‹ Le PoussinChapitre 108 sur 155 · OBSERVATIONS DE NICOLAS POUSSIN SUR LA PEINTURE · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS DE NICOLAS POUSSIN SUR LA PEINTURE

Traduites de l'italieu de Uellori.

De l'exemple des bons maîtres. — Bien qu’à la doctrine on joigne l’enseignement qui regarde la pratique, néanmoins tant que les préceptes ne sont point parvenus à la réalisation, ils ne laissent point dans l’âme cette habitude d’opérer qui doit être l’effet de la science active ; rarement au contraire, ils conduisent le jeune homme par des voies longues et embarrassées, jusqu'au terme de son voyage, si l’escorte des bons exemples n’enseigne aux plus studieux des moyens plus courts et des procédés moins compliqués.

Définition de la peinture et du genre d’imitation qui lui est propre. — La peinture n’est autre chose que l’imitation des actions humaines, de celles qui sont naturellement imitables. Les autres sont imitables par accident, non par elles-mêmes, comme accessoires, non comme parties principales. De cette manière on peut imiter non-seulement les actions des êtres animés, mais toutes les choses naturelles.

Comment l'art élève la nature. — L’art ne diffère point de la nature, et ne peut dépasser les limites de celle-ci; vu que cette lumière d’enseignement qui, par un don naturel, est répandue çà et là en divers hommes, dans divers lieux, en divers temps, se compose aussi de l’art, de sorte que cette lumière, ou tout entière ou pour une bonne part ne se trouve jamais dans uu seul homme.

Comment l'impossible est la perfection de la peinture et de la po este. — Aristote montre par l’exemple de Zeuxis qu’il est per-

rais au poëte de décrire des choses impossibles, pourvu qu’elles soient supérieures à la réalité. 11 est naturellement impossible qu'une femme réunisse en soi toutes les beautés, comme on le dit d'Hélène qui était d’une beauté parfaite, et par conséquent supérieure à ce qui est possible.

Des termes du dessin et de la couleur. — La peinture sera élégante lorsque, par le moyen des milieux, les termes extrêmes seront liés de manière à éviter trop de mollesse et trop de rudesse dans la rencontre des lignes et des couleurs. C’est ici que l’on peut employer les mots d’amitié et d’inimitié des couleurs et de leurs extrêmes.

De l'action. — Il y a deux moyens de maîtriser les âmes des auditeurs, l’action et la diclion. La première est si puissante d’elle-même et si eflicace que Démosthènes la regarde comme le premier des artifices oratoires, que Cicéron l’appelle la parole du corps. Quintilien lui attribue une si grande force et une si grande vigueur, que sans elle il regarde comme inutiles les pensées, les preuves et les affections oratoires. Sans elle aussi dans la peinture inutiles sont le dessin et la couleur.

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