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les uns voulant le maintien du statu quo, les autres, les plus nombreux, de beaucoup, réclamant à grands cris la suppression complète et définitive du pourboire.
Et c’est là, d’ailleurs, une des faces les plus curieuses du problème : la presque unanimité veut l'abolition de cet usage ; tous paraissent être d’accord sur ce point capital. Cependant linstitution subsiste néanmoins, et ne paraît pas. de sitôt devoir disparaître ; c'est qu’elle n’est pas le fruit artificiel d’une législation ou d’une réglementation quelconque, elle a ses racines, ses sources, dans le passé, elle se perd dans la nuit des temps ; bien plus même, elle se trouve dans le cœur humain, car tant que l’homme existera, il réclamera une faveur, et cette faveur, par quoi sera-t-elle la mieux récompensée, par le grand dispensateur de tous les plaisirs humains, l'argent, par le pourboire en un mot.
Mais avant d'aborder le côté économique de la question, sans doute le plus intéressant, le plus vital et le plus important, nous nous efforcerons de jeter un coup d'œil en arrière, puis nous passerons en revue les différentes appellations qu'a pu revêtir l'«usage » dont nous nous proposons de faire ici l'étude. Nous reconnaîtrons toutefois que les documents nous ont fait à peu près défaut sur ce sujet pourtant si attachant et qui est bien souvent l’objet des conversa-
tions entre patrons et ouvriers, entre salariés et
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clients. À notre connaissance, en effet, aucun ouvrage n'a été écrit sur la matière, seuls ont pu nous guider quelques articles de journaux, des passages épars, découverts de loin en loin dans différents comptes rendus, brochures et traités.
Après avoir tenté d’esquisser un historique du pourboire, nous traiterons celui-ci au point de vue économique et social, en passant en revue les différentes professions où il est en vigueur :
Hôtels, cafés, cochers, coiffeurs, livreurs à domicile, etc.
Nous recueillerons ensuite l'opinion des intéressés ; opinion précieuse en elle-même, car, en somme, c’est là le point capital du problème, mais opinion souvent contradictoire et s'appuyant sur des arguments encore peu müris par l'expérience.
Nous verrons toumà {our ce que disent le patron, l'employé, le client. En général les différentes parties réclament la suppression du pourboire, marque notable d’infériorité pour l'employé, par ces temps de recherche d’égalité sociale, et charge parfois onéreuse pour le client à la bourse bien souvent modeste. Seul le patron paraîtra y trouver son bénéfice, soit en prélevant une sorte de dîme sur le produit des pourboires, soit en réduisant le taux des salaires, d’où nombreuses réclamations de la part de ses subordonnés. En tant que clients, nous envisagerons sans effroi, cet
impôt extraordinaire, ce monstre aux tentacules
innombrables qui nous saisit dans les différentes manifestations de notre vie journalière, et qui nous escortera ainsi pendant notre séjour sur terre, sans jamais nous lâcher. Impôt vraiment étrange puisqu’il est en même temps facultatif et obligatoire.
Une autre face du problème nous apparaîtra ensuite. Plus restreinte, plus spécialisée sans doute, mais néanmoins présentant une certaine importance dans les relations entre patrons et employés, depuis que la loi du 9 avril 1898, sur les accidents du travail, est venue la révéler. C’est la face juridique, qui a vu son domaine accru, d’ailleurs, par la question de la saisie-arrêt sur les salaires et petits traitements, et tout récemment par la loi sur le repos hebdomadaire.
La question posée d’une manière générale sera celle-ci : « Le pourboire est-il à titre gratuit ou à titre onéreux ? Le pourboire, est-il «an salaire ? » Nous nous rendrons compte de l’importance de la solution relativement aux lois citées plus haut el nous examinerons la jurisprudence des différentes cours et tribunaux. Quoique les procès intéressant notre matière soient encore assez peu nombreux, les jugements rendus suffiront pour nous faire une idée de la solution paraissant la plus souvent adoptée. Nous verrons ainsi, avec appui de différents auteurs qui ont traité le sujet, sommairement il est vrai, quelle conclusion il faut en tirer.
La troisième et dernière partie de notre étude sur
UN
le pourboire aura trait à la réglementation de ce dernier, et au rôle que pourrait jouer l'État en intervenant dans la solution du problème. Nous examinerons les deux projels de lois soumis voilà déjà quelques années à la Chambre des Députés, mais qui, selon l'expression habituelle, « paraissent dormir dans les cartons législatifs ». Un incident récent entre l'État et les employés des postes terminera cette dernière partie.
Nous aurons ainsi passé en revue, serable-t-il, les différentes formes que peut revêtir l’étude d’un sujet à la fois aussi spécial et aussi étendu que le pourboire. Cette petite récompense donnée de la main à la main paraît au premier abord insignifiante; c’est peut-être la cause du désintéressement de la plupart des auteurs pour cette question. Et cependant, si l’on veut se donner la peine d'approfondir un peu le sujet, on se rend compte du nombre d'aperçus curieux qu’il renferme sous sa modeste dénomination, et même quel
grave problème social il semble poser.