MARIAGE
Cette pénible circonstance fut suivie d’une autre, triste comme elle, mais qui se termina plus heureusement qu’elle n’avait commencé, par le mariage du Poussin.
Il avait contracté en France une maladie dont il sentait de temps à autre les cruelles atteintes, ce qui ne laissait pas de jeter dans sa vie quelque amertume et quelque embarras. Comme il était tombé malade, il se trouva heureusement à Rome un Parisien nommé Jacques Dughet, avec lequel il avait formé une étroite liaison. Cet homme, naturellement plein d’obligeance, et dont la bonté s’augmentait encore de son amitié pour le Poussin, vint à son secours, et lui prodigua dans cette affliction les attentions les plus tendres et les plus empressées. Il conduisait auprès de lui les médecins et les chirurgiens dont sa maladie réclamait les lumières et les soins. Aucune précaution n’était oubliée, aucun secours négligé. La femme de Jacques Dughet l’assistait dans tous les soins que comportait son état, soit qu’il fallût surveiller la préparation de sa nourriture, soit qu’il s’agît d’entretenir la propreté dans son habitation. Les soins affectueux des deux époux furent un grand soulagement pour le Poussin, et l’on ne sait comment, sans eux, il aurait passé ces cruels moments; aussi leur en témoignait-il une reconnaissance peu ordinaire.
Cette excellente famille comptait cinq enfants, trois garçons et deux filles ; celles-ci étaient les aînées. Le Poussin , -complètement guéri , ne crut
pas pouvoir mieux témoigner sa reconnaissance à son ami et à sa famille, qu'en demandant la main de l’ainée des tilles qui se nommait Anne-Marie, et qui du reste ne lui apportait guère d’autre fortune que son dévouement. Jacques Dugliet en eut d’autant plus de plaisir que la guérison du Poussin était parfaite, et les noces furent célébrées à la fête suivante de saint Luc, patron et protecteur des peintres.* La dot que Poussin reçut lui servit à acheter, sur le Mont-Pincius, une maison où il se fixa pour toujours, disposition naturelle à un esprit plein d’ordre, de persévérance, ami d’une profonde méditation, auquel ne pouvait convenir l’instabilité, même dans le lieu de sa demeure, et qui cherchait à assurer au silence de sa réflexion la modestie d’un séjour en quelque sorte identifié avec lui. Nous ajouterons qu’il avait choisi cette maison dans une position d'où l’on découvre les plus beaux aspects de Rome. Ce mariage fut célébré en 1029, le 18 octobre; notre peintre avait par conséquent trente-cinq ans.
Le protecteur dont l’intérêt persévérant conciliait au Poussin la faveur du cardinal Barberini, et faisait grandir de plus en plus la réputation de son génie, était le commandeur Cassiano de! Pozzo ‘,
1 Dans les manuscrits appartenant aux bibliothèques impériales et de l’Institut, le nom employé est celui de du Puits, son équivalent en français. L’éditeur de 1825 l’a remplacé par le nom del Pozzo. Nous pensons qu’il a bien fait, la traduction des noms propres étant une cause perpétuelle de confusioir.