ce n’est pas en se mettant bassement tour à tour au service de toutes les ambitions déchues, de toutes les présomptions malheureuses, de toutes les vanités vindicatives, que l’opposition ressaisira son empire, d’empire de l’opinion ; que la politique abaissée se relèvera dans l'estime des peuples; que les gouvernements résoudront les difficiles problèmes qui sont les batailles de trente années de paix ;

Le tort de l’opposition, aux yeux de la France , c’est de ne pas lui montrer et de ne pas lui demander des choses dignes d’elle ;

On ne passionne pas les grands peuples pour les petits résultats ;

On ne crée pas les grandes forces avec les petits moyens;

Oser est le synonyme de pouvoir.

Nous sommes d’accord avec vous quand vous ajoutez:

L'administration est le mécanisme du gouvernement, elle n’en est pas l’esprit; les intérêts matériels sont le corps

du pays, ilsp’en sont pas ràmo (jamais nous n’avpns dit ni pensé le contraire] ;

Le bon marché est la vie du peuple ;

Respect aux gouvernements, patience aux choses, mais victoire aux idées.

Oui, répéterons-nous avec vous, respect aux gouvernements, patience aux choses, victoire aux idées] Cette foi que vous confessez est aussi la nôtre ; cette confiance que vous exprimez dans l’avenir, nous la ressentons égaleipent, Comment donc sommes-nous, vous dans un camp, nous dans l’autre ; vous avec l’opposition, nous avec le gouvernement? Qu’est-ce donc qui nous divise et nous sépare? Spntce des principes, sont-ce des erreurs?

Vous nous accusez :

D'étre des matérialistes politiques :

De vouloir endormir, dans un excès de bien-TÔlre, )a France, le pays des idées, la terre de l’intelligenca, le royaume de l’opinion, le foyer de l’initiative européenne; de vouloir en faire une heureuse Autriche, une grfss^e Lombardie, ayant des routes, des canaux , des chemins dn fei*) du blé et de l’or, et n’ayant plus d’institutions;

D’entretenir, d’exciter la haine nationale contre l'Angleterre, sentiment vieux comme les rochers de la blancM Albion, faux comme un préjugé populaire.

Noos vous répondons :

Oui, nous l’avouons, nous sommes des matérialistes politiques, mais en ce sens que nous avons l’esprjt trop positif pour qu’il se laisse, lui aussi, a endormir » par de généfÇMl

sentimenls, de nobles instincts ébquetntnent exprimés, d’admirables discours qui n'aboutissent à rien autre qu’à remettre incessamment en question le lendemain ce quia été décidé la veille, qu'à rendre les discussions interminarblés, les institutions stériles, les lois précaires, les gouvernements impuissants, les peuples moins heureux; il nous faut à nous, qui n'avons que du bon sens, moins de paroles et plus d'action ; les exercices du cirque parlementaire ne nous suffisent pas ; nous ne nous payons pas seulement de grands mots, nous prenons à la lettre ce que nous entendons dire; nous qui voulons la fin, nous voulons les moyens. Quand nous entendons l’opposition accuser tous les ministres, quels qu’ils soient, d’incapacité, nous interrogeons son passé et nous nous demandons ce qu’à leur place elle ferait de plus et de mieux ? Quand nous l’entendons accuser le gouvernement de corruption , nous examir nons ce qu'elle a fait du pouvoir, en tous pays, toutes les fois qu'elle est parvenue à s’en emparer?... Nous voyons qu'il ne fut jamais entre ses mains qu’un instrument sanguinaire de réaction et de terreur, lui échappant par l'excès même de ses violences. Quand nous l’entendons gémir sur l’abaissement du pays, nous nous demandons comment elle le ferait cesser, où elle puiserajtses forces, où elle irait chercher ses alliances? Quand nous l’entendons se plaindre que la France manque de libertés , nous nous demandons lesquelles elle nous donnerait exemptes du risque de les perdre par l’ivresse? Quand nous l’entendons s’élever contre l'énormité des impôts et l'exagération des dépenses, nous nous demandons pourquoi, ayant à sa disposition une tribune et des JournauXj elle ne sort pas du champ des vaines déclamations et ne précise pas nettement ceux qu’il faudrait réduire, celles qu'il faudrait retrancher? Quand

nous l’entendoDS s’apitoyer enlin sur l’état de misère et d'abjection du peuple, nous nous demandons ce qu'elle conçoit pour rendre cet état moins pénible, ce quelle conçoit pour y mettre un terme ?

