‹ Le PoussinChapitre 102 sur 155 · COULEUR ET EFFET · texte numérisé non relu

COULEUR ET EFFET

dans le sacrement de l'Ordre, celle de quelquos apôtres dans l'Eucharistie, de Moïse dans la Manne et dans le Frappement du rocher. Quelquefois, mais rarement, on peut leur reprocher d’être trop amples et un peu lourdes.

En résumé, si Raphaël et Michel Ange ont montré ce qu’on appelle un plus grand dessin , ils n’ont jamais dessiné aussi correctement que le Poussin. Celte habitude d’application ôta peut-être à celui-ci une certaine aisance, une certaine souplesse; mais, malgré cela, la grâce et la noblesse se rencontrent souvent à un haut degré dans ses figures. Elles y sont, il est vrai, sans cesse maintenues par la parfaite connaissance des formes; le Poussin ne pouvait la sacrifier aussi facilement que des peintres, dont les études moins approfondies retenaient plus faiblement la hardiesse.

Couleur et effet. — Nous savons d’une manière certaine qu’au commencement de son premier séjour à Rome, le Poussin s’appliqua à l’étude de la couleur d’après les tableaux du Titien ‘ ; mais la séduction même de cette étude lui inspira la résolution de modérer sur ce point son ardeur. Il lui parut que l’entraînement vers la couleur avait le double in-

* «Le tableau représentant Jupiter, qui, sous la ressemblance de Diane, séduit Calisto est colorié dans la manière du Titien. II a été acheté à Rome en 1752, et apporté à Paris. Les teintes sont d'une fraîcheur admirable, mais généralement plus égales que celles du Titien qu’il imitait alors. Jacques Fray Ta gravé à Rome, etJ. Daullé à Paris. » (Éloge du Poussin, parGuibal, en note, p. 54. Paris, 1783.)

convénient de faire négliger au peintre d’autres parties de l’art plus essentielles, et d’éloigner le spectateur, par un charme secondaire, de l’attention que réclament la composition, le dessin et l’expression. Le Poussin n’est donc point coloriste, mais il ne faut pas en conclure qu’il a négligé la couleur au point de blesser l’œil du spectateur, et qu’il a compromis ses œuvres par l’excès contraire à celui qu’il remarquait dans le Titien. Il n’est pas toujours facile aujourd’hui de bien apprécier la couleur du Poussin ; le parti qu’il avait adopté de peindre sur des toiles rouges a modifié celle de plus d’une de ses meilleures compositions. L’impression rouge a repoussé et altéré les tons que les savants calculs du peintre avaient su associer dans une heureuse harmonie.

Malgré ces fâcheuses altérations, il est facile de voir que l’emploi judicieux de la couleur ne fut point étranger au Poussin. Si elle ne constitue pas un des caractères saillants de ses tableaux, comme dans les peintres coloristes, elle est suffisante, convenable, harmonieuse, surtout discrète; les oppositions sont heureusement calculées, les nuances diverses savamment observées. Dans les réflexions qu’ils développèrent sur plusieurs tableaux de ce maître, le Ravissement de saint Paul, la Rebecca, la Manne dans le désert, etc., les membres de l’Académie de peinture, Nocret, Philippe de Champagne, Séb. Bourdon rendirent toujours, avec l’assentiment de leurs collègues, la plus éclatante justice au coloris,

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