AU GOUVERNEMENT
Mâcon , 5 novembre 1843.
a Parmi les journaux du gouvernement, les uns raillent, les autres persiflent ; la Presse discute. C’est à la Presse que nous répondons. Nous lui avons fourni le texte de remarquables pages, dans lesquelles, en réfutant nos idées, elle a fait entrevoir elle-même des idées larges et organisatrices. Nous ne demandons pas mieux que de faire penser ceux qui sont capables de penser. Faire penser le pays , c'est, selon nous, le principal mérite du gouvernement représentatif. S'il n'était pas bon à cela , il ne serait bon à rien.
D Toute la question entre la Presse et nous se réduit à ceci : l'opposition a-t-elle des idées? Quelles sont ces idées? Et, dans l'état de division où elle est, comment l’opposition pourrait-elle s'entendre sur l’application d’une portion quelconque de ces idées?
D L’opposition a-t-elle des idées? C'est demander si la révolution française a des idées ; car nous avons démontré
que l'opposition en France n'était et ne pouvait être que le
«ens vrai de la révolution française , tour à tour faussé, exagéré ou trahi par les gouvernements qui se sont succédé. Or, nier que la révolution française ait des idées, c’est nier la lumière dans l'embrasement, et le mouvement
dans le tourbillon. On ne répond pas à cela. On plaint Faveugle et on passe son chemin.
«Maintenant vous demandez quelles sont ces idées? Nous vous les avons dites, du moins les principales. Les énumérer toutes, serait aussi impossible que d’énumérer, en les déduisant, toute une série de conséquences contenues en germe dans un principe. C’est l’infini. Elles se résument en un seul mot : Avènement de la démocratie au gouvernement, et, parle gouvernement, à toutes les conditions utiles de la société humaine. Nous vous avons prouvé que Cette idée de la révolution avait été la mission obligatoire du gouvernement de juillet. Nous avons posé d’un côté les principes sains de la révolution , de l^autre les actes du gouvernement. 11 est résulté de ce parallèle que le gouvernement se faisait le contre-sens de la révolution française. Prenez maintenant toutes les idées qui peuvent être contenues dans cet espace toujours croissant entre la révolution française et le gouvernement qui s’eri éloigné ; exCéptê l’idée d’ordre et l'idée de paix, qui sont communes â l’opposition et au gouvernement: voilà les idées de l’opposition, les idées du siècle, les riôtres; j’oserai dire , les idées de l’esprit humain. En un mot, l’opposition a lôiites les idées que le gouvernement n’a pas. tous convenez vouSmême que c’est être assez riche.
» Mais peut-elle s’en servir? ajoutez-vous, b^abord estelle assez d’accord avec elle-même pour s’entendre sur un programtne de gouvernement? Et ensuite ce programme, si elle parvenait â le rédiger et à l’appliquer, ne serait-il pas une révolution ; au lieu d’être un gouvernement? Le règne de l’opposition ne serait-il pas l’amoindrissement ridicule de ses principes. Ou le bouleversement dé la société?
» Qde ropposiliort soit jusqu’à ce moment faible et divisée, c'est nous qui vous l’avons dit| nous ne le nioria pas, nous en gémissons. Qu’elle soit condamnée à l’être toujours, nous ne le pensons pas. Riche en hommes, puissante en principes, populaire par nature, le gouvernement lui envoie fous les jours dès forces nouvelles; elle grandit pendant qu’il se rapetisse, elle se retrempe pendant qu’il s’use, elle devient le gouvernement des esprits pendant qu’il est le gouvernement des corps. Ce que nous craignons pour l’opposition , ce n’est pas le dénûment de forces contre le gouvernement, c’est plutôt l’excès. Oui, nous craignons que le gouvernement ne lui fournisse Un jour trop d’armes contre lui; que, dans sa force et dans sa colère, l’opposition n’ait pas le sang-froid de choisir dans cet arsenal, et qu’au lieu dès armes légales,' elle ne se couvre contre lui de quelques-unes de ces arnîes désespérées qui font des blessures dont on ne guérit plus.
h Elle est trop divisée poUr être à Craindre, dites-vous. •
Oui; mais qui l’empêche de" se rallier él de se réunir? Rien au monde que sa volonté. Le jour ou elle sentira que c’en est fait de la révolution française, de ses priiicipes, de ses conséquences , de sa morale et de sa politique, si elle ne se jette pas au limon pour sauver tout cela; le jour où elle mettra son devoir, son salut, son honneur, ses dogmes fondamentaux et son patriotisme audessus de quelques préférences de forme et de quelques dénominations arbitraires qui la divisent, ce jour-là elle aura la seule chose qui lui manque, runilé, et avec Tunité la victoire. Elle s’emparera du gouvernement. Il suffit d’une soirée pour cela. Ne le voyez-vous pas?
» Mais ce sera une révolution ! répétez-vous encore. Oui et non. C’est comme vous voudrez. Expliquons-nous.
B Certfls , ce n'est pas nous qui engagerons jamais l'opposition à se faire petite pour passer, comme il a été dit, par la porte basse et étroite d'un ministère, pour venir dénaturer à la fois le gouvernement et l’opposition dans une administration bâtarde qui demande pardon d'être au pouvoir, pardon d’être dans l’opposition , et qui , d’excuse en excuse , finit par humilier en elle et le pouvoir et la révolution. Ces hommes sont les faux monnayeurs de la politique. A force d’alliage , ils faussent tout ; ils font qu'on se détle de l’or même, quand il a passé par leurs mains. Les partis n’ont point de force par les concessions ; les partis n’ont d’autre force que leurs principes. En atténuant les leurs , c’est eux-mêmes qu’ils atténuent. Qu’est-ce qu’un homme sans esprit? Rien. Un homme n’a de, valeur que par l’idée qu’il représente. Nous ne dirons donc jamais à l’opposition : Atténuez-vous, abdiquez-vous, concédez-vous, décolorez-vous, pour qu’on vous confonde avec vos ennemis, et demandez grâce le pouvoir dans la main. Non! Nous lui dirons toujours : Attendez plutôt un siècle que de vous diminuer; et si vous entrez au pouvoir, entrez-y tout entière , et faites-y hardiment tout ce que vous avez à y faire.
» Avec de telles idées, il est évident que le jour de l'entrée de l’opposition aux affaires sera une révolution, c'està-dire un changement presque complet dans les principes, dans les tendances et dans les actes du gouvernement. Ce sera l’esprit de la révolution française, au lieu de l’esprit de la contre-révolution, qui gouvernera. L’opposition ne maintiendra que les deux choses que nous louons le gouvernement d'avoir maintenues, et qui font que nous le respectons encore en le combattant : l’ordre et la paix. Mais les conditions de l'ordre et les conditions de la paix seront
cliangées aussi. Ce sera l’ordre par la démocratie, et la pait par la puissance nationale, au lieu de l’ordre par l'intimidation et de la paix pajr la concession.
» Mais sera-ce pour cela l’ébranlement des intérêts et le bouleversement de la société ? Les partisans du gouvernement le voudraient bien . Ils seraient bien heureux de montrer une subversion universelle aux esprits timides, comme nn abîme entre l'opposition et le pouvoir. \oilà pourquoi ils confondent perfidement deux choses parfaitement distinctes, l’opposition et la révolution. Ils disent: «Voyez! l’opposition veut tout changer : or, tout changer, c’est tout détruire. Vous êtes avertis, tenez-vous bien! car si l’opposition entre aux affaires, c’en est fait de la monarchie , de la dynastie ; l’opposition au pouvoir, c’est le sauve qui peut de la société ! « Vous êtes trop éclairé et trop franc pour grossir ces ridicules paniques. Ce n’est pas à vous que je réponds ici, c’est aux esprits faibles qui confondent le radicalisme et l’opposition , c'est-à-dire l’austérité des principes avec la mesure et l’opportunité des applications. Raisonnons. Je n’ai jamais eu la ridicule folie de faire au nom de l’opposition , qui ne m’en a pas chargé , ce qu’on appelle un programme. Le programme, c'est l’homme. Le programme, c’est le parti. Le programme, c’est le principe. Je n’en connais pas d’autres.
B Ainsi, par exemple, l’opposition blâme les lois de septembre , l'oppression fiscale de la presse par le timbre et l’énormité des amendes, l’érection de la chambre des pairs en cour criminelle, la loi de régence, l’exagération dangereuse des fortiQcations de Paris, les empiétements réciproques de l’État sur l’Église et de l’Église sur l'État, la corruption électorale, l’oligarchie des électeurs, l’exclusion des masses nationales du droit politique , la non-organisa-
TT- 94 rrr-
tion des gardes nationales en force de réserve derrière Tar* mée, Tobslacle mis par la loi à toute association inoffensive, l’inertie et la faiblesse.de radininistralion pour la solution des questions matérielles, l’abandon des niasses à la merci du besoin quand le travail manque ; l’inégalité de certains impôts qui, comme l’impôt de la vie des citoyens, pèsent d’un poids mille fois plus lourd sur le pauvre que sur le riche; l’esclavage maintenu aux colonies par un gouvernement de justice et de liberté ; l’attitude obsé - 1 quieuse de la France depuis 185]$ , son eiïacement de la I politique du monde; l’Espagne livrée tour à tour, à l’anarchie ou à l’Angleterre, l’Italie à l’Autriche, par l’abandon prématuré d’Ancône ; l’Orient à tout le monde ; la France descendant évidemment pendant que tout, monte » et demandant trop longtemps pardon à l’Europe d’avoir osé être libre et d’avoir su.être grande ; enfin l’exagération du principe dynastique dans tout l’organisme de ses institutions, 2 ) Voilà les principaux textes de contradiction entre le gouvernement et l’opposition. Prenez le contre-pied, vous, aurez le gouvernement de l’opposition. Oui, elle fera et elle tendra à faire précisément le contraire de ce que le gouvernement a fait depuis 1834,
» Ainsi, elle prendra énergiquement l’initiative, au nom , du pouvoir :
JS) De la révision des lois de septembre , pour les coordonner à l’esprit d’un régime de discussion ; '
)) De la révision de la loi qui fait d’un corps politique nommé par le roi une cour judiciaire jugeant les ennemis , du roi ;
» De la révision de la joi de régence, sinon quant à la personne désignée , du moins quant à la disposition per*p manepte et héréditaire;
— ÜîJ r-
» D'une révision de la loi des fortUications , qui en tn* nocenie la pensée , et qui écarte toute menace contre la constitution;
» D'iinc révision du concordat, qui, en relâchant da> vantage encore les liens de contrainte mutuelle qui subordonnent tour à tour l'État à l’Église et l’Église à l’État, laisse sa dignité à la religion , son indépendance à la conscience, son ntotivement à la raison ;
V D'une révision de la loi électorale, qui fasse de l’élection , qqinme vous le dites et comme nous l’avons toujours dit, unn fonction déjà élue, et ne laisse ainsi aucune classe sans représentation , aucun citoyen sans part proportionnelle de droit social ;
» D'un système de réserve armée, qui , sans rien coûter tu budget, donne à la nation une force sédentaire et mobilisable, debout au premier coup de canon ;
B D'une loi sur l’association , qui la règle au lieu de la détruire ;
<• D’institutions de prévoyance, de secours, de travail et de colonisation, qui créent partout la providence légale de la société envers tous ses enfants , au lieu de ne montrer que sa cruauté, son indifférence et son égoïsme ;
B D’institutions de crédit public, qui mobilisent au proT fit du travailleur une plus grande somme du capital national ;
B Enfin, l’organisation complète et politique de la démocratie dans un ensemble de mesures ainsi conçues, que le gouvernement appartienne véritablement et complètement au peuple, et non le peuple au gouvernement;
B Dans la politique extérieure, une attitude, un langage et des actes tels, que la France voie eofin finir celte bon»
feuse quarantaine qu^elle fait depuis dix ans au lazaret des I révolutions;
» Que son poids décide la balance indécise des sympathies et des antipathies à son égard , et qu'elle connaisse ^ entin ses alliés ou ses ennemis. i
» Tout cela fait à son heure, à propos, avec énergie; mais avec mesure , sans faiblesse et sans violence , sous la forme de tendances constantes et graduées, plutôt que sous la forme de soubresauts et de saccades. Car les gouverne* , mentsse caractérisent assez par leurs tendances. Quand on voit clairement où ils veulent aller, on ne les chicane plus sur la lenteur du pas : on les suit. Il suffit que les choses soient sur leur vraie pente pour qu’elles marchent, comme le fleuve' dans son courant, irrésistible quoique, sans bouilloiinement et sans bruit. Quand une idée sent qu'on la mène à son but, elle est patiente, et, certaine du triomphe définitif,' elle donne du temps à ceux qui la servent.
