DE QUELQUES FORMES UE LA PEINTURE ELEVEE
De la matière, de la pensée , de la composition, du style.
La peinture élevée se compose de quatre éléments, la matière ouïe sujet, la pensée, la composition, le style. La première chose à observer, parce qu’elle est comme le fondement de toutes les autres, c’est que la matière et le sujet soient grands, par exemple les batailles, les actions héroïques, les choses divines. Mais étant ainsi grande la matière sur laquelle le peintre vu porter ses efforts, qu’il fasse d’abord attention à se garder de tout son pouvoir des minuties qui compromettraient la dignité de l’histoire, et ne passe point à la bâte d’un pinceau rapide sur les choses grandes et magnifiques, pour s’oublier sur celles qui sont vulgaires et de peu d’importance. Il faut donc que
le peintre ait non-seulement l'art d’inventer son sujet, mais encore le jugement nécessaire pour le bien connaître ; il doit le choisir apte à recevoir tous les ornements et toute la perfection convenables; ceux qui mettent en avant des sujets vulgaires le font par le sentiment qu’ils ont de la bassesse de leur génie. On doit mépriser les sujets vils et bas pour lesquels les ressources de l'art sont inutiles. Quant à la pensée, elle est le pur enfantement de l’âme qui élabore un sujet; telle fut celle d’Homère et de Phidias développant l’idée du Jupiter Olympien, qui d’un signe ébranle l’univers. Que le dessin des choses soit donc l’expression exacte des idées des mêmes choses. La structure ou composition des parties devra n'être ni recherchée laborieusement, ni tourmentée, ni sentant la fatigue, mais conforme à la nature. Le style est une manière particulière, une industrie de peindre et dessiner résultant du génie particulier de chacun dans l’application et l’usage des idées; lequel style, manière ou goût vient de la nature et du génie.
De l'idée de la beauté. — L’idée de la beauté ne descend dans une matière qu’autaut qu’elle est aussi bien préparée qu’il est possible. Cette préparation consiste en trois choses, l’ordre, le mode et l’apparence ou la forme. L'ordre signifie l’intervalle des parties, le mode se rapporte à la quantité, la forme consiste dans les lignes et dans les couleurs. Il ne suffit pas de l’ordre et de l’intervalle des parties, ni que les membres du corps aient chacun leur position naturelle, si l’on n’y ajoute pas le mode qui donne à chaque membre sa grandeur voulue proportionnée à celle du corps, et l’apparence afin que les lignes soient tracées avec grâce, et la lumière et l’ombre rapprochées par une douce harmonie. D’après tout cela, on voit facilement que la beauté est complètement éloignée de la matière du corps, qu’elle ne s’en approche jamais qu’autant qu’elle y est disposée à l’aide de ces préparations incorporelles. De là, nous devons conclure que la peinture n'est autre qu’une idée des choses incorporelles, en tant qu elle ne montre les corps qu’en représentant l'ordre et e
mode d’apparence des choses ; qu’enlin ce même art est plus attentif à l’idée du beau qu'à toutes les autres. Aussi plusieurs ont voulu que cette idée fût seule le signe, et comme la mesure de tous les bons peintres, et la peinture la contemplation de la beauté et la reine de l’art.
Üe la nouveauté. — La nouveauté de la peinture ne consiste pas principalement dans un sujet que l'on n’a point encore vu, mais dans une bonne et nouvelle disposition et expression, de manière qu’un sujet, de commun et vieux, devienne original et nouveau. On peut affirmer ceci de la Communion de saint Jérôme du Dominiquin, où les affections et les mouvements sont différents de ceux que présente le même sujet, traité par Augustin Carrache.
Comment on doit suppléer aux défectuosités du sujet. — Si le peintre veut éveiller l’admiration dans les âmes, sans avoir sous la main un sujet qui y soit propre, il n'introduira pas dans son œuvre deschoses nouvelles, étrangères et horsde raison, mais il doit exercer son esprit à rendre son œuvre merveilleuse par l’excellence de l’exécution, de manière à ce que Ton dise : Materiam superabat opus.
üe la forme des choses. — La forme de chaque chose se distingue par l’opération propre qu’elle accomplit. Les unes produisent le rire, d’autres la terreur; ces actions sont leurs formes.
Des attraits de la couleur. — Les couleurs sont, dans la peinture, comme des attraits pour persuader les yeux ; ainsi en estil de la beauté des vers dans la poésie.
Note N.
(Extrait traduit de la vie du Poussin, par Bellori.)
