‹ Le PoussinChapitre 13 sur 155 · CASSIANO DEL POZZO · texte numérisé non relu

CASSIANO DEL POZZO

célèbre par ses vastes connaissances et par sa riche collection d’antiquités romaines. Né à Turin, d’une famille ancienne et illustre, élevé auprès d’un de ses parents, archevêque de Pise, il se fixa de bonne heure à Rome, où le retint son goût pour les monm ments et les arts. Il fut le premier à reconnaître la supériorité du Poussin, et à faire naître les occasions de la mettre en lumière. Il avait toujours été à son égard une véritable providence dans ses moments les plus pénibles, et c’est à lui que ce peintre écrivait, avant ses jours de prospérité, la lettre suivante dont la date précise n’a point été conservée.

« Après avoir reçu de vous et des vôtres tant de bienfaits, je crains bien que vous ne me taxiez d’indiscrétion et d’importunité de ce que je ne vous écris guères que pour vous demander quelque nouveau bienfait. Mais, réfléchissant que tout ce que vous avez fait pour moi vient des sentiments de bonté et de générosité qui vous animent, et ne pouvant, à cause d’une incommodité qui m’est survenue, aller chez vous en personne, je me suis enhardi à vous écrire pour vous supplier de venir à mon secours; car je suis presque toujours malade, et n’ai d’autre ressource pour subsister que mes ouvrages.

« J’ai dessiné l’Éléphant. Votre seigneurie ayant paru désirer l’avoir, je la prie d’accepter le tableau que j’en ai fait. Je l’ai représenté monté par Annibal armé à l’antique. Je pense tous les jours à vps.

riŒMIÈRB PARTIE.

desseins, et j’en aurai bientôt fini quelqu’un '. »

Pendant près de trente ans , jusqu’en 1657, année de sa mort, le commandeur del Pozzo demeura lidèle à la fortune et au talent de l’artiste français son ami, auquel son cabinet, si riche en monuments d’art de toute espèce, resta constamment ouvert.

Ce fut par l’entremise de Cassiano del Pozzo auprès du cardinal Barberini, qu’il obtint la commande d’un tableau représentant le martyre de saint Érasme, pour servir de modèle à une copie en mosaïque destinée à la basilique de Saint-Pierre. Passeri affirme que le Poussin ne reçut aucune rémunération pour cette œuvre. Torrigio au contraire, cité parBonanni, rapporte qu’elle lui fut payée cent écus romains; mais comme Passeri cite à l’appui de son affirmation le Poussin lui-même, qui le lui avait répété plusieurs fois, ne sachant, ajoutait-il, s’il était victime d’une disgrâce ou d’un mauvais vouloir de la part de l’intendant des travaux, nous adopterons, comme plus authentique,

1 Lettres du Poussin. L’année de cette lettre est facile k déterminer. Poussin était arrivé à Rome en 1624, et il avait bien fallu quelques années pour qu’il se fit connaître. De plus, elle suppose que déjà il avait profité de la protection du commandeur del Pozzo. D’un autre côté, l’année 1628 lui avait été plus fructueuse, et l'année 1629, il s’était marié. Sa position dès lors ne comportait plus le sentiment pénible qu’il exprime. Nous pouvons donc, sans craindre de nous tromper, la rapporter k l’année 1627. En réponse , le C. del Pozzo lui envoya quarante écus romains. Cette lettre et toutes celles qui suivent ont été revues sur les manuscrits que possèdent la bibliothèque impériale et celle de l’Institut.

Page 1