» Voilà en peu de faits un changement presque complet dans la nature et dans la marche du gouvernement ; voilà une série de mesures , de lois et d’acus d piomatiques entièrement opposés aux mesures, aux lois , aux actes intérieurs et extérieurs du pouvoir actuel , voilà d’immenses manifestations d’un gouvernement d’opposition. Eh bien î je le demande à votre bonne foi, où est le désordre? où est l’agitation? où est la subversion des institutions et des intérêts dans tout cela? où est l’émeute , où est la guerre, où est la révolution?.*. Que l’opposition saisisse le pouvoir et réalise successivement cette grande métamorphose : qui est-ce qui s’en apercevrait, si ce n’était par le bienêtre, par le juste orgueil et par la sécurité qui en ressortiraient pour tout le monde? Un peuple émancipé, une monarchie d’aplomb, un gouvernement fort de la force
de tous, une adiuinistralion irrésistible, écrasant sous l’intérêt des masses toutes les petites résistances privéesqui l’embarrassent; une nation grande et Gère, donnant la paix au monde et ne la subissant pas : voilà tout. Qui donc n’en serait pas partisan? El vous-même, qui retrouvez tant de vos théories dans cette théorie pratique de l’opposition, vous et ces conservateurs attristés que l'immobilité inquiète, car ils savent comme vous que, devant le temps qui marche , l’immobilité d’un gouvernement qui s’arrête, c’est la mort à jour fixe ! hésiteriez-vous à vous réjouir du triomphe d’une opposition qui se caractériserait par de telles œuvres? Hésiteriez-vous à vous rallier à un gouvernement qui, en retrouvant la foi et le peuple, aurait retrouvé la vie et la force? Non , certainement , vous n’hésiteriez pas. Vous aimez le droit, il est avec le peuple ; vous aimez la grandeur, elle est avec un gouvernement national ; vous aimez le mouvement, il est avec les idées ; vous aimez l’ordre, il est avec les principes ; vous aimez la stabilité , elle est avec la vérité des institutions ; vous aimez l’intelligence , elle est avec la liberté. Soyez donc avec ceux qui veulent fonder le gouvernement sur le droit, sur la liberté, sur l’intelligence. Ne restez pas dans ce contre-courant qui paraît descendre et qui remonte. Toute politique qui remonte est fausse. Le temps ne remonte pas.
» A des époques comme celle-ci , où deux idées se combattent, il est impossible de ne pas prendre parti pour l’une des deux et de n’êtrepas, dans un sens ou dans l’autre, révolutionnaire. Seulement il y a deux sortes de révolutions : les révolutions en arrière et les révolutions en avant. Vous servez sans le vouloir, en ce moment, la révolution du passé. Révolution pour révolution, il vaut mieux servir celle de l'avenir. Car si l'avenir a des illusions sans doute ,
comme toute chose humaine , le passé n’a que des ruines. Vous êtes monarchique; la monarchie, cernée de louleg parts, n'a de salut à espérer qu'en se précipitant dans l’esprit du siècle. En avant donc avec nous! C’est le mot de la France , c’est le mot du temps , et c’est le mot de Dieu !
B Ainsi, l’opposition a des idées et peut les appliquer sans révolution. — Mais, nous direz-vous en finissant, pourquoi l'opposition ne se rallie-t-elle pas dès aujourd’hui et ne sauve-t-elle pas le gouvernement en saisissant le pouvoir? C'est que l'heure n’est pas venue. Les oppositions, comme les gouvernements, sont inertes de leur nature, et ne prennent les grands partis que sous la pression des grandes circonstances. Celte pression que les choses exercent sur les hommes s'appelle des crises. Je ne conseillerai jamais, pour ma part, à l’opposition de prendre le gouvernement avant une crise. La force lui manquerait pour exécuter...,. Les crises sont la fièvre des opinions et centuplent leur énergie. Le pays dort maintenant et s’irriterait contre ceux qui voudraient le forcer au mouvement. Laissons-le dormir, et veillons. »
A, DB LaMABTINE.
A M. DE LAMARTINE
9 novembre 184?«
Il y à quatre ans, le 12 février 1839, vous m’écriviez dans une lettre livrée à la publicité i a Déliez- vous en tout des idées radicales qui séduisent » au premier moment les esprits énergiques. Les idées )) radicales ne résolvent rien, elles tranchent tout, comme y> répée d'Alexandre; mais en tranchant la difficulté elles » tranchent les principes, les droits, les intérêts et quel-*
» quefois les têtes. Ce sont les impatiences de la pensée.
» Le vrai génie ne blesse et ne tue rien; il organise et il » réforme. Laissez les idées radicales! d J' osais vous répondre :
« Les idées radicales n’ont rien qui m'épouvante, je ne » m'effraie que des idées fausses et surtout des concessions » qui sont des capitulations de principes.
» C'est qu'il n’y a pas d’exemple que les concessions x> aient jamais sauvé une cause perdue. » '
Ce que jé pensais il y a quatre ans, je le pensé encore aujourd’hui ; aussi avez-vous raison de dire que je n’hésiterais pas à me réjouir du triomphe d'une opposition qui prendrait énergiquement l'initiative, au nom du pouvoir t a D’institutions de prévoyance, de secours, de travail et » décolonisation, qui créent partout la providelice légale'
» de la société envers tous ses enfants, an lien de ne monp trer que sa cruauté, son indifférence et son égoïsme ;
P D'institutions de crédit public , qui mobilisent au P profit du travailleur une plus grande somme du capital P national;
« Enfin, l’organisation complète et politique de la dép mocralie dans un ensemble de mesures ainsi conçues, P que le gouvernement appartienne véritablement et comp plétement au peuple, et non le peuple au gouvernep ment, p
Car là, selon moi comme selon vous, est le véritable progrès; mais là où je ne puis plus le voir.
C’est :
« Dans la révision des lois de septembre ;
P Dans la révision de la loi qui fait d’un corps politique » nommé parle roi une cour judiciaire jugeant les ennemis P du roi ;
P Dans la révision de la loi de régence, sinon quant à la P personne désignée, du moins quant à la disposition perp manente et héréditaire ;
P Dans la révision du concordat;
P Dans la révision de la loi électorale, p
Je laisse à l'écart, mais pour y revenir plus tard, ces deux questions que vous mentionnez :
« Nécessité d’une révision de la loi des fortifications qui p en innocente la pensée, et qui écarte toute menace conp tre la constitution ;
p Adoption d’un système de réserve armée qui , sans p rien coûter au budget, donne à la nation une force sép dentaire et mobilisable, debout au premier coup de p canon, p
— iOl —
Pour abréger le débat, pour aller plus vite et plus droit au but, je vous accorde sans discussion :
La révision des lois de septembre, ce qui me coûte d’au> tant moins que j’ai voté contre elles ;
La révision de la loi qui fait d’un corps politique nommé par le roi une cour judiciaire jugeant les ennemis du roi, bien qu’il y ait à dire que si la magistrature est inamovible en France, la pairie ne l’est pas moins; que si le roi nomme les pairs, il nomme aussi les magistrats qui jugent ses ennemis ; bien qu’il y ait à vous rappeler ce que, vousmême, dans votre lettre du 16 octobre dernier, vous disiez sur la définition de l’attentat : a Mais cela ne trouble le » sommeil de personne, et la France ne sait pas bien au » juste ce que cela veut dire. »
La révision de la loi de régence, votée l’année dernière à la presque unanimité, par une chambre nouvellement élue, dont ce vote fut le premier acte ;
La révision du concordat, bien qu’il ne me paraisse pas prouvé, comme à vous, qu’en relâchant davantage encore les liens de contrainte mutuelle qui subordonnent tour à tour l’État à l’Église et l’Église à l’État, la religion y doive rien gagner en dignité, la conscience en indépendance et la raison en mouvement ;
La révision de la loi électorale, quelque peu facile, peut* être, qu’il soit d’accorder ces deux idées contradictoires que l’élection soit o une fonction élue » et qu’elle ne laisse aucune classe sans représentation, aucun citoyen sans part proportionnelle de droit social.
Je suppose que toutes ces réformes ont été accomplies, à votre gré, dans la session dernière; quel pas en avant, je vous le demande, auraient-elles fait faire vers leur solution
aux grandes questions d’humanité, aux graves problèmes de civilisation, à toutes les difficultés d’administration que néglige l’opposition , non moins que le gouvernement , qu'elle dédaigne même jusqu’à ce point de les flétrir du nom de « matérialisme politique? s
La prévoyance sociale sera-t^lle instituée, la mendicité sera-t-elle éteinte ?
Le travailquotidien, l’épargne hebdomadaire et la mortalité annuelle auront-elles trouvéles lois de leur association?
L’homme pauvre et laborieux qui a une famille à nourrir, des enfants à élever, sera-t-il assuré de ne pas manquer de travail , et, en cas de maladie, de ne pas voir sa femme et ses enfants manquer de pain?
L’homme riche et généreux qui voudra faire le bien avec discernement aura-t-il, ce qu’il n’a pas présentement, le moyen de distinguer entre le malheureux qu’il devra secourir et le paresseux qu’il devra repousser, entre les vagabonds habiles à simuler des infortunes imaginaires et toutes ces victimes sans nombre si dignes de compassion que font chaque jour, au sein de notre société, l’inexpérience de la jeunesse, l’excès de la bonne foi, les rivalités de l’industrie, les désastres de la spéculation, que la faim dévore, que le désespoir tue ou que la misère dégrade, que les hospices ne peuvent admettre, que les tribunaux condamnent en détournant les yeux, que les prisons, ces écoles du vice et du crime, ne recueillent que pour les dépraver et les rejeter dans le monde, non moins à plaindre et plus à redouter? — Les prisons, tels sont les seuls asiles qui tiennent lieu aujourd’hui de tous ces couvents que la révolution française a fermés; elles coûtent à l’État, y compris les frais de justice, plus de onze millions. Ouvrez le budget, cherchez-y le chapitre de la bienfaisance publique, vous y
trouvereï onze cent mille francs Onze millions d'un côté, onze cent mille francs de l’autre : voilà pour la répression et voilà pour la prévoyance; voilà pour le crime et voilà pour la' misère !
La liberté d’être enseigné sera-t-elle dévolue dans les campagnes et dans les manufactures à tous les (ils de journaliers et d’artisans? L’instruction primaire, cette rédemption du peuple par l’Etat, cette expiation de l’impôt, sera-telle assimilée à la religion et à la justice, sera-t-elle élevée au rang de dette publique et de devoir social» sêra-t-elle obligatoire en même temps que gratuite?
La mortalité qui enlève 65 enfants trouvés sur 100 avant l’âge de douze ans sera-t-elle diminuée Le nombre de ces êtres portés aux tours ou jetés sur la voie publique, qui ont été de votre part, en 1859, l’objet d’une enquête, contre qui s'élèvent chaque année, mais en vain, tous les conseils généraux de départements, et dont la dépense annuelle excède huit millions, cessera-t-il de s’accroître?
