‹ Le PoussinChapitre 101 sur 155 · DESSIN · texte numérisé non relu

DESSIN

frappé de la grâce inimitable qu’il leur a donnée, de l’aisance de leurs mouvements. Sur les traces de l’antique, de Raphaël et du Titien, il a su maintenir ces formes dans une juste mesure, aussi loin de celles d’une adolescence qui commence à poindre, que de ces membres mous et empâtés contraires aux sveltes proportions, et aux mouvements faciles attribués, par nos conceptions idéales, à ces agiles serviteurs de Jéhova ou de Vénus.

Le dessin du Poussin, sans sortir de l’exactitude, a su donner aux femmes beaucoup d’élégance et de noblesse. Nous parlons ici surtout de celles qui entrent dans ses compositions mythologiques, ainsi que dans les compositions d’un autre genre, où elles laissent apercevoir, sous le costume antique, plus de parties nues que dans les sujets ordinaires fournis par l’histoire. Les femmes du Poussin restent élégantes sans exagération de leurs proportions en longueur, gracieuses sans excès dans la rondeur des membres et dans la morbidesse des chairs. Dans les femmes vêtues et drapées, la forme intérieure ne cesse pas de se faire sentir par l’influence qu’elle exerce sur les inflexions des draperies. Dans tout ce qui tient à l’antique, le costume est fidèlement imité des statues et des bas-reliefs dont le Poussin avait fait une étude attentive; dans l’histoire sacrée ou profane, où l’ampleur du vêtement romain remplace les lestes dispositions du vêtement grec, le dessin des draperies est d’un grand style, toujours motivé dans les plis par les attitudes ou les mouve-

ments du corps; rien n’y est donné au hasard, rien n’y est accordé aux nécessités de la fantaisie ou de la couleur.

Quoiqu'il se trouve dans les compositions du Poussin de nombreuses figures d’hommes, remarquables par la force, par la noblesse des poses, par la grâce virile des mouvements, il faut reconnaître, qu’en général ses figures d’hommes sont un peu courtes, plus exactes qu’élégantes dans leurs proportions. Cela est surtout sensible dans celles d’hommes faits ; celles des jeunes gens, principalement dans les sujets antiques, ne manquent ni de l’élégance, ni de la gracieuse souplesse de leur âge. Les jeunes Bacchus, les Apollons, les Adonis dans les compositions mythologiques, les défenseurs de Pyrrhus , quelques Itomains de l'enlèvement des Sabines, les Philistins d’Azot, les Ilébreux du passage de la mer Bouge, les lieutenants de Germanicus, dans les compositions historiques, offrent des types où] la science scrupuleuse du dessin s’allie sans efforts avec les exigences de l'art. Il n’en est pas tout à fait de même de l’âge mur. Dans les figures de cet ordre, la nature se prête moins à l’idéal. Ce reproche s’adresse en particulier à celles du Christ qui n’ont pas toujours le galbe qui semble leur appartenir.

Dans ces figures d’hommes, le dessin des draperies est toujours d’un très-beau choix, noble à la fois et exact, sans exagération comme sans mesquinerie. On peut citer la draperie du Christ

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