SAINT-ÉRASME
l’énonciation de Passeri. Il y a même lieu de croire que l’influence de ses rivaux fit porter de son œuvre un jugement défavorable, car dans la suite nous ne le voyons chargé d’aucune composition de ce genre par la cour pontificale. C’est le seul de ses tableaux qu’il ait signé, et il en donnait pour raison, assure-t-on, qu’il voulait empêcher par là que les ignorants ne confondissent sa faible production avec les ouvrages des grands maîtres qui ont orné ce superbe édifice '.
Le mariage ne ralentit point l’ardeur du Poussin. Il semble au contraire que cette nouvelle situation , si d’accord avec ses goûts d’ordre et de dignité en toutes choses, acheva de donner à son talent le caractère de la réflexion aidée, complétée par l’harmonie parfaite qui régnait dans la vie de l’artiste. Dans l’intervalle qui s’écoula entre l’année 1630 et l’année 1641 , où il vint à Paris, il fit un grand nombre de tableaux, et parmi eux beaucoup de ses meilleurs. L’histoire de cette vie tranquille n’est guère que l’histoire de la composition et de l’exécution de ces pages curieuses et diverses, histoire secrète, du moins dans les méditations qui préparèrent ces chefs-d’œuvre, moins ignorée quant à la date de leur exécution, plus connue par les noms des amis ou des admirateurs auxquels ils étaient destinés.
Les principaux sont la Peste des Philistins, VEn-
1 Maria Grabam. Mémoires sur le Poussin.
lèveraient des Satines, la Manne', le Frappement du Rocher, et la première suite des Sept Sacrements, destinée au commandeur del Pozzo. dont le dernier, le Baptême, n’était encore qu’ébauché quand le Poussin vint en France. La variété et la fécondité de son génie suffit encore à la conception et à l’exécution de sujets tout à fait différents; tels furent Pan et Syrinao, Renaud emporté par Armide, et quatre Bacchanales pour le cardinal de Richelieu .
Tout le monde connaît la Peste des Philistins. On peut admirer au Musée du Louvre les expressions profondes et vraies de cette spène de désolation, qui contraste avec la richesse du lieu où s’accomplit cette vengeance du ciel, le beau dessin des figures et des draperies2. Mais nous ne pouvons passer sous silence le tableau de la Manne, et l’examen qui en fut fait dans l’Académie royale de peinture, à Paris, en 1607, peu d’années après la mort du Poussin. Il en avait porté lui-même le jugement suivant dans une lettre qu’il écrit à son ami Stella : « J’ai trouvé une certaine disposition pour le tableau de M. de Chantelou, et certaines attitudes naturelles, qui font voir dans le peuple juif la misère et la faim où il était réduit, et aussi la joie et l’allégresse où il se trouve, l'admiration dont il est
1 Voir an musée du Louvre, les n°* 421, 45a, 420.
* « Ce tableau, dont le Poussin n’avait eu que soixante ccus, après avoir passé en plusieurs mains, fut vendu mille écus au duc de Richelieu, de qui le roi l’« eu. • (Félib., t. IV.)