Oui, nous le confessons, à notre honte , l’idéal , selon nous, de l'égalité et de la liberté populaires, ce,n'est pas le droit politique plus ou moins étendu d’élire un mandataire plus ou moins exercé dans l’art de la parole, plus ou moins fidèle à remplir son mandat: c’est d’abord la garantie que la loi sera la même pour tous, que la justice n'admettra pas de distinction entre le riche et le pauvre , le faible et le fort ; que l’impôt ne pèsera pas sur une classe tandis qu’une autre privilégiée en sera exempte; que tout acte arbitraire rencontrera pour barrières la séparation des trois pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire, et l'indépendance d'une magistrature inamovible ! Cette garantie nous la possédons; mais il en est une autre non moins essentielle qui nous reste à acquérir', c’est la garantie que tout homme laborieux et valide ne manquera jamais de travail, que tout homme honnête et non valide ne sera jamais exposé à mourir de faim ou à vivre de honte , que tout enfant ne sera jamais privé, fût-ce même par sa faute, de l’instruction sans laquelle nous ne concevons pas le citoyen, encore moins l’électeur !

Oui vous avez raison, nous sommes des matérialistes politiques, car pour nous les mots d'égalité et de liberté n’auront jamais qu’un sens incomplet tant qu’ils ne signifieront pas: extinction de la mendicité et de l'ignorance. Il faut, pour satisfaire notre esprit défiant et positif, que nous touchions du doigt ce qu’on nous montre , que les paroles qu’on sème donnent une récolte, que toutes les grandes idées se traduisent par d'heureuses réalités.

Mais si la première de vos trois accusations est fondée, la seconde ne l’est pas : aussi ne nous y arrêterons-nous qu'un instant.

Sans doute, nous voudrions bien que l'instruction populaire fût aussi répandue dans nos campagnes que dans l'heureuse Autriche; que savoir lire, écrire et compter, ne fût plus même, au sein de nos conseils municipaux, une exception , et on privilège; que la France électorale ne donnât plus à l’Europe absolutiste le honteux spcciacle d’électeurs accusés de monopole et incapables d’écrire leurs bulletins ; sans doute nous ne demanderions pas mieux que notre pays, grâce aux elTorts d’une agriculture éclairée, alTranchie du poids que fait peser sur elle un régime hypothécaire vicieux, arraclréeà l’usure qui la trappe de stérilité, fécondée par le crédit, devînt une grasse Lombardie; mais parce qu'elle aurait des routes, des canaux, des chemins de fer, du blé et de l’or, pourquoi donc s'endormirait-elle dans la richesse et se réveillerait- elle dans l’asservissement, n^ayant plus d’institutions 1

Prendre le travail pour le sommeil, n’est-ce pas soimême s’égarer dans un rêve et appeler au moins le doute sur tout ce qu’on aflirme?

Si la France avait ces routes, ces canaux, ees chemins de fer, dont vous semblés craindre qu’elle ne soit trop lût dotée, le prix de tous les objets de consommation nécessaires à l'alimentation des classes laborieuses, celui de toutes les matières premières, principal élément du travail, s’abaisserait, au moins dans la proportion de la diminution des frais de transport ; l’ouvrier serait mieux nourri ; le paysan sortirait de l’état d'abrutissement dans lequel son porc et sa vache, qui sont ses hôtes, sont aussi, à peu de chose près, ses égaux ; ne serait-ce donc rien que ce résultat?

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Qu'appeleii-voiis donc égalité, liberté? Les relations de famille à famille, de commune à commune, de département à département, de peuple à peuple, deviendraient plus faciles, plus suivies: ne serait-ce pas là un progrès de la ci- Tilisation ? — Le pays, ayant moins à craindre la concurrence de l’industrie étrangère, pourrait abaisser sa ceinture de douanes etétendre son commerce : ne serait-ce pas là hâter l’avénêmentde la liberté commerciale et donner à la paix de

nouvelles et de plus profondes racine^? Où serait le mal?

La France, plus riche, aurait — ses lois restassent -elles les mémos — un plus grand nombre d’électeurs, et ses électeurs seraient plus éclairés! Comment cette réforme électorale, opérée par le cours naturel des choses, aurait-elle donc pour conséquence de priver le pays de ses institutions? Parce qu’il serait plus heureux, serait-il moins libre? Existet-il donc une ldi fatale que vous connaissiez et que nous ignorions?