Les libérés, à l’expiration de leur peine, qui par exception se seront sincèrement amendés, trouveront-ils dans leur repentir et dans leur amélioration des cautions suffisantes pour être admis à travailler dans une fabrique ou dans un atelier autrement que sous des noms supposés, affranchis de la crainte d’être à tout instant reconnus, estimés le matin, expulsés le soir?
(t) Secours flux êtàblissementt de blebraiSaliée et hospiceli 851,000 l>. Sctoa<x à des personnes dans l'indigence qui ont des droits à la bienveillance du gouvernement, frais de rapatriement des Français indigents .100, OOO
(I) Snr 35,000 Mirants abandonnés chaque aimée, le tiers ad Moini meart la première aduée et du autre tiers flvaut l’âge de douse ans,
Benjamin Delessert.
— lOi —
La commune, sans distinction de la commune rurale ou de la commune urbaine, de la commune riche ou de la commune pauvre, sera-t-elle partout régulièrement constituée, également pourvue de ce qui lui manque ; s’élèvera-telle, dans l'organisation administrative, au rang d’untté , sera-t-elle, enfin, relativement à la nation, ce que l'individu est relativement à l’humanité, ce que la compagnie est relativement au régiment?
Les conseils municipaux et les maires seront-ils plus éclairés et plus compétents pour débattre et décider les questions qu'ils mettent en délibération?
L'administration publique sera-t-elle simpliliée?
La bureaucratie, qui accapare tout et ne centralise rien, qui fait obstacle à chaque progrès et ne fait résistance à aucun abus; la bureaucratie changera-t-elle d’esprit; consentira-t-elle à mettre l’utilité publique à la place de l'importance individuelle; daignera-t-elle, enfin, se pei'suader que le contribuable est, dans ses rapports avec elle, ce qu'est celui qui paie à l’égard de celui qui reçoit?
Le clergé sera-t-il plus éclairé, le peuple plus religieux?
Le corps électoral, composé, j'y consens, de tous les Français âgés de ans, non frappés d’incapacité par les lois pénales, parce qu’il sera plus nombreux,qu'il se composera de 10 millions d’individus au lieu de 240 mille, aurat-il plus de latitude et plus de garantie dans le choix de ses mandataires? Le cens de l'éligibilité est supprimé; où donc est la foule des avocats célèbres, des écrivains éminents, des
agronomes et des industriels distingués qui se presse en dehors des portes des collèges électoraux et de celles de l’enceinte législative? Sans doute il est quelques notabilités dont l’absence se fait regretter sur les bancs de la chambre élective; mais croyez-vous qu’elles changeassent sensiblement par leur présence l’esprit de la majorité et celui de l’opposition, vous qui avez été dans les rangs de l’une et de l’autre, vous qui avez abandonné une tâche désespérée pour en entreprendre une moins facile encore?
Consciencieusement, je ne le crois pas ; voilà pourquoi je demeure dans les rangs où vous m’avez laissé, voilà pourquoi je n’appuie pas des réformes qui seraient de l'instabilité et qui ne seraient pas du progrès; stationnaire pour stationnaire, je préfère le parti qui a toujours défendu l’ordre et la paix, à celui qui pendant les premières années qui suivirent 1830 appelait la guerre, prêchait la propagande, flattait la multitude et l’émeute, flétrissait le pouvoir et la résistance, et ne traitait pas M. Périer, dans ces jours difliciles, moins sévèrement que M. Guizot, aujourd’hui où la défaite de l’émeute dans les rues est assurée par d’habiles dispositions militaires, où le calme est rétabli dans les esprits, où la répression des lois a raffermi l’autorité, et placé le principe du gouvernement et la personne du roi au-dessus même du droit de discussion, où la paix est dans la volonté de fous les souverains aussi bien que dans l’intérêt de tous les peuples, où le moment est venu de faire l’inventaire de tout ce que nous ont légué d’abus, de faux errements, d’erreurs, de contradictions, en même temps que de traditions nouvelles, d’améliorations éprouvées et de réformes utiles, tant de régimes divers, la Révolution, le Directoire, le Consulat, l’Empire et la Restauration, de glorifier enfin le régime nouveau !
O L'opposition, dites-vous, est riche en hommes, pnis- » santé en principes ; elle a toutes les idées que le gou- •» vernement n’a pas. »
L'opposition est riche en hommes! Si je retranche de ses rangs, vous et M. Thiers, vous qui ne lui appartenez que par l’espérance, M. Thiers qui ne lui appartient déjà plus que par transition, ces hommes, quels sont-ils? La liste de tous ses membres est sous mes yeux ; j’y cherche vainement, pour constituer un cabinet, huit hommes et le nom d’un président du conseil.
Il faut un garde des sceaux, qui nommeriez*voas? Serait-ce M. Odilon Barrot? Assurément, s’il est un représentant du pays dont les intentions sont droites, dont la bonne foi n’est pas suspecte, c'est lui; mais les intentions de M. Dupont (de l’Eure), en 4830, n’étaient pas moins droites, souvenez-vous des choix qu’il a faits! Le garde des sceaux est le seul ministre qui ait le privilège de conférer l’inamovibilité ; tout mauvais choix qu’il fait est irréparable; il engage sa conscience et l’avenir. Pour remplir dignement les fonctions de garde des sceaux, il faut un homme ferme, indépendant des partis, qui ne laisse point la politique usurper les sièges de la magistrature, qui sépare l’nne de l’autre, comme sont distincts dans notre constitution le pouvoir législatif et le pouvoir judiciaire.
Il faut un ministre des affaires étrangères : si ce n’était pas vous, qui serait-ce ? Quel est le grand diplomate de l’opposition qui aurait à la fois assez de fermeté et de mesure pour réussir là où M. Thiers, président du 1« mars, a échoué?
Il faut un ministre de la marine : où donc prendriezvous le marin, l'homme d’Êtat pressentant l’avenir du monde industriel et appelé à rendre à la marine française
l'éclat que Colbert lui donna un instant sous Louis XIV?
Où rencontreriez-vous dans ses rangs le ministre de la guerre appelé à réaliser votre a système de réserve armée B qui, sans rien coûter au budget, donne à la nation une O force sédentaire et mobilisable, debout au premier coup » de citnon? »
 qui donneriez-vous le portefeuille de l’intérieur? Se> rait-ce à l'ancien préfet de la Seine?
Pour ministre du commerce, trouveriez-vous à faire un choix plus démocratique, dans le sens absolu du mot, que celui de ce grand manufacturier qui débuta par être simple ouvrier, et qui le rappelle souvent sans honte comme sans prétention ?
Vous avez soutenu à la tribune avec autant d'éclat que de force, que l’État ne devait pas aliéner l’avenir inconsidérément, qu’il devait rester chargé de l'exécution des grands travaux publics : où découvririez-vousdans les rangsdel’op-r position, pour lui confier le département des travaux publics , un député qui n'ait pas soutenu l’opinion contraire à celle qui nous est commune, un député qui n’ait pas répété, sans examen, tous les lieux communs frappés à l'effigie des compagnies, en l’bonneur de l’industrie et en défiance du gouvernement?
M. Cousin a précédé à l'instruction publique M. Villemain ; a-t-il été plus habile à trancher la question de U liberté de l'enseignement? A-t-il doté plus largenoent l’instruction primaire, en a-t-il fait la racine du gouvernement constitutionnel, l’introduction lointaine à la réforme électorale, le moyen indirect de perfectionnement du régime municipal , l’instrument de la culture populaire? A-t-il compris que si ce mot de Leibnitz : a Celui-là qui est f maitrp de l’éducation peut changer la face du monde, a
fut jamais mi, c’était le lendemain d’une révolution, c’était le jour où la démocratie a besoin de digues qui la contiennent, d’écluses qui élèvent par degrés sa surface, où tout une hiérarchie nouvelle et nécessaire est à constituer?
Il faut, enfin, un ministre des flnances qui commande la confiance, car la confiance, c'est le crédit : quel serait-il ? Je parcours les bancs de l’opposition sans y trouver le grand financier « en état de prendre énergiquement l’initiative B d’institutions de crédit public qui mobilisent au profit du » travailleur une plus grande somme du capital social ; » s’il n’existe pas dans les rangs du parti conservateur, certes, il ne s’est pas, non plus, encore montré dans ceux de l’opposition.
L'opposition est puissante en principes! puissante, l’expression est-elle Juste? Mais en quoi donc consiste une puissance inhabile à rien fonder, à rien formuler, qui se fait vaincre dans toutes les rencontres? Comment pourrait-elle conquérir, quand elle ne sait pas même conserver? Interrogez son passé, depuis 1850 ; son passé est la négation de son avenir. Ce que vous dites de l’opposition, moi, je le dis du pouvoir, et je le prouve, le Moniteur et le Bulletin des Lois à la main. Oui, c’est le pouvoir qui a grandi, pendant que l’opposition se rapetissait; c’est lui qui s’est retrempé, pendant qu’elle s’usait. Voyez ce qu’ils étaient l’un et l’autre, en 1851, et ce qu’ils sont aujourd’hui !
L'opposition a toutes les idées que le gouvernement n'a pas!
Qui l’empêche donc de profiter de l’article 15 de la charte, de cette conquête de 1850, et d’user de son droit d’initiative? Quand elle en a usé, qu’en a-t-elle fait! — Vous le savez. — Si elle a toutes les idées que le gouvernement n'a pas, qui l’empêche de les produire dans la presse, où la
majorité des journaux lu| est acquise , par compensatiun à celle des voles, qui lui manque dans le parlement? Toutes ses idées, dites-vous, sc résument en un seul root : « Avé- » ncment de la démocratie au gouvernement et, par legou- » veincment, à toutes les conditions utiles de la société hu- » maine. » J’accepte, sans la discuter, la déünition ; mais si l’opposition ne la rend pas plus intelligible au corps électoral, il est fort à craindre que la minorité ne cesse jamais (l’être minorité, et, alors, comment cet avènement aura-t-il lieu? Une nouvelle révolution s’opérerait demain, je vous le dis, qu’elle pourrait être la résurrection de l’anarchie et de la guerre, mais qu’elle ne serait pas ce que vous appelez : a l’avénement de la démocratie au gouvernement, o La démocratie cherche les lois de son existence : elle ne les a pas encore trouvées. Mais qu’appelez-vous : a l'avéne- » ment de la démocratie au gouvernement et, par le gou- > vernement, à toutes les conditions utiles de la société a humaine?» — Qui donc aujourd'hui nous gouverne? — Ne sont-ce pas tous hommes, fds de leurs propres œuvres, qui se sont faits ce qu'ils sont, aussi bien H. le duc de Dalmatie que M. Cunin-Gridaine? M. Barrot est-il moins que M. Guizot? Soyons justes : si les ministres actuels jouissent des prérogatives du pouvoir, reconnaissons que ce n'est pas à titre héréditaire, et qu’ils ne les doivent qu’à la supériorité, sinon absolue, du moins relative de leur intelligence, le vous accorde qu'on ne trouve chez eux ni ce vaste amour du peuple qui fit la moitié du génie de Napoléon, ni ce sentiment élevé de la nationalité française auquel Louis XIV dut l'éclat de son règne, et qui anima tous les grands ministres ; mais les grands règnes et les grands ministères ont toujours été une exception dans l’histoire. L'amour du bien, élevé à une certaine puissance, est aussi rare que le
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génie, dont Dieu n’est pas prodigue. II ne faut pas non plus omettre de tenir compte de cetie particularité de notre temps, que faisant trop de cas du talent, nous en faisons trop peu du caractère. Or, le talent est au caractère ce que la souplesse est à la force. Nos ministres sont en politique ce que sont en agriculture les cultivateurs arriérés qui n’ont qu’un champ et qui ne savent lui demander toujours que la même récolte, ou du seigle ou du froment, trouvant plus simple d’épuiser la terre périodiquement, sauf à la laisser reposer inculte, que d’entretenir sans interruption sa fécondité par la succession combinée des cultures. Le système des jachères est un système imparfait, sans doute, mais enfin il a suffi pendant des siècles et suffit encore sur beaucoup de points à faire vivre la population; il ne faut donc ni abandonner le champ, ni abandonner l’homme, ' il faut seulement combattre le système afin de l’améliorer. | C’est ce que nous faisons à l’égard des ministres. Ce seraient ! de simples laboureurs qu’ils n’auraient pas de toute inno- j vation une défiance plus grande; le seul mot de progrès prononcé devant eux les inquiète et les importune ; raison de plus pour chercher à les y accoutumer patiemment; il faut aider le temps, mais il ne faut lui demander ni trop ni trop peu. Il y a en politique comme en agriculture deux routines également aveugles, l’une qui consiste à vouloir faire obstinément comme faisaient les pères, l’autre qui consiste à imiter, sans discernement, les maîtres; avec la première on végète, avec la seconde on se ruine ; celle-ci caractérise l’opposition , celle-là le gouvernement. Ainsi s’expliquent la préférence donnée à ce dernier par la Presse, la fidélité qu’elle lui garde, le concours qu’elle loi prête. Je n’ignore pas à quelles interprétations donne lieu ce genre de concours, qui consiste à aiguillonner le pouvoir,
à presser sa marche sans le détourner de son sillon ; Topposilion le désavoue et le gouvernement le suspecte ; des deux parts, on ne se fait ainsi que des détracteurs et des ennemis; mais dans tous les temps il a existé des hommes ayant ce travers d'esprit, travers justifié en ces termes par Mirabeau * : a II montrera à ceux qui professent des opi- « nions diverses que si je leur suis également désagréable, I c’est que je tiens un juste milieu ; or, la justice et la vé- 1 rité sont là. »
Quand le pouvoir est en péril, le défendre et attaquer l'opposition, pied à pied, homme à homme; quand le pouvoir, au lieu de puiser des forces dans le repos, les engourdit dans le sommeil, laisser l’opposition faire son oeuvre et obliger le gouvernement et la majorité d'accomplir la leur; voilà comment j’avais compris votre mission de grand orateur, voilà comment j'ai toujours rempli ma tâche d'obscur écrivain !
