COULEUR ET EFFET
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à sa juste proportion, à l’art de mettre en rapport vrai l’ombre et le clair-obscur; ils approuvèrent toujours la disposition générale de l’effet, et exposèrent souvent les raisons profondes qui avaient dû déterminer le choix de l’artiste1. Dans les paysages en particulier, le ton est toujours d’une grande justesse, et les plans fidèlement subordonnés les uns aux autres par la dégradation et l’opposition des nuances.
Telle était dans le sentiment du Poussin la mission de la couleur ; elle devait contribuer à l’effet de la composition, non pas être à elle seule cet effet lui-même. C’est l’ensemble que notre peintre veut atteindre, c’est l’effet total par lequel il veut frapper. Cet effet ne saurait être ce qu’il doit être, qu’autant que chacun des éléments qui contribuent à le produire a toute son importance, et n’a que son importance. La grandeur du Poussin est dans l’expression fortifiée de la composition et de l’elfet ; il suffit que la couleur reproduise avec fidélité la nature, sans en exagérer la chaleur et l’éclat. C’est cette mesure, si sage à la fois et si puissante, qui donne tant d’attrait aux gravures qui ont reproduit ses œuvres nombreuses.
Le Poussin, homme de l’harmonie et de l’unité,
1 Voir sur la couleur du Poussin les dissertations déjà citées sur le tableau de la Manne, de Félibien, t. IV. — de Philippe de Champagne sur Rebecca, dans les Mémoires inédits de l’Académie de peinture, t. 1er, et dans le même volume, de Nocrel, sur le Ravissement de saint Paul.
a rarement abordé les grands effets de lumière ou d’obscurité, soit de la lumière naturelle, soit de la lumière factice; néanmoins, il l’a fait heureusement dans plusieurs des tableaux de la passion de Jésus- Christ, dans la Cène peinte pour la chapelle de Saint-Germain-en-Laye , dans le paysage où il a représenté un orage et un coup de vent, dans le Déluge, etc.
Cette juste mesure conservée dans la force du coloris , fut chez lui le fruit d’une résolution réfléchie. Nous en avons la confirmation dans la réflexion suivante, « que l’application singulière à étudier le coloris est un obstacle qui empêche de parvenir au véritable but de la peinture, et que celui qui s’attache au principal, acquiert par la pratique une assez belle manière de peindre. » Celte réflexion du Poussin qui nous a été transmise par Reynolds', est empruntée par lui aux conférences de l’Académie, où se trouvaient encore à cette époque des artistes qui l’avaient fréquenté.
Manière de peindre. — A l’époque où le Poussin exerça l’art de la peinture, la pratique en était connue, et si les diverses écoles avaient leur méthode et leurs procédés, les différences ne constituaient plus un progrès qui fit passer l’art d’un état inférieur à un état plus avancé. Le Poussin put adopter une manière de peindre au commencement de sa carrière et la modifier plus tard, mais il n’y
1 Tome Ier, p. 183, Cinquième discourt.