Votre troisième accusation est relative à l’Angleterre , contre laquelle vous nous reprochez d’exciter la haine nationale.

Vous avez tort de croire que c’est un vieux préjugé populaire que nous flattons; c’est au contraire un vieux préjugé populaire que nous voulons détruire.

Longtemps les gouvernements et les peuples, à l’exception de la Grande-Bretagne, ont cru que leur importance était en raison de l’étendue de leur territoire ; què leur sécürité dépendait de la nature de leurs frontières; que la

perte d’une province était une irréparable perte, une ineffaçable honte ; ils continuent de le croire, moins fermement peut-être , mais encore beaucoup trop pour le prompt avènement de la politique nouvelle, de laquelle dépendront là glorification^ de la paix ét la grandeur de l’avenir.

Le règne dé Napoléon a été, en politique, ee que sont cés tremblements de terre qui anéantissent un vieux monde pour en mettre un nouveau à sa place.

En changeant toutes les condition^ de la guerre, il a changé tous les rapports de peuples à peuples, de peuple à gouvernement. Six mois de guerre, c'est un milliard ; une armée, c’est un million d’hommes. Quelle conquête douteuse vaut un pareil prixt Quelle nation est à la fois assez riche èt assez asservie pour se laisser imposer, au gré d'un souverain ambitieux, de tels sacrifices, à moins qu’elle n’ait été menacée dans son indépendance et qu'elle n’ait à repousser une injuste agression? La solidarité des peuples n’est pas encore écrite dans le droit public des nations, mais elle n’en existe pas moins de fait.

Aujourd'hui , les questions de territoire , de population et de limites ne sont plus que secondaires ; Droit et Crédit, Voilà les deux mots que Napoléon a laissés gravés sur sa tombe, pour servir de loi au monde nouveau.

Quelle est la source du crédit d’un peuple? C’est sa richesse. La source de sa richesse? Son activité, son industrie, son Commerce. Qu’importe qu’il ait trente ou cinquante millions de travailleurs, puisqu’il peut, à l’aide de machines, doubler, décupler, centupler ce nombre? Qu’importe, rigoureusement, qu'il ait un ou deux millions de eonsommatcurs de plus ou de moins, lorsqu'il peut donner à son Industrie on si grand développement? Ce qu’il nous faut, ce n’est pas une province de plus, c’est l’univers entier pour marché, c’est la concurrence avec tous et contre tous; ce n’est pas la possession de la rive gauche du Rhin, — l’Allemagne peut la garder, — c’est la liberté des mers : la France et le continent ne doivent pas souffrir un jour de plus que l’Angleterre achève de la conüsquer, en s'empa-

tant des derniers détroits , des derniers passages, des derniers marchés, s’il en reste encore dans le monde qui ne soient pas les siens.

La liberté des mers, mais c’est la liberté des peuples ! — Que voulez-vous donc qu’ils fassent, le jour où ils auront un excédant de production? Et ce jour est prochain pour eux tous. Où iront-ils l’échanger? Ils seront comme bloqués chez eux, aux prises avec deux fléaux , la faim et l'abondance ! La liberté des mers, c'est la voie de salut du monde entier. Une flotte vaut déjà plus aujourd’hui qu’une province. Ce sont deux vérités que le continent, les reconnût-il demain, reconnaîtra trop tard, à moins qu'un jour, l’excès du mai ne le tirant de sa routine et de sou apathie, n’enfante une coalition de toutes les marines contre la marine britannique, avec ce cri de ralliement : Extermination du Léopard!

Ce qui est un vieux préjugé populaire , c’est de vouloir aveuglément pour la France la rive gauche du Rhin, lorsque nous ne pouvons plus la conquérir qu'à la condition d'armer contre nous le continent tout entier, de briser l’équilibre européen, de ruiner le crédit universel, de rouvrir une nouvelle ère de désastres et de barbarie.

Peu nous importe l’Angleterre, dominatrice de l’Ecosse et de l’Irlande! Nous n'avons pas de haine contre elle ; nous n’en avons que contre l’Angleterre usurpatrice de l’empire des mers, parce que la liberté des mers, c’est tout l’avenir de la paix et de la civilisation.

Nous venons de répondre pour nous ; maintenant , nous allons répondre officieusement pour le gouvernement.