Oui, je le reconnais avec vous, le droit est avec le peuple, la grandeur avec un gouvernement national, le mouvement avec les idées, l’ordre avec les principes, la stabilité avec lavérité des institutions, l’intelligence avec la liberté; mais l’opposition a été aux affaires en 1830 et 1831, en la personne de M. Laflitte, président du conseil, assisté de M. Thiers, sous-secrétaire d’État, et, si mes souvenirs ne me trompent pas, aucune de ces éclatantes vérités ne s’y sont rencontrées avec elle. Vous pensez que son heure n'est pas venue; je crois, moi, qu’elle l’a laissé passer,
« Il y a deux sortes de révolutions, — - dites-vous, — les • révolutions en arriére et les révolutions en avant, et vous a m’accuses de servir, sans le vouloir, la révolution dû D passé. »
(1) Séance du 17 août 1790.
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Je vous réponds par ces paroles imprimées depuis longtemps (1], et non pour le besoin de me défendre :
« Nous n’avons de révolulionnaircs que d’une seule sorte; » j'en voudrais de deux. Ceux qui exislent , et que je con- B nais, appliquent toutes les ressources de leur imagination » à trouver les moyens d’entraver, d’aiïaiblir, de renverser » enfin le gouvernement établi; ceux qui manquent, et au » nombre desquels j'aimerais à nie compter, loin de recher- D cher les places, même les plus élevées, n’en voudraient » aucune : ce qu’ils voudraient, c’est consolider le gouver- » nement existant, le rendre le plus savant et le plus simple, B le plus ferme et le plus doux, le plus juste et le plus fort » qui soit, en faisant subir a l’administration tous les re- » tranchements et toutes les additions qui seraient la consé- N quence d'idées longtemps mûries. »
Le défaut de temps et d’espace m’oblige de terminer brusquement ici cette réponse écrite à la bâte; il y a dans la vôtre trois passages imporUints, sur lesquels je m’étais proposé de m’arrêter : ce sont ceux où vous parlez des fortifications, d’un système de réserve armée, et où vous souhaitez à notre politique extérieure « une attitude, un » langage et des actes tels que la France voie enfin fînir » cette hopteuse quarantaine qu’elle fait depuis dix ans au » lazaret des révolutions; » où vous demandez « que son B poids décide la balance indécise des sympathies et des » antipathies à son égard, et qu’elle connaisse enfin ses » alliés ou ses ennemis. »
Je crois, comme vous, que l’attitude obséquieuse ne doit pas être celle de la France; je crois, comme vous, que la France ne doit pas s’effacer de la politique du
(3) Séanco du 37 août 1790.
inonde; mais comment peut-elle exercer une grande prépondérance, sans donner l’éveil à toutes les rivalités ombrageuses, sans alarmer l’Europe, sans éblanler la paix, c’est ce que vous négligez de dire, c’est ce que j'essaierai de débattre pour m’éclairer.
Avec un contradicteur tel que vous , l’erreur n’a plus même l’obscurité ponr refuge; la clarté la tue; que m’importe, puisque je ne cherche que la vérité.
E. DK GinAnDin.
AM. DE LAMARTINE
13 QOTmbre 1843.
a Révision de la loi des fortifications qui en innocente la » pensée;
» Adoption d’un système de réserve armée qui, sans » rien coûter au budget , donne à la nation une force séji dentaire et mobilisable, debout au premier coup de » canon ;
D Attitude extérieure de la France telle que son poids » décide la balance indécise des sympathies et des antipa- » thiesàson égard. »
Telles sont les trois questions, n’en formant en réalité qu’une seule, soulevées par votre réponse, et qu’il me reste à débattre pour remplir l’engagement que j’en ai pris.
La France a-t-elle une politique extérieure!
• Poser cette question , c’est la résoudre négativement. Non, la France n'a pas de politique extérieure, et, ce qui le prouve, c’est tout ce que nous voyons.
Interrogeons la multitude, interrogeons les partis, interrogeons les journaux, interrogeons l'opposition, interrogeons le gouvernement, interrogeons le ministère ; demandons-ieur quelle est la politique extérieure de la France, quelle est celle qu'elle doit suivre, quel est le but qu'elle poursuit, quels sont les alliés sur lesquels elle peut compter, quels sont ceux dont elle doit se défier, nous ne recueillerons que des idées vagues, que des réponses irréfléchies et contradictoires, que des préjugés et des contre-sens.
Interrogeons les faits :
En même temps que la France entoure Paris de fortifications, elle vote des chemins de fer qui placeront à quelques heures de ses frontières les murs d’octroi de sa capitale ;
Elle s’impose, à la fuis, deux charges pesantes : celle d’une armée de terre qui absorbe le quart de ses revenus et inquiète le continent sans l’intimider ; celle d’une marine qui lui coûte annuellement plus de cent millions, dépense inutile si l'alliance anglaise est sincère et durable, plus inutile encore, si, comme tout l’atteste, cette alliance est fausse et précaire ;
Elle construit des vaisseaux avant d'avoir achevé ses routes, ses canaux, la canalisation de ses rivières, l'amélioration de ses ports, avant d’avoir donné à son industrie le fer et le combustible à bon marché, avant d'avoir réellement un commerce a protéger, qui, à son tour, puisse venir en aide à sa marine militaire ;
Alliée de l’Angleterre, elle n'a qu’une pensée, c’est de
— HS —
devenir sa rivale; aussi, tandis que la politique la mène dans un sens, est-elle entraînée par ses instincts et par ses intérêts dans le sens opposé , et porte-t-elle tous ses efforts sur le développement de son industrie au lieu de les porter sur l’amélioration de son agriculture ;
Alliée de l’Angleterre,. elle lutte contre elle en Espagne;
Alliée de l’Angleterre, elle laisse anéantir la Pologne, sans autre protestation que l’insertion dans son adresse annuelle d’un vœu stérile en faveur de la nationalité polonaise ;
Alliée de l’Angleterre ; elle regarde tranquillement la Prusse préluder, en Allemagne, à l’unité politique par l’unité douanière ;
Alliée de l'Angleterre, cette alliance est si fragile, qu’elle n’empêche pas le traité du 15 juillet de se signera Londres ;
Alliée de l'Angleterre ; cette alliance excite de telles défiances parmi nos représentants qu’une convention conclue le 2U décembre 1841 entre les deux gouvernements demeure sans ralilication ;
Alliée de l’Angleterre; cette alliance repose sur de telles bases que les deux pays ne peuvent parvenir à contracter le plus simple traité de commerce ;
Alliée de l'Angleterre ; enfin, les amis et les rivaux de la Grande-Bretagne ne sont pas ceux de la France, les amis et les rivaux de la France ne sont pas ceux de la Grande- Bretagne ; la solidarité n’est pas réelle , la solidarité n’est pas étroite ; il n’y a pas communauté d’efforts, il n’y a pas unité de but;
Alliée de l’Angleterre; paralysée par cette alliance, quel rôle la France a-t-elle en Europe, (|iii protége-t-elle, que représente-t-elle ? Elle est le premier des Étals secondaires, ^
rien de plas. La prépondérance continentale appartient in* contestablement à la Russie, qui couvre l’Allemagne de son ombre gigantesque; la toute-puissance appartient non moins incontestablement à l’Angleterre, qui s'est emparée de tons les détroits et règne despotiquement sur tontes les mers.
Ce sont là trois faits malheureusement trop vrais, malheureusement trop évidents, et quand on essaierait de les révoquer en doute, qu’y gagnerait-on? Ce n’est pas en s’abusant qu’on s’inspire, et les illusions n’ont jamais préparé que des revers.
Je ne me propose point de réimprimer ici les redites de l’opposition sur l’abaissement de la France. Je ne récrimine point, j’étudie, et c’est moins le passé que l’avenir qui me préoccupe.
L'opposition a tort quand elle suppose à l’Europe l’intention systématique d’humilier la France, de la blesser, de l’amoindrir; l’opposition a tort quand elle prétend, par votre voix, que a la France fait depuis dix ans une » honteuse quarantaine au lazaret des révolutions ; » assurément l’expression est éloquente, mais elle n’est pas juste ; aucun peuple de la terre n’attire à lui plus de sympathies que le peuple français; aucun souverain ne jouit à l’étranger d’une réputation d’habileté plus grande que celle que s’est acquise le roi par treize années de règne, pures de toute violence, de toute agression, de tout excès. Mais l’opposition a raison quand elle dit qu’après avoir cherché partout une trace de l’influence exercée par la France, elle ne l’a trouvée nulle part.
Comment expliquer cette double situation, cette apparente contradiction?
Voici comment je l’explique.
N Je compare la France à ces particuliers qui, sans avoir
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une immense fortune, voulant avoir tous les luxes, se trouvent souvent manquer du nécessaire : la France, n'ayant pas de politique traditionnelle, de but fixe qu'elle poursuive, voulant parer a toutes les éventualités de guerre, arrive absolument au même résultat que si elle ne se mettait en garde contre aucune; elle s’énerve par l’excès des précautions ; ne sachant pas mettre sa volonté en rapport avec ses forces, elle se condamne à l’impuissance. La présomption est à la prévoy^ance ce que l’ombre est à la clarté. Si l’impuissance est de l’abaissement, oui, la France est abaissée, mais elle n’en doit accuser qu’elle seule, et plus sévèrement encore l'opposition, qui la flatte dans ses travers, que le gouvernement, qui n’a que le tort de les partager.