« ....Le Poussin menait une vie bien ordonnée.... Il avait coutume de se lever matin et de prendre de l’exercice pendant une heure ou deux, quelquefois se promenant dans la ville, plus souvent sur le mont de la Trinité, qui est le monte Pincio , non loin de sa maison. Il y parvenait en suivant une courte montée, délicieuse par les arbres et par les fontaines qui l’ombragent et l'embellissent. De ce point, l’on jouit d'une belle vue sur Home, sur ses agréables collines, qui, mêlées à ses édilices, en font comme une scène et un théâtre ; là il s’entretenait avec ses amis sur des sujets curieux et savants. Retourné chez lui, il se mettait immédiatement à peindre jusqu’au milieu du jour. Après le repas, il peignait encore quelques heures, et il lit plus aveccette application persévérante, que les autres avec leur facilité. 11 sortait de nouveau le soir, et se promenait au bas de la montagne, sur la place, au milieu des étrangers qui ont coutume de s’v réunir. Il y était toujours accompagné de ses amis, qui lui faisaient une sorte de cortège, auquel le reconnaissaient ceux qui désiraient le voir et lui témoigner leur affection. Comme il admettait tout homme de bien à sa conversation, il était facile de l’aborder. Il écoutait volontiers les autres; mais ses discours étaient profonds et toujours ret;us avec attention. 11 parlait trèssouvent de l’art, et avec tant de clarté que non-seulement les hommes d'un esprit cultivé, mais les peintres eux-mêmes venaient recueillir de sa bouche les plus belles pensées sur la peinture. 11 les exprimait, non pour enseigner, mais comme elles s’offraient à lui, selon la circonstance. Comme il avait beaucoup lu et beaucoup observé, il ne se présentait dans la conversation aucun sujet qu’il n’eût suffisamment étudié. Ses paroles et ses pensées étaient alors si justes et si bien ordonnées, qu'elles paraissaient, non plus improvisées, mais méditées avec soin. La
raison de cette supériorité était dans son bon esprit et dans les objets variés de ses lectures, qui non-seulement embrassaient l’histoire, la fable, l’érudition de tout genre où il excellait, mais s’étendaient encore aux arts libéraux et à la philosophie. Il était aidé en cela par le souvenir de la langue fatine, quoiqu’il ne la sùtqn’imparfaitementjquantà l’italien, il le parlait aussi bien que s’il fût né en Italie. Il avait la pénétration dans l’entendement, le discernement dans le choix, la force conservatrice dans la mémoire qui sont tous trois les dons du génie les plus désirables. »
Note O.
Nous réunissons ici plusieurs documents qui se rapportent à la mort, à la sépulture du Poussin, et aux honncués rendus à sa mémoire :
« La morte del sigr Poussin successe il 19 novemb. circà il mezzo giorno, con sentimenti tanto devoti chc gli sacerdoli che l’assistevano, mossi di Cordoglio inusitato compiansero anch’
essi il line di cosi illustre ingegno Ire giorni avanti che il
deltosig. Poussin passasse al altra vita mi commando ch’io non solo scrivessi a V. S. illustrissima, nia che encora li mandasse la copia del suo testamento accio da vostra illustrissima si potesse recever gratia mandarla al suo lierede, il quale si nomina Giovanni Letellier ligliuoln di Nicolù Lcteliier et di Maria Honorati etc
« 11 sudetto signore lasciù che non si dovesse spendere nel suo funerale altro elle 20 scudi corne lei possa legger nel suo testamento, ma parendomi poco rispetto al suo grau merito io ho spesi 60 scudi et di questo non occorre parlai' ne cosa alcuna. *
Rome, fin de novembre 1665.
[Lettre de Jean Duykel à Al. Je Ckantelou.)
« Le sue indisposition! col tempo si andarono accrescendo et lo dcbilitarono tanto, che negli ultimi anni con fatica usciva di casa, ma avvicinandosi il suo fine, fù arrestato in letto da un gran postema, infiamraate le viscere, e’i corpo senza trovar requie notte, e giorno, si ridusse a pocô a pocù ail’ extremo délia vita, e mori il giorno t9 di novembre Tanno 1865, sù l'hora del mezzo giorno e dell’ etâ sua 71. mesi 5. e si corne egli era vissuto moralmente, et con pietà Christiane, cosi rese spirito à Dio. La mattina, che succedettc al giorno délia morte, fù portato il cadavero nella chiesa parrochiale di San Lorenzo in Lucina, et elevato soprà il feretro con l’intervento dell’ Academia romana di San Luca, et de altri pittori, e nationali, assistendo alla Messa cantata, et aile preghiere di requie, corn’ è l’uso, con le candele accese nulle muni, prestando gli amici quest’ ultimo uflicio, non senza lagrime, et con universale dolore di ciascuno per la bontà, ed eccellente suo sapere, che durera mentre haveranno vita gli studii délia pitlura, e serviranno le sue opéré d’incitainento, e di scorta à più nobili ingegni per giungere à quella ciina, che à si pochi è concessa. Fù sepolto il cadavero nella medcsima chiesa, c locato in parte lin che gli sia dato condegno monuinento1. Noi intanto li segucnti versi appendiamo alla sua tomba. »
(Bellori sub finem. )
Vers de Bellori a Nicolas Poussin.
Parce piis lacrymis; vivit Pussinus in uruà,
Vivere qui dederat, nescius ipse mori :
Hic lamen ipsesilet; si vis audirc loqueiitein,
Mirum est, in labulis vivit et eloquitur.
1 Ce monumcnl n'a jamais été exécuté.
INSCRIPTION COMPOSÉE PAR LAllBÉ Nlf.AISE , AMI PARTICULIER DU
Poussin, qui se trouvait a rome a l’époque de son décès.
Nie. PüSSINO Gallo PICTORl SUÆ ÆTATIS PRIMA R 10.