Tous l’accusez :

De TODloir dans la pairie un pouvoir politique héréditaire, une souveraineté par droit de naissance;

D’avoir imposé pour loi le vœu de 200,000 électeurs; de diviser les citoyens en deux catégories , l’une faisant la loi, l’autre lui obéissant ;

De faire de la royauté une force propre et absorbante;

D’avoir enlevé à la nation, par le vote de la loi de régence, jusqu’à la propriété de ses interrègnes ;

D’avoir bâti pour 500 millions de forteresses autour de la ville où se font les lois ;

De s’être coalisé avec des cultes contre d’autres cultes; de s’être mêlé de l’autel et d’avoir légalisé les croyances ;

D’avoir créé des féodalités industrielles et livré le peuple qui consomme à la merci du producteur privilégié.

Pour donner plus de force à vos accusations, vous les formulez en ces termes :

Âu lieu d’une démocratie, une oligarchie ;

Au lieu de l’égalité, une noblesse électorale ;

Âu lieu de la presse libre, les lois de septembre;

Âu lieu d’une royauté-magistrature, une royauté-dynastie ;

Âu lieu du droit d’association, la défense de se réunir;

. Âu lieu de la religion émancipée et vivant de l’autel , des querelles religieuses et des cultes se disputant le budget ;

Âu lieu des propriétés divisibles à l’infini, des propriétés de mainmorte;

Âu lieu du travail et des industries libres, la France vendue aux capitalistes ;

Âu lieu de la suprématie mobile et morale de l’intelligence, la suprématie du cens et la souveraineté de la glèbe et de la patente.

toutes ces accusations sont-elles vraies t Aucune n’estelle exagérée ?

Il se peut qu’il y ait au pouvoir des hommes politiques superficiels qui regrettent l’hérédité de la pairie ; qui pensent qu’elle aurait été à la fois une force pour la royauté et une garantie pour la liberté; qui ne se rendent pas compte qu’il n’y a pas d’hérédité durable sans aristocratie, et d’aristocratie qui puisse vivre sans conquêtes ou sans dotations, sans droit d’aînesse ou sans majorais, institutions incompatibles avec l’égalité, qui est devenue le principe de nos lois, avec la haine et la soif des privilèges, qui est le double trait caractéristique de nos mœurs, s'expliquant par l’envie et la vanité, avec les habitudes que nous avons contractées depuis un demi-siècle, avec les sentiments nouveaux qui se sont fait Jour dans la famille, avec les changements qu’ont subis toutes les professions, aréc la puissance qu’ont acquise la banque et l’industrie, avec la facilité que donne le barreau, ce marchepied de la tribune, d'escalader le pouvoir; oui, certes, il se peut qu'il y ail des conseillers de la couronne qui regrettent l’hérédité de la pairie ; mais qu’il y en ait qui songent à la rétablir, non, il n'y en a pas. C'est donc un premier grief sans fondement.

Si la France ne compte que iOO.OOO électeurs, si les citoyens ont été divisés étroitement en deux catégories l’une faisant la loi, l’autre lui obéissant, qui faut-il en accuser? Est-ce le gouvernement représenté par le roi et ses ministres, est-ce le pays représenté par ses élus? Reportezvous au projet de loi présenté par M. le comte de Montalivet : les dispositions n’en étaient-elles pas moins res-' trictives que celles de la loi amendée et votée par les deux

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îhambrcs, qui eu ont retranché le principe de l’adjonction des capacités? Rappclez-vous quelle crainte a prévalu en 1851. — La crainte de l’influence du clergé et des grands propriétaires sur l’esprit des électeurs ruraux. Cette crainte, qui l’a manifestée le plus hautement? N’est-ce pas l’Opposition, pour laquelle cependant vous nous avez quittés? Dire que les citoyens ont été divisés en deux catégories, l’une faisant la loi, l’autre lui obéissant, n'est-ce pas commettre une erreur? Est-ce que ceux qui font la loi sont dispensés de lui obéir? L’obligation pour ceux qui la font de s’y soU'* mettre, n’est-elle pas la garantie de ceux qui ne la font pas?

S’il était vrai que la royauté fût une force propre et absorbante , cette accusation serait moins la critique de nos institutions que dé nos mœurs, lesquelles ne formeraient pas d’hommes politiques assez éclairés ou assez fermes pour porter, sans fléchir, le poids de la responsabilité ministérielle. La justice voudrait qu’on en accusât le pays et qu’on en remerciât le roi.