La France, au lieu d’entreprendre tout successivement^ veut tout faire simultanément; elle métaux voix les propositions les plus contraires et les vote sous la seule impression du moment, sans vue d’ensemble, sans esprit de suite ; c’est là son tort, c’est là qu’il faut chercher la cause et l’explication de l’abaissement dont elle se plaint; en même temps qu’elle augmentait l’effectif de son armée, elle entourait Paris de fortifications, et surchargeait le budget de sa marine; des routes et des chemins s’ouvrent partout, et avant qu’une extrémité s’achève, l’autre est devenue impraticable ; nos canaux ne se relient pas entre eux ; nous avons des tronçons de chemins de fer et nous n’avons pas encore une seule grandedigne ; nous possédons des mines inépuisables de combustible qui demeurent inexploitées faute de moyens économiques de transport; c’est l’Angleterre qui nous approvisionne de houille ! nous livrons imprudemment l’avenir à des compagnies de travaux publics ; nous leur accordons des tarifs basés sur l’évaluation de
frais qni tendent à se réduire chaque année par le perfectionnement même des voies de communication, indépendamment des autres progrès de la science et des découvertes de l'homme. Telle dépense serait utile, elle nous effraie; telle autre est superflue, nous la faisons sans y regarder. En toutes choses, enfin, nous procédons sans méthode, nous marchons au hasard, le plus souvent mettant, selon l’expression vulgaire, la charrue devant les boeufs.
Et nous nous étonnons que la France soit impuissante; nous nous étonnons « de son effacement de la politique du monde. » Mais ce serait du contraire, vraiment, qu’il faudrait s’étonner.
Pourquoi une armée si considérable 1 En prévision de quelle éventualité? Quelle est la puissance, quel est le souverain en Europe qui nous menace? Quelle agression avons-nous à redouter qui puisse s'exercer injustement contre nous sans armer aussitôt tous les peuples et les ranger de notre côté? Quelle agression pouvons-nous commettre déloyalement sans reformer immédiatement la coalition de l'Europe contre nous ? L’entretien de notre armée nous aura coûté, de 1829 à 1844, la somme énorme de 5,310,600,500 francs, soit en moyenne par année, 331,875,000 francs. Or, si la moitié de cette somme seulement avait été employée en travaux utiles, croit-on qu’aujourd hui la France ne serait pas plus forte, plus riche, plus puissante, plus respectée?
Pourquoi une marine prématurée? fgnorons-nous donc que la plupart des vaisseaux sortis des chantiers de France, capturés par l’Angleterre, sont allés grossir ses flottes? Oui, nous devons avoir une marine, oui, la France doit reprendre l’œuvre de Colbert, mais elle ne doit pas le faire inconsidérément, isolément ; elle ne doit s’imposer cette dépense
qu’en vue d’un système politique arrêté qui soit l’alTran' cbissement des mers par l’union commerciale de tous les peuples du continent.
Pourquoi l’Angleterre est-elle une grande puissancet C’est qu’elle poursuit sans s’arrêter toujours la même pensée : — des débouchés pour son industrie, des débouchés et encore des débouchés, et ces débouchés qu’elle sait se faire ouvrir de toutes parts sont ce qui loi assure l’empire des mers. Les uécessités de son industrie font tout le secret de sa politique. 11 n’en est pas de plus simple. Ses hommes d'Etat ne peuvent s’égarer. La boussole est pour eux un guide non moins sûr que pour ses vaisseaux.
Pourquoi la Russie est-elle une grande puissance ! C’est qu’elle, aussi, poursuit sans s’arrêter, depuis Pierre le Grand, la même pensée : l’occupation de Constantinople, qui lui vaudrait les bouches du Danube, le détroit des Dardanelles, l’Adriatique et la Méditerranée, et le transport facile, par ses propres navires, des matières premières que son sol produit avec abondance. Sa politique a devant elle une route toute tracée, route large et droite qu’elle n’a qu'à suivre, et sur laquelle il n’existe qu’un danger dont elle sait habilement se préserver : la précipitation.
Pourquoi, la France, après avoir tait trembler le monde entier, n’est-elle plus que le premier des Étals secondaires de l’Europe? C’est que présentement, répétons-le souvent, elle n’a pas de but déterminé, pas d’utile emploi de ses forces ; c’est que le rôle qu’elle remplit est purement passif; elle est ce que sont ces fractions de poids qui servent à tenir en équilibre les deux plateaux d’une balance.
Vous voudries qu'elle fût : « Une nation grande et flère, » donnant la paix au monde, et ne la subissant pas. » Si la paix avait cessé de régner, je comprendrais la grandeur
Dgilized by GoogI
d’ane telle mission ; mais quand le monde est en possession de la paix, quand aucune puissance n'ose ou ne vent la troubler, il n’est pas plus possible à la France de donner la paix qu'il n’est vrai de dire qu'elle la subit.
Qu'a donc à faire la France pour sortir de cet état de vague abaissement, de malaise indéfinissable dont elle souffre et s'irrite, semblable à ces malades dont le mal est partout et nulle part?
Doit-elle déchirer les traités de 1815, afin de rentrer dans les limites dont ces traités l'ont dépouillée ? Mais alors, ce serait la guerre, et non la paix que la France donnerait au monde; or, s’il est un fait qui honore la révolution de 1830 et le régime nouveau, qui leur assure une place à part dans riiistoire, c’est précisément d’avoir su s’élever tout de suite au-dessus des ressentiments les plus légitimes et des préjugés les moins faux ; c'est d’avoir pressenti que les questions de terrritoire ne seraient plus désormais que des questions secondaires, qui passeraient après les questions de liberté, de crédit, de richesse, d’industrie et de commerce; c’est d’avoir pressenti que les montagnes, frontières naturelles, s’abaisseraient pour livrer passage aux chemins de fer, et qu’un jour tels chemins de fer, disputant aux fleuves leur empire, changeraient peut-être tous les rapports des peuples et l’assiette de la politique.
Si la révolution de 1830 et le régime qu'elle a fondé encourent un reproche, ce ne sera pas d’avoir pris une autre voie que celle qui conduisit Napoléon à la porte de toutes les capitales du monde, ce sera plutôt de n’être pas entré avec assez de confiance dans la route nouvelle qu'elle se frayait, de s’être trop fréquemment détournée pour regarder en arrière, d’avoir trop sacrifié à la crainte de la guerre, quand le meilleur moyen de s’y préparer était encore de se
hâter de rendre la paix féconde et glorieuse, en ne la privant d’aucune de ses ressources.
Cela admis, par la force même des choses : que la France doit se résigner à attendre patiemment du temps la répara* tion de ses désastres, et un partage de l'Europe moins arbitraire et plus conforme aux intérêts des divers États dont celle-ci se compose, que ferait donc l’opposition de plus et de mieux que le gouvernement? — Elle parlerait un langage plus ferme, elle prendrait une attitude moins modeste.
Mais avons-nous donc oublié déjà la fameuse note du 8 octobre 1840 et l'impuissance du ministère du 1" mars?
Nous perdons trop facilement de vue que l’Europe continentale dispose de forces considérables , qui s'unissent d'autant plus étroitement, qu’il surgit une circonstance où il nous importerait davantage de les diviser. Tous les efforts de '
M. Thiers, en 1840, pour détacher le seul roi de Wurtembei^ de la Confédération germanique ont été vains! Il y a des illusions avec lesquelles la France ne doit pas se bercer; de ce nombre est l’espoir de semer la discorde et la rivalité au sein d'États dont toutes les villes et tous les champs de ba- ' taille portent les traces ineffaçables du passage de Napoléon.
Prendre une attitude altière et parler un langage menaçant, hors les cas de guerre irrévocable ou de défense désespérée , ne fiH'ent jamais les voies d’une bonne politique ; si l’on est le plus fort, cela est superflu ; si l'on est le plus faible, cela est téméraire ; donner un tel conseil à la France, c’est la placer entre sa perte ou sa honte ; aussi, est-ce autrement que je comprends le rèle que lui ont fait vingtcinq années de paix.
La France, dans mon opinion, doit sincèrement renoncer à toute pensée d'agrandissement territorial par une guerre dont elle prendrait l’initiative; ce qu’elle doit cber-
cher, c'est à exercer, dans un autre ordre d’idées également pacifiques, une influence analogue à celle que la Prusse a acquise par la formation du zollwerein ; la France, désaltérée de la soif des conquêtes, a les mêmes intérêts que l’Europe continentale ; elle possède une grande étendue de côtes, d'excellents ports; elle a prouvé qu’elle pouvait avoir une marine redoutable et d’illustres marins. 11 existe une confédération qui unit entre eux trente États; c’est la Confédération germanique; pourquoi cette confédération ne s’étendrait-elle pas à la Russie et à la France? Pourquoi ne se formerait-il pas une grande confédération continentale, une nouvelle diète fédérative dont l’objet principal serait d’assurer la liberté des mers, dont l’objet subsidiaire serait de régler les graves difficultés de gouvernement nées ou à naître:— de l’abus des armées permanentes, signalé déjà par Montesquieu^; de l’élévation constante du cltiffre de l’impôt; de l’accroissement générai de la population; de la progression du paupérisme; de la multiplicité des voies de transport et de communication considérées dans leurs rapports avec l’institution des douanes?
Créer l’intérêt continental, créer la solidarité maritime; aller au-devant de l’avenir commercial du monde industriel; changer ainsi de face la politique européenne, la politique de Ia,paix armée ; éteindre les déllances et les inquiétudes léguées au présent par la Révolution et l'Empire; transporter de la terre sur l’Océan les grandes rivalités; élever les questions, les simplifier; arriver partout avec l’esprit de paix et de conciliation; voilà le rôle nouveau auquel il suffirait que la France prétendit pour se relever
(!) De l’augmentation des tronpes, chapitre XVII de YEtprit it$ Eofi. . .
dans sa propre estime, et gagner sans réserve la confiance de tous les peuples blessés par la suprématie industrielle I et maritime de la Grande-Bretagne.
Dans ce système, donlTopposilion, qui se récrie sans cesse contre l'énormité des budgets et le poids des impôts, aurait dû s’emparer, ne fût-ce qu’en raison de l’avantage qu’il lui donnait sur le gouvernement ; dans ce système, l’organisation d’une réserve armée que vous demandes n’est pas un moindre anachronisme que la construction des fortifiaiions nouvelles, contre lesquelles vous avez toujours protesté.
Les fortifications de Paris ont été votées et sont construites; on ne les démolira pas; s’opposer à tout ce qui serait de nature à en aggraver le danger, à l'intérieur, est désormais le seul effort qu’il soit raisonnable de tenter. J'aurais préféré assurément que l’argent qui a été employé à creui ser des fossés et à élever des remparts eût servi à achever le Louvre et à embellir encore Paris, afin que Paris se protégeât par ses merveilles mêmes et devint la capitale des chemins de fer. Cette pensée eût été, je crois, plus juste et plus grande, plus conforme à l'esprit de la politique inaugurée en 1830, plus conforme à l’avenir des sociétés; mais contre un vole des deux chambres exprimé en toute liberté, que faire, sinon de s’y soumettre pour donner l’exemple de la raison individuelle s’humiliant sous le respect de la loi I
Je passe donc rapidement sur ce fait, sans exemple dans l’histoire, de la fortification d’une ville renfermant dans ses murs une population d’un million de bouches, pour m’arrêter un instant à votre idée de réserve armée.
