‹ Le PoussinChapitre 16 sur 155 · LE FRAPPEMENT DU ROCHER · texte numérisé non relu

LE FRAPPEMENT DU ROCHER

lui-même. C’est le défaut des enthousiastes de porter jusqu’au pédantisme l’analyse des idées ou des expressions de l’auteur favori. 11 nous semble néanmoins que l’Académie de peinture a su éviter cet excès, tout en donnant en même temps une preuve de la vénération qu’imprimait à ses membres le génie du Poussin; et ses membres étaient alors Lebrun, Errard,* Philippe de Champagne, Sébastien Bourdon, et d’autres peintres et sculpteurs dont la postérité a consacré la gloire. Ces savantes et fructueuses analyses se continuèrent dans l’Académie sur des tableaux des plus grands maîtres, et plusieurs autres compositions du Poussin eurent l’honneur d’être choisies dans ce but '.

Le miracle du Frappement du Rocher fournil au Poussin l’occasion de plusieurs répétitions dans lesquelles se montrent la souplesse et la fécondité de son génie, presque autant que dans des sujets divers. Ce n’était pas sans réflexion d’ailleurs qu’il modifiait sa manière selon celui qu’il traitait. A propos du tableau de Renaud et Armide, il écrivait à son ami Stella pour lequel il l’avait exécuté5 : « Je l’ai peint de la manière que vous verrez, d’autant que le sujet est de soi mou, à la différence de celui de M. de la Vrillière, qui est

* Mémoires inédits de l’Académie de peinture, art. Séb. Uourdon, Philippe de Champagne et autres.

1 Félibien, t. IV. Jacques Stella était né à Lyon en 1596. Il avait vingt ans lorsqu'il vint s’établir en Italie, d’abord à Florence, et en 1623, à Rome, un an avant l'arrivée du Poussin. Ils se lièrent

d’une manière plus sévère, comme il est raisonnable, considérant le sujet qui est héroïque *. » 11 fit à cette époque, pour le même artiste, V Enlèvement de Déj antre par Hercule. Tous ces travaux le conduisirent jusqu'à l’année 1039, où il acheva celui de la Manne dont nous avons parlé plus haut, et consentit enfin à céder aux sollicitations de Louis XIII, qui l’appelait en France; il différa toutefois son voyage jusqu’en 1041.

Les tableaux qu’il avait déjà envoyés dans sa patrie, à d’illustres amis de la peinture, y avaient lait connaître son talent et popularisé sa gloire; les Bacchanales destinées au cardinal de Richelieu, et un Triomphe de Neptune exécuté pour ce grand ministre, attirèrent sur le Poussin l’attention de la cour. Aussi , lorsque M. Sublel de Noyers fut appelé à la charge de surintendant des bâtiments du roi , il ne crut pas pouvoir faire mieux pour relever les arts par une savante direction et de grands exemples, que d’appeler le Poussin en France.

Ce fut une véritable négociation diplomatique, très-honorable pour le peintre, dont M. de Chantelou, alors à Rome, fut chargé. Quelques lettres

d’une amitié que celui-ci reporta sur la famille de Stella. Stella quitta Rome en 1631 et revint à Paris, où il mourut aux galeries du Louvre en 1657. Son style a beaucoup de ressemblance avec celui du Poussin.

1 Le tableau auquel il est fait allusion ici est celui du maître d’école de Faleries, renvoyé par Camille aux Halisques. Ce tableau, d’une dimension plus grande que celle à laquelle le Poussin s’attachait le plus souvent, est au musée du Louvre sous le n° 436.

Page 1