La nation est-elle fondée à se plaindre qu’on lui ait enlevé la propriété de ses interrègnes, c’est-à-dire le choit du régent dans les temps de minorité? Le régent aurait-ll donc d’autres pouvoirs que le roi ? Serait-il donc appelé à exercer la dictature? S’il n’en est pas ainsi, qu’importe que lé principe d’hérédité l'ait emporté sur le principe d’élection ? Tant mieux, au contraire. Le pouvoir parlementaire ne subsisie-t-il pas d’un règne à l’autre? Les chambres n’ayant pas la responsabilité du choix n’en auront que plus de liberté dans l’exercice de leur contrôle.

Si le gouvernement a eu le tort de bâtir pour trois cent millions de forteresses autour de la ville où se font les lois, qui a donc eu l’imprudenCe de lui en voter les fonds? N’estce pas la majorité de l’opposition? Et cela à la clarté du

grand jour de la liberté de la presse et aux acclamations du radicalisme, représenté par le National ? Moitié de votre blâme^ au moins , ne doit-elle pas retomber sur l’opposition?

Sérieusement, le gouvernement est-il coupable d’avoir attenté à la liberté des cultes parce qu’un jour, après plusieurs années de tolérance d’une part , de scandales de l'autre, il a fini par traduire devant les tribunaux Châtel , ses disciples et ses imitateurs? L'impiété est-elle une religion ? Et quand toutes les licences sont réprimées , une seule, la plus fâcheuse, pouvait-elle Jouir de l’impunité, et continuer plus longtemps de prostituer les plus saintes cérémonies et d’offenser les plus pures croyances? Nous le déclarons hautement , sans crainte de la solidarité , nous ne le croyons pas.

Est-il vrai de dire que le gouvernement a créé des féodalités industrielles , et livré le peuple qui consomme à la merci du producteur privilégié? Quelles sont ces féodalités? Si elles existent, ne sont-elles pas l’œuvre de plusieurs régimes et de vingt-cinq années de guerre? Nos tarifs de douanes ne s’abaissent-ils pas chaque année ? Peut-être, tout à la fois, trop faiblement et trop fréquemment, mais enfin ils s'abaissent; et chaque pas que nous faisons est un pas en avant, non en arrière, vers la liberté commerciale. Laissez achever les routes, les canaux et les chemins de fer, sans craindre qu’ils jettent le pays dans un dangereux sommeil, et ces féodalités du moyen âge industriel disparaîtront comme les autres; les barrières de la douane tomberont successivement en ruines comme les châteaux crénelés ; la houille vaincra les résistances des grands propriétaires de forêts Pt de forges ; elle remplacera le bois, comme le fusil a remplacé l’arme blanche , comme la balle a remplacé la

flèche. Ce n'est qu’une question de voie de communication et d’économie dans ies frais de transport, et chaque jour la question se simplifie.

En regard du mot démocratie, vous placez celui d’oligarchie ; voudriez-vous donc que ce fût la multitude qui gouvernât et le petit nombre qui fût gouverné?

Qu’appelez-vous noblesse électorale ? Cette qualification pourrait, à l’extrême rigueur, s’appliquer aux électeurs capacitaires de la seconde liste du jury, dont les chambres ont refusé, en 1831, l’adjonction demandée aujourd'hui; mais la donner à des électeurs censitaires, qui, s’ils paient demain un centime de moins que deux cents francs, cesseront de remplir les fonctions qu’ils exerçaient, n’est-ce pas un contre-sens?

La presse est régie par de mauvaises lois, cela est vrai ; mais la vapeur, cette autre force appelée à changer avec elle la face du monde, n’a pas atteint non plus la perfection du premier coup. Pour celle-ci comme pour celle-là ou a commencé par exagérer les mesures de sûreté publique. Plus les machines à vapeur se sont perfectionnées, moins les réglements sont devenus restrictifs et sévères. Rendons la liberté de la presse moins imparfaite, et les lois de septembre, si elles ne se modifient pas, s'éteindront dans la désuétude.

Je comprends la différence entre la royauté élective et la royauté héréditaire, la royauté absolue et la royauté constitutionnelle; mais je ne comprends pas la différence entre la royauté-magistrature et la royauté-dynastie. La royauté en France a des prérogatives qui ont pour limites le pouvoir des chambres législatives. Si la royauté ne les exerçait pas, ses ministres seraient coupables; si elles les outre-pas- Baient, ies chambres seraient complices.