« Réserve armée » est une expression qui s’est introduite sans contrôle dans le vocabulaire politique, et qui a été trop complaisamment adoptée par ceux-là même qui aur
raient dû la proscrire; c’est une chimère échappée des commissions du budget et que poursuit en vain depuis longtemps la parcimonie des chambres. J’ai lu avec atten> lion les divers projets de loi de recrutement, j*ai étudié avec soin tous les systèmes de réserve, et je me suis con« vaincu que tous ces systèmes étaient mensongers, qu’aucun ne résisterait à la première épreuve du premier coup de canon. Tous ne sont qu'une seule et même manière d’organiser nne armée sur le papier et de la désorganiser sur le terrain, de tromper le pays sur ses véritables forces, de le bercer dans ses illusions, de le flatter dans ses préjugés. La chambre, dans sa session prochaine, aura à discuter le projet de loi de recrutement sur lequel M. Vivien a déjà déposé son rapport; oh! ce serait à un orateur, tel que vous, qu’il appartiendrait de traduire à la tribune ces mots de pied de paix et de pied de guerre, et de montrer à quel point ils sont vides de sens et pleins de dangers! Peuple et armée sont deux mots qui représentent deux forces, pied de paix et pied de guerre sont deux mots qui ne signifient rien s’ils ne signifient : mauvaise armée en temps de paix, détestable armée en temps de guerre. Faire passer une ar' mée du pied de guerre au pied de paix est une économie de la nature de celle qui consisterait à mettre à la diète un ouvrier en bonne santé, ayant besoin de la plénitude de ses forces. Serait-ce là de l’économie? Tous les cflbrts qu’on tentera pour organiser sérieusement une « réserve armée • seront vains ; armer la multitude, ce ne fut, ce ne sera jamais constituer une armée. Les armées les plus nombreuses sont loin d'être les plus fortes ; ce sont les plus difficiles à faire mouvoir, et celles qui exigent le plus impérieusement d’avoir pour chefs de grands capitaines; ce sont donc les moins sûres. Ayons une armée qui soit réellement une
armée, dont le chiffre soit sincère, qui, en temps de paix, [ affermisse Tordre et ouvre une carrière à ceux qui naissent avec la vocation militaire ; qui , en cas de guerre , ne fasse marcher que des hommes bien choisis, bien instruits et bien disciplinés, bien nourris, bien armés et bien payés, robustes et résolus, ne redoutant pas plus la fàtigue que le danger. On a vu souvent mille soldats aguerris en valoir pins de dix mille qui ne Tétaient pas ; cependant ceux-ci avaient coûté en armes, en munitions de guerre, en habillement, en chaussure , en nourriture, en entretien dix fois plus que ceux-là, indépendamment du surcroît de frais d'hôpitaux et de Tinconvénient de ralentir les marches ! Méditez cette observation puisée dans Texpérience de militaires consommés, et vous y trouverez deux choses : Torganisation économique d'une armée invincible et là condamnation de ces réserves illusoires « donnant à la nation, » sans rien coûter au budget, une force sédentaire et mo- » bilisable, debout au premier conp de canon, d J e n'insisterai pas plus longuement sur ce sujet, qui se I représentera naturellement lors de la prochaine discussion du projet de loi de recrutement.
I Je me résume :
Pour que la France, selon votre expression, a connaisse ^ » enfin ses alliés et ses ennemis, a il faut qu'elle se pro- I pose un but, il faut qu'elle choisisse un système, il faut en- I fin qu'elle opte entre le continent ou l'Angleterre, entre la politique du passé ou la politique de l’avenir, entre la poli- I tique de la guerre ou la politique de la paix, et selon qu’elle ; aura fait son choix, qu’elle y subordonne toutes ses pen- ' sées et règle en conséquence Tordre successif de tous ses travaux, même des plus utiles.
Exemple : deux eboses essentielles manquent à la France : *
Des chevaux pour entretenir sa cavalerie ;
Des matelots pour recruter sa marine.
Alliée de l’Angleterre, il faut à la France des chevaux; elle ne saurait donc s'occuper avec trop de soin d’améliorer j ses chemins vicinaux , ses routes et son roulage, de telle sorte qu’en cas de guerre, elle ne soit plus réduite à donner à l’Europe le spectacle qu’elle lui a offert en 1840, d’un grand peuple allant demander à ses ennemis, avec i l’intention avouée de leur faire la guerre au printemps, de vouloir bien lui vendre les chevaux nécessaires pour improviser cavalerie et artillerie l Pas de chevaux sans de bonnes voies de communication et sans une agriculture perfectionnée ; pas d’agriculture perfectionnée sans une réforme de notre régime hypothécaire et sans une impulsion plus vive donnée à l'instruction primaire, etc., etc.
Alliée du continent, il faut à la France des matelots; sa sollicitude doit donc surtout se porter sur les moyens ou d’en former ou de s’en passer. Les moyens de former des malelols sont d’avoir une marine marchande considérable; pas de marine marchande considérable sans commerce étendu ; pas de commerce étendu sans industrie puissante; pas d'indusirip puissante, si elle n’a pas le combustible et le fer à bon marché; pas de combustible et dp fer à bon marché, sans système parlait de voies de communication et de transport ; pas de système parfait de communication et de transport, au moins de longtemps, sans réductions considérables opérées sur un effectif militaire qui absorbe le quart du budget , énerve le pays et enlève nu contribuable , en pure perte, le plus net de son revenu, etc., etc (I). Le moyen
(I) L’Assemblée constituante avait fixé refieclif de l'armée à 1 50,000
de se passer de matelots serait de faire pour la navigation à vapeur, à laquelle il reste encore de grands progrès à accomplir, de difficiles problèmes à résoudre, ce que fit Napoléon pour la fabrication du sucre de betterave ; ce serait de stimuler le génie de l'homme par l’appât d’une récompense nationale très-conçidérable. Tout progrès qui simplifiera la navigation à vapeur sera un pas en avant que feront la France et le Continent vers la liberté des mers, et un pas en arrière que fera la Grande-Bretagne. Cela vaut la peine qu'on y songe.
Voici comment tout s’enchaîne ; voici comment souvent, à son insu, un peuple grandit ou déchoit!
Le crédit de la France va de pair avec celui de l’Angleterre. Ses hommes d'État ne sont pas supérieurs aux nôtres. Nos orateurs sont au moins égaux aux siens.
Nul peuple n’a une réputation de bravoure plus méritéa et mieux établie que le peuple français; ses hommes da guerre ont été les premiers de l'Europe.
Que manque -t-il dune à la France, si admirablement partagée par la nature, elle qui compte dans son histoire les trois règnes de Charlemagne, de Louis XIV et de Napoléon, les plus grands capitaines et les plus illustres marins , les écrivains les plus éminents et les savants les plus célèbres; elle qui a pu payer sans peine des indemnités s'élevant à plusieurs milliards; elle qui acquitte, chaque année, sans résistance, quinze cent millions d'impôts; que lui manquet-il donc pour être, en temps de paix, ce qu’elle fut en temps de guerre? — Il lui manque d’avoir un peu de logique. E. de Giràrdin.
hommes, en temps de paix. Sons 'n République, en l’an VI, la dépense do budget de la guerre ne figure que pour U5 millions.
mlnbitère Cwl-Ù au on d’an mlnlatère Peel
en Pranec.
Mâcon, 35 jailict 1846.
Le journal la Presse vient de publier une série d'articles très-remarquables sur les prochaines élections, en réponse k Y Esprit public, an Courrier français et à d’autres journaux de l’opposition nouvelle. La Presse se justifie de l’accusation de ministérialisme en disant qu’elle n'est point ministérielle, mais gouvernementale ; qu’elle n’a cessé de réclamer, par la voix de M. deGirardin, les innovations les plus hardies et les plus fécondes (et cela est attesté par des citations de brochures politiques de cet écrivain) ; mais que les innovations, en France, ne peuvent être tentées et accomplies que par des ministres conservateurs, et qu’en conséquence elle continuera à donner son appui, faute de mieux , au cabinet de M. Guizot , jusqu’à l'avénement d’un ministère conservateur et progressif à la fois : objet constant de ses vœux et de ses espérances. « Voyez, dit-elle à l’appui de ses raisonnements, combien les hommes parlementaires qui ont cru devoir se détacher successivement du parti conservateur dans la chambre, se sont affaiblis ou neutralisés dans leur action. » Elle cite M. Passy, M. Dufaure, M. de Lamartine enfin.
« Niez-vous, dit-elle hier encore, que M. de Lamartine, B alors qu’il marchait, en 1840, à la tête de la fraction qui » représente, dans le parti conservateur, les idées d’ordre » et de progrès, de pouvoir et de liberté, de paix et de civi-
s lisation, toutes les aspirations généreuses de la France, » n’eut pas une situation plus facile, plus considérable, » plus forte, plus utile que celle qu'il occupe aujourd'hui? » Et que nous fùt-il arrivé à nous, si, rompant le lien qui B nous attache au parti conservateur, nous eussions pris B notre vol dans l’espace à la suite de M. de Lamartine, B emportés et soutenus par notre admiration pourlagéné- > rosité de ses idées, le désintéressement de son carac* B 1ère? •*
Ce qui serait arrivé, selon nous, à la Presse, c’est qu’elle serait aujourd’hui maîtresse, sinon de la situation, du moins de l’opinion en France ; c'est qu'au lieu de subir on cabinet, elle serait à la veille d'en former un selon ses vœux; c’est qu’au lieu de marcher avec les idées d’autrui, à la suite d’un gouvernement qui lui répugne souvent, elle marcherait à la tète de ses propres idées et de l'esprit public, à la fois gouvernemental et novateur, qu’elle aurait rallié sous le double et glorieux symbole de l’ordre et du mouvement, de la conservation et de l'innovation.
La magniûque situation d’un grand homme d'Etat étranger, sir Robert Peel, fascine les yeux de la Presse, et lui fait oublier les différences profondes qui existent entre la France et l'Angleterre en matière de gouvernement. Elle se dit ce que nous avons dit mille fuis nous-même à nos amis : a Voyez M. Peel! Il accomplit un véritable chef-d’œuvre de B conduite politique. Il arrête d'une main son pays, et, de B l'autre, il le met en mouvement. Il se place sur un point B de l'opinion si haut, si précis et si juste, que les triples » forces de l’aristocratie , de la propriété moyenne et du B peuple , sont obligées de se personnifier en lui, et de B faire de la volonté de ce ministre leur propre volonté. » M. Peel est le confluent des trois éléments vitaux de !(•
» Grnnde-Bretngne. Que l’impatience, ou la peur, ou les » murmures d’un de ces partis l’ébranle, ou le fasse lom- B ber un moment, il tombe dans le sein des deux autres, B et ne tarde pas h se relever plus fort et plus invulnérable B que jamais ! b Or, pourquoi ce phénomène, dit la Presse, pourquoi cêt homme peut-il sans danger détruire les privilèges odieux de la grande propriété, les monopoles du haut commerce, et tendre d’une main au peuple des droits d’égalité, et de l’autre du pain et des vêtements à bas prix? C’est qu’il est appuyé sur le parti conservateur. Un whig ou un radical ferait trembler le sol, et le premier pas qu'il tenterait vers les réformes paraîtrait mener l’Angleterré aux abîmes. Eh bien ! pourquoi n’en serait-il pas de même en France?
Si la Presse ne le voit pas, nous allons le lui dire en deux lignes : •
C'est que l'Angleterre est à deux siècles, et que la France est à quinze ans de distance de sa révolution.
Il y a bien quelques autres raisons encore ; mais celle*li suffit. Une vieille société de deux siècles se comporte autrement qu’une société de quinze ans. L’une a une assiette, une sécurité, un aplomb que l’autre n’a pas encore. L’une a une confiance en elle-même et dans la force de ses institutions, que r<mlre ne peut pas avoir. L’une fait des pas de géant sans craindre une chute ; l’autre fait des pas d’enfant aux lisièrc.^^, et tremble de se briser au moindre mouvement. Les hommes d’État peuvent proposer à l’une, avec assurance, des progrès que l'autre appellerait des témérités.
11 ne faut pas rougir de le confesser, le grand vice de la France actuelle, c’est la peur^ Gela est déplorable> mais cela
n’est pas étonnant. On aurait peur à moins. La révolution de 1791 à 1795, ses anarchies, ses tyrannies, ses guerres désespérées, ses discordes civiles, ses lois draconiennes, ses confiscations, ses échafauds, ont ébranlé pour deux siècles peut-être l’imagination de ce peuple à vives impressions. Le seul mot de révolution le fait frissonner jusqu’à la moelle des os.
Il s’est précipité, pour échapper à ce fantôme, dans les quinze années de la plus écrasante tyrannie dont les temps modernes offrent l’exemple : la tyrannie militaire de l’empire. II a accueilli et subi quinze autres années le gouvernement faible, mais doux de la royauté qu’il avait proscrite. Enfin, il a adopté avec précipitation et avec la passion de son salut à tout prix, la nouvelle royauté sous laquelle il s'agite depuis quinze autres années, mais en modérant luimême ses propres agitations, comme un peuple qui veut bien intimider quelquefois son gouvernement, mais qui craint encore plus de le renverser.
Dans une pareille disposition des esprits, de quoi se compose, non pas en totalité (nous le reconnaissons avec bonheur), mais en grande majorité, ce qu’on appelle le parti conservateur? Il se compose de deux éléments principaux. Le parti de la propriété moyenne : agriculteurs, rentiers, industriels, commerçants, fonctionnaires de tous les ordres d’administration, militaires de tous grades, tous hommes classés, encadrés, immobilisés par les intérêts les plus légitimes et les plus honorables, ou dans le sol, ou dans la fortune mobilière, ou dans les industries, ou dans les entreprises commerciales, ou dans les fonctions publiques des différents services de l’État, devenues pour eux un laborieux et glorieux patrimoine; tous voulant, et voulant axec raison, consolider sous leurs pas ce sol, ces industries.
ces capitaux, ces avantages sociaux, pour que leurs famille! se perpétuent après eux dans la sécurité et dans le bienêtre que la première révolution leur a donnés, et que des révolutions plus profondes compromettraient ou anéantiraient. C’est l'élément vraiment national du parti conservateur.
Le second élément de ce parti, c’est le parti dynastique, c'est-à-dire, c'est la royauté de Juillet, et ce sont les royalistes de la royauté de Juillet. Une royauté qui, du sein d’une tempête de trois jours, s'est vue miraculeusement soulevée sur un trône relevé aussitôt qu’abattu, n’a pas envie de retomber de ce trône dans cette tempête. Elle se cramponne naturellement au pouvoir suprême, non pas par ambition seulement, mais par instinct de salut et de propre conservation. Entre le trône et l’ostracisme, il n’y a pas de milieu pour une famille qui a régné. À côté de cette famiUe dynastique se rallient, se groupent et se pressent tous les hommes, toutes les familles, tous les intérêts, tous les dévouements désintéressés ou non qui se sont ralliés à cette dynastie, qui s’y sont dévoués ou par sentiment ou par calcul, qui ont fait de sa fortune leur fortune, et qui, grandis, enrichis, illustrés par celte royauté, retomberaient avec elle et plus bas qu'elle dans le vide que sa chute creuserait sous leurs noms.
Eh bien ! nous le demandons au publiciste de la Presse ’ et à tous les hommes de bonne foi : quel point d’appui un homme d’État progressiste, poussé par ses convictions, par son génie et par les besoins du temps, à faire avancer son siècle et à donner de nouveaux et nécessaires développements au principe moderne de la démocratie organisée, quel point d’appui solide et sympathique un tel homme d'État trouverait-il pour appuyer le levier d’un gouverne*
meut populaire dans l’un ou l'autre des deux éléments du |)arti conservateur , tels que nous venons de les décrire? Nous répondrons hardiment, aucun. Son point d’appui lui manquera, le trompera, l’engloutira au premier essai d’innovation qu'il osera tenter.
Ainsi que nous l’avons démontré, la classe moyenne et propriétaire à laquelle le gouvernement appartient par les lois électorales et par les fonctions publiques, est persuadée qu’elle n’a rien à gagner et qu’elle a tout à perdre à des changements ou à des innovations qui feraient participer de plus grandes masses de droits, de lumière, de travail et d’intérêt à l’organisation de la société gouvernementale. Son intelligence, intimidée par ses souvenirs, ne lui permet pas de com'prendre que le tout est plus fort que la partie, et que si la nation tout entière entrait avec gradation et régularité dans le cadre et dans l’exercice de la liberté, cette nation légale serait mille fois plus inébranlable aux révolutions que ce fays légal de cinq ou six cent mille citoyens suspendus avec leur trône au-dessus de trentequatre millions de peuple, qui peuvent les engloutir en se remuant seulement sous leurs pieds.
Le parti conservateur, se croyant ainsi, à tort, placé sur un écueil et entouré de l’abime, regarderait comme un homme à courte vue ou comme un traître tout homme d’État qui lui proposerait d’en sortir pour élargir sa base, pour tendre la main au peuple, pour se confondre avec les masses nationales et pour les introduire à la participation légale et complète du pouvoir et des avantages sociaux. Cet homme, fût-il à la fois Fénélon, Montesquieu et Mirabeau, ne persuadera jamais au parti conservateur d’abdiquer son nom et de s’appeler parti novateur. Et pourquoi? Parce qu’on ne guérit pas de la peur, dit le proverbe, et parce
qu’on nê persuade pas l'inlérèt , dit l’expérience. De ce jour-là, rbomme d’État de la Presse serait répudié par son parti, et il irait rejoindre sur les bancs de patience de la gauche toutes les vérités ajournées et tous les hommes politiques jetés hors des rails du temps avec Lafayette et Dupont de l’Eure, et tous les grands coupables d’espérances anticipées. Si la Presse en doute, qu’elle regarde où sont allées, depuis quinze ans, toutes les propositions les plus modestes de progrès constitutionnel et tous les auteurs de ces propositions? Le parti conservateur, dans le parlement, est muré; rien ne peut plus entrer, rien ne peut plus sortir. La pression seule du dehors pourra le faire éclater un jour. D’ici là, il faut que les ministres s’y renferment avec lui, et y renferment leur esprit pour vivre ou pour mourir de ses seules idées.
Direz-vous : Mais notre homme d’Élat appuiera son levier sur le parti dynastique? C’est bien mal connaître l’esprit du parti dynastique que de le confondre avec l’esprit d’innovation dont il est, par sa nature, l’ennemi obligé et l’antagoniste perpétuel. La royauté est le seul t>oint fixe et immuable de nos institutions toutes mobiles, toutes transitoires et toutes électives. Lui demander le mouvement, c’est lui demander le suicide dans la pensée étroite de ses partisans. Proposer au trône d’abandonner le point culminant et solide placé au-dessus des orages où la constitution l’a placé, pour se jeter dans la mobilité et dans l’inconnu des grandes réformes populaires, et pour se livrer au courant du temps, seràit aussi insensé que de demander l’immobilité et la fixité aux institutions populaires. Une institution ne donne que ce qu’elle a. Les démocraties sont mobiles ; les dynasties sont stationnaires quand elles ne Sont pas rétrogrades. -Espérer que là couronne se fasse
ragitalrice de la nation, c est se tromper d’éléments. C’est demander à Teau de brûler et au feu d^éteindre. Un homme d Etat qui se tromperait assez grossièrement pour demander à la couronne la force d'impulsion et au peuple la force de résistance, ne survivrait pas huit jours à ce paradoxe en action. Louis XYl est un fatal exemple toujours présent à l'esprit des chefs de dynastie. Englouti dans les réformes qu'il avait évoquées , il à donné pour longtemps aux rois l’horreur des ministres novateurs. L'attitude des rois sur le trône est d'étre assis et non debout. Leur attitude est l’image de leurs pensées; chaque pas plus loin que le marchepied de leur dynastie leur paraîtrait un chemin fait vers leur chute ; plus la dynastie est jeune, plus elle craint de s’aventurer. La haute intelligence, même d’une royauté, n’y peut rien. La nature est plus forte que le génie. Certes, il arrivera rarement au pouvoir dynastique d'être représenté par une intelligence plus consommée et plus exercée aux révolutions des empires qu’il ne le fut de nos jours; et cependant, voyez! En quinze années de règne ; pacifique, si le pouvoir dynastique a fait faire de grands pas constitutionnels à la nation, ce sont des pas en arrière et pas un seul en avant. Ce pouvoir, si habile et si prudent tout a la fois, n'a compromis qu'une fois sa responsabilité parla main de son ministre, et n’a pris sur soi qu'un seul acte par ordonnance. Cet acte, c’est la fortification de Paris. Voilà son seul pas fait en dehors de la tutelle des chambres. Et ce pas est revenu de cinquante ans en arrière en un seul jour : de rHôtel-de^Ville de Paris à la Bastille du 14 juillet! Sont-ce là les progrès dont un homme d’État progressiste demanderait l'initiative à la dynastie?
Non ! il* n’y a ni dans le parti conservateur, tel qu’il est aujourd’hui défini, ni dans le pouvoir dynastique, un point
d’appui sur lequel un homme d'Elat progressiste puisse appuyer son levier pour tenter en France quelque chose d’analogue à ce que M. Peel peut tenter en s'appuyant sur les tories intelligents en Angleterre. Il serait abandonné au premier pas et tomberait entre tous les partis. Cest du sein de l'opposition, c'est sur le terrain de l’opposition, c’est de la force et des idées de l’opposition qu'un tel homme peut surgir, s’il surgit jamais parmi nous. Et quand nous disons opposition, nous n'entendons pas ce péle-méle confus et discord d'hommes, de choses, d'ambitions, de mécontentements, qu'on entend quelquefois sous ce nom. Noos entendons une grande et sérieuse opposition démocratique, voulant par le gouvernement ce que la révolution a voulu par les cataclysmes : le triomphe des droits, des idées, des intérêts légitimes et de la souveraineté du plus grand nombre. La dynastie de la nation donnant son nom, prêtant sa force, imprimant régulièrement sa volonté à la dynastie couronnée ; il faut une grande force à un homme d’État pour accomplir les grandes réformes; il n'y a de grande force que là ,* il n'y a de prestige que là; il n'y a de mouvement que là; il n'y a les grands mots qui remuent un peuple que là ; il n'y a de profond et universel écho dans le fond du pays que là ; il n'y a de menaces qui intimident le despotisme et la contre-révolution que là. Tout homme politique qui se place ailleurs est déjà du passé ; tout homme qui se tient debout sur ce point élevé de l’opinion est déjà de l'avenir. C'est le courant du siècle, c'est l'aspiration des jeunes âmes, c'est la mémoire des grandes années et des grandes choses de la France.
Le terrain de cette jeune et vieille opposition est le point du sol qui rend leur force aux Ânthées de l'intelligence et de la politique. La force qu'ils y puisent s’appelle popula-
ri(é. C’est elle qui soulève les nobles passions Ju bien public et qui les apaise; c’est celle qui rallie la puissance des masses et qui les conduit, non à des horizons chimériques, à des déceptions et à des fureurs, mais à la conquête de leurs droits de cité parfaite età l’exercice régulier de tontes les facultés dont Dieu les a douées pour agrandir en elles le litre d’hommes par le titre de citoyens! Enfin c’est elle seule qui peut exercer aux jours de crises une assez salu> taire pression sur le parti conservateur et sur le parti dynastique pour les contraindre à comprendre et à accepter leur salut et leur force réels dans les réformes qui ne deviennent pas des révolutions.
11 n'y a que deux forces pour un homme d’Etat : la résistance ou l’impulsion, selon l’heure. L’homme d'Etat des faits trouve sa résistance toute formée dans les intérêts immobiliers et préexistans. L'homme d’Etat des idées a besoin de se créer sa propre force d’impulsion à lui-même ; car où voulez-vous qu'il la prenne? Où la trouvera-t-il, si ce n'est dans la popularité? Où e.st la popularité, si ce n’est dans le peuple? Tout homme de progrès et d’idées qui voudra gouverner en France n'a donc qu’un moyen de se fortifier : c’est de gouverner pour le peuple.