La France a juai Jusqu’en 1834 de la plénitude da drôit d’association. Qu’a-t-il produit? — L’abus. Depuis que l’émeute est devenue plus rare, l'arbitraire est-il devenu plus menaçant? Depuis que le pays est plus tranquille, le peuple est-il moins libre? Qu’a-t-il perdu le jour où le droit d’assiéger la porte de quelques manèges, au préjudice de toutes les boutiques environnantes, lui a été retiré, où il a cessé d'obstruer les rues, d’interrompre la circulation et d’alaN mer le commerce?

Si l’État cessait de salarier les cultes, si la religion, dépouillée par la Révolution, n’avait plus pour subsister que le produit de l’autel, que deviendraient-ils, que deviendrait-elle ?

Que deviendrait-elle, quand déjà vous élevez la voix contre ces proprtéfés de wa/nmorte qui, dites-vous, se reconstituent tous les jours dans la main d’innombrables corporations et déshéritent la (àmille? Ëst-il vrai que ce danger existe ailleurs que dans l’imagination deM. Isambert? Nous l’avons cherché vainement dans le Bulletin des Lois.

Où sont donc ces capitalistes qui sont assez riches pour acheter la France, et qui ne le sont pas assez pour entreprendre l'exécution d’un chemin de fer, sans le concours de l’Etat, ou sans l’appui des capitaux anglais?

Ici, vous vous élevez contre l’oligarchie, là vous invoquez la suprématie mobile et morale de l’intelligencé, n*est-ce pas vous Contredire? Entré la doctrine du nombre ou de là souveraineté populaire, qui est la doctrine de l’opposition radicale, et la doctrine de la capacité, qui Tait de l'élection Une fonction politique et non un droit naturel, doctrine qui est la nôtre, laquelle choisissez-vous ? L’une exclut l’autre.

Qu’appelea-vous la suprématie du Cens, quand l’impôt atteint toutes les classes sans distinctloti ? Qu’appeler-vous

enfin la souveraineté de la glèbe et de la patente? Le fermier ne partage-t-il pas avec le proprietaire l’avantage d'élire leur mandataire commun ? Le secret du scrutin ne lui garanlil-il pas la liberté de son suffrage? La patente, r.*est-ce donc pas en réalité une franchise politique accordée au travail, puisqu'elle fait pulluler des électeurs et des éligibles, n’ayant d’autre fortune, d’autre moyen d’existence que leur industrie ? Cette classe d’électeurs ne tendelle pas à s’accroître dans des proportions telles qu’elles finiront par changer toute l’économie de la loi électorale ?

t*our que la France soit libre, forte et glorieuse, pour que le peuple s’élève en moralité, en lumières et en bienêtre, vous pensez qu’il faut :

Que la France soit démocratique;

Que les citoyens soient tous égaux, parce que Dieu leur a donné les mêmes droits ;

Que le roi soit un magistrat héréditaire dont l’autorité émane du peuple ;

Que le roi éloigne les troupes du siège des assemblées nationales ;

Que la liberté religieuse soit absolue ;

Que le travail, l’industrie et le commerce soient libres; que la loi veille à ce qu’il ne s’établisse aucun monopole contre les consommateurs ;

Que la loi soit l’expression régularisée du vœu de tous les citoyens.

Voilà, mot à mot, tout votre programme.

Le centre gauche, lui, pense qu’il suffit d’exclure de la chambre élective un certain nombre de fonctionnaires salariés, et d'adjoindre à la liste électorale la seconde liste du jury;

Le parti radical, de son côte, demande que (ont contri . buable soit électeur, que tout électeur soit éligible ;

Le parti légitimiste, à son tour (nous ne confondons pas avec lui les journaux qui trahissent ses intérêts, démentent son passé, compromettent son avenir et ternissent la loyauté de ses principes), n’admet pas que la France privée du principe de la légitimité puisse être libre, forte et glorieuse ;

Nous, enCn, que vous traitez de matérialistes politiques parce que nous n'avons qu'une foi très-bornée dans ce que vous appelez les dogmes qui ont fanatisé nos pères, et dans ce que nous appelons la politique du passé, nous comprenons autrement que tous les partis et que le gouvernement la liberté du peiple, la force du pouvoir, la grandeur du pays; nous avons dit comment nous les concevions; si nous nous défions de 89, c'est que nous nous souvenons de 93 ; c’est qu'il a fallu l’empereur et l’empire pour faire oublier les massacres de la Convention et les turpitudes du Directoire !

É. DE Gibardir.

APPLICATION POSSIBLE DES PRINCIPES DE t'oPPOSITION

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