Que la Presse ne se trompe donc pas de pays. Si jamais un Robert Peel doit sortir des nécessités de la France, ce n’est ni du sein du parti qu'on appelle actuellement conservateur, ni du palais d’une dynastie, c'est du sein de l’opposition et de la popularité qu'il sortira, et puisse-t-il en sortir à temps!
A. DE Lamartine.
A M. DE LA3IARTINE.
Bourganeuf, samedi lcr août 1840.
C’est à Bourganeuf que m’arrive, après avoir traversé Paris, votre article daté de Maçon, dont je regrette qu’on ait retardé l’insertion dans la Presse jusqu'à l'envoi de ma réponse. Le pays aime trop à entendre voire voix harmonieuse et sonore pour que je ne m’empresse pas d’écrire courrier par courrier de ne pas différer d’un jour de plus cette insertion. Ce qu’il importe de connaître, ce n’est pas ma pensée, c’est la vôtre !
Ecrite en toute hâte, quelques heures avant le moment solennel où la France électorale, interrogée sur la politique suivie depuis quatre années, va décider du sort de celte politique et de l’existence du cabinet ; quelques heures après la réception de la dépêche télégraphique qui vient de nous apporter ici l'humiliante et douloureuse nouvelle d'un septième ou d’un huitième attentat à la vie du roi (on se perd maintenant dans le nombre], cette réponse sera ce qu’elle pourra être... Vous ferez, je n’en doute pas, largement la part de la précipitation du correspondant qui ne veut pas vous faire attendre; de la préoccupation du candidat qui voit s’agiter devant lui un compétiteur d’une opiniâtreté invincible ; enfin de l’émotion du citoyen qui se demande : — Que va dire l’Europe de ce nouveau défi porté par le crime à la Providence, avant que l’exécuteur des hautesœuvres ait eu 1e temps de faire enlever l’échafaud sur lequel
Lecomte vient de porter sa tête? Que faut-il penser de cette audacieuse dérision de la peine de mort? De quel poids eussent pesé ces deux balles dans la balance du monde, si elles fussent tombées dans l’urne du scrutin au lieu de tomber heureusement à côté ? '
Vous dites que la Preste se trompe de pays. Vous dites que si jamais un ministère Peel doit sortir des nécessités de la France, ce n’est ni du sein du parti conservateur, ni du Palais d’une dynastie qu'il sortira, mais du sein de l’opposition et de sa popularité. Les motifs sur lesquels se fonde votre opinion sont ceux-ci :
« C'est qm l'Angleterre est à deuœ siècles, et que la France est à quinze ans de distance de sa révolution.
t> C'est que l'homme d'Etat progressiste, qui voudrait faire avancer son siècle et donner de nouveaux développements au principe moderne de la démocratie pacifique, manquerait d’un point d'appui solide pour placer son levier, s'il le cherchait dans le parti conservateur. »
Je réponds :
La distance qui existe entre un peuple et sa révolution ne se mesure pas par le nombre des années révolues, mais par le nombre des abus abolis, par l'espace b^nclii du privilège à l’égalité, de l'arbitraire à la liberté, par le trajet des idées. •
Je réponds :
Le point d'appui de l’homme d'Etat progressiste, dont la supériorité de l’esprit est le levier, c’est la fermeté du caractère. Ne me parlez pas d’un homme d’Etat qui cherche
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ailleurs qu'en lui-même un point d'appui solide, ce ne seia jamais qu’un ministre médiocre, qu'un instrument passif mis en mouvement non par la force d’eipansion d’une idée, mais par le cours d’une moyenne ! Où donc avez-vous ' TU que sir Robert Peel ait pris son point d'appui sur le parti qui l’avait placé à la tête des affaires? Ce que lui reprochent les tories, au contraire, n'est-ce pas de n’avoir consulté que lui-même, d’avoir impitoyablement immolé leurs intérêts à ses idées plus ou moins prématurées, plus < ou moins téméraires, de les avoir trahis? Quel est le nom ^ injurieux dont ils n’aient pas essayé de le flétrir? Si Robert Peel avait attendu que son parti lui offrit un point d'appui assez solide pour y placer le levier de son génie, le bill de ' Maynoolh, le bill des céréales seraient encore à naître; ' lord John Russell -n'eût pas écrit la lettre qu’il a publiée il y a plusieurs mois; l’Irlande ne serait pas à la veille du ’ jour qui doit voir luire pour elle un régime nouveau, la fia ^ de son martyre !
Une société, dites-vous, vieille de deux siècles se comporte autrement qu’une société de quinze ans. il ne faut pas rougir de le confesser, le grand vice de la France, c'est * la peur.
Vous n'oubliez qu'une chose ; c'est que la France ne data pas de 1830, mais de 89; c’est que les horreurs de la révolution de 1791 à 1793, que vous rappelez, ses anarchies, ses tyrannies, ses guerres désespérées, ses discordes civiles, ses lois draconiennes, ses confiscations, ses échafauds, n'ont pas empêché la France, trente-cinq années seulement après que ce sanglant régime eut fait place au Directoire, au Consulat, à l’Empire, à la Restauration, d'affronter les dangers d’une révolution nouvelle, d’une nouvelle invasion, d'une troisième capitulation de Paris, pour s’op-
oser à une interprétation de la Charte de 1814, qu’elle en )nsidérait comme la violation! Ouvrez donc l'histoire 'Angleterre, et montrez-moi une page où la Grande-Breigno, après sa révolution, ait fait preuve d’une fermeté lus grande que celle dont la France a donné Tezemple et i mesure au monde constitutionnel, en 1830, du vivant de int d’hommes qui n'avaient échappé à la guillotine de 795 que par la fuite, l'émigration ou l’exil ; du vivant du entrai Lafayette, cet hôte des deux mondes, cet auteur de toux révolutions !
Vous oubliez l’histoire et vous méconnaissez la vérité, ’ous flattez l'Angleterre et vous calomniez la France , lors- |ue vous dites de celle-là : Quelle fait des pas de géant tans craindre une chute ; de celle-ci : Qu’elle fait des pas d'enfant aux lisières et tremble de se briser au moindre, mouvement. Le contraire de ce que vous avancez est l'évidence ! comparez donc ce qu'est en Angleterre, après deux siècles, l’égalité, à ce qu'elle est en France après cinquante ms ; mettez donc en présence une à une tes institutions des deux pays; des Pyrénées à l'Océan, du Rhin à la Méditerranée, cherchez donc sur la carte de nos quatre-vingt-six départements rien qui ressemble au royaume d'frlande ! S’il est un des deux peuples, — les conquêtes du commerce britannique mises à part, — qui ne fasse que des pas d'enfant aux lisières et tremble de se briser au moindre mouvementf ne dites pas que c’est la France, dites que c’est l’Angleterre, et vous direz la vérité. Si je n’étais pas à cent lieues de Paris, je vous citerais à l’appui de mon opinion, en opposition de la vôtre, la réponse négative faite, il y a quinze jours à peine, par lord John Russell, le chef du nouveau cabinet, à l'interpellation d’un membre de la chambre des communes, qui le pressait de s’expliquer sur la néces-
sité de faire faire un nouveau pas en avant au bill de réforme.
Le temps me manque pour rechercher ce qu’il y a de fondé et ce qu’il y a d’arbitraire dans la distinction assez confuse que vous établissez au sein du parti conservateur, en le divisant en parti de la propriété moyenne, et parti dynastique; je me borne à maintenir la mienne, qui consiste purement et simplement à admettre l’existence, dans les rangs du parti conservateur, de deux catégories de membres : les uns à tendances stationnaires, prenant l’immobilité pour la stabilité; les autres à tendances progressives, et je m’honore d’être de ce nombre, profondément convaincu que le plus sûr moyen de prévenir les révolutions sanglantes est d’accomplir toutes les réformes utiles aussitôt qu’elles arrivent à maturité. Cette distinction ne s’applique pas exclusivement au parti conservateur, en France ; ce qui vient de se passer à l’occasion du bill des céréales, prouve qu’elle s’applique tout aussi justement au parti conservateur eu Angleterre. Qu’est-ce qui distingue les peelistes des autres tories à la suite de lord Stanley, de lord Benliiick, de M. d’Israeli? ne sont-ce pas leurs tendances progressives?
Si j’avais le temps, si la lutte qu'il me faut de nouveau soutenir ici me laissait seulement un loisir de quelques heures, il ne me serait pas difGcile de vous convaincre que les différences à l’aide desquelles vous cherchez à démontrer que la formation d’un ministère Peel en France est impossible, sont purement imaginaires. Loin de rencontrer, parmi nous, des résistances plus grandes, un tel ministère, un ministère conservateur-réformiste, un ministère de paix et de liberté, d’ordre et de progrès n’en aurait à vaincre que d’inliuiment moindres; c’est ce que je per-
sist6 à afûrmer ; c'est ce que je serai toujours prêt à dé> battre, car je n’ai pas de conviction plus profonde.
Si ce que vous dites des démocraties mobiles et des dynasties pour le moins stationnaires, quand elles ne sont pas rétrogrades, était vrai sans exception , sans transition ; s’il était aussi vrai que vous le prétendes que l'attitude des rois sur le trône est d'élre toujours assis, jamais debout, Fieschi, Alibaud, etc., etc., Joseph Henry, ce régicide d’bier, ne seraient donc que d’inexorables logiciens, que les Alexandre du nœud démocratique? Voilà cependant quelle pente peut faire descendre une idée fausse à l’homme de France le plus honnête, le plus humain, à l'un des écrivains qui l’honorent le plus par le génie, à l'un des orateurs qui savent le mieux la passionner par la parole !
Je ne suis pas pusillanime, on le sait, et cependant quand je jette les yeux sur cet acte d'accusation de la royauté que vous dressez impassiblement contre elle, de quelque éclat que brille votre pensée, derrière le nuage qui l'élève plus qu'il ne la voile, je me surprends à regarder l'avenir avec anxiété. Mais si vous aviez raison, pourquoi donc auraient été faites les institutions placées entre les dynasties et les démocraties? Est-ce que l’immobilité du gond empêche la porte de s’ouvrir? Est-ce que l’immobilité de l’essieu empêche la roue de tourner? Est-ce que celte immobilité même n’est pas une loi du mouvement?
Mais voici le scrutin qui va s’ouvrir et qui me réclame ; je n’ai plus que le temps d’ajouter un mot à l’adresse de votre « homme d’Ètat des idées » qui a besoin de se créer sa propre forced’imptdsion à lui-même. Où la trouvera-t-il^ dites-vous, si ce n’est dans la population ?» La force des dées est dans leur justesse et non ailleurs, et ce qui le
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prouve, c est que les idées de l’oppositiou, qui sont populaires, sont impuissantes à rien fonder, à rien améliorer. Voyez ce qu’elles ont fait du droit d’initiative, de cette précieuse conquête qui, aux mains d’une opposition véritablement éclairée, eût sufli à loi donner le pouvoir! Juger de l’opposition par ses idées et de ses idées par ses propositions législatives ! Je ne suis cependant pas de ceux qoi médisent de la popularité ; seulement je distingue entre la popularité qui précède les hommes aux affaires et celle qui les suit dans leur retraite ou qui leur survit. Cette dernière est la bonne, la seule qui soit durable, la seule qu’il soit glorieux d’avoir méritée.
La popularité qu’on peut avoir la crainte de compromettre ou de perdre est la mauvaise; ce n'est pas une force, c’est un poids; elle a toujours énervé, égaré ceua qu’elle a comblés. Voyez ce qu’elle a fait du général Lafayelte, voyez ce qu’elle a fait de M. Laffitte, voyez ce qu’elle a déjà fait de vous-même !
C’est précisément là l’objet de mes regrets, regrets dont ce n’est pas la dernière fois que je renouvelle ia l’expression.
É. DE Giràrdin.