ARRIVÉE A PARIS
ber entre les mains des bourreaux de chirurgiens devant que de me partir; car de s’acheminer par un long voyage et fâcheux avec telle maladie, ce seroit aller chercher son malheur avec la chandelle. Je ferai donc ce qui sera en ma puissance pour guérir et ensuite partir. Du reste, fasse Dieu, ce qui me doit arriver m’arrivera '. »
Malgré ses regrets de quitter Rome, tous les préparatifs de départ qui dépendaient du Poussin étaient faits au mois de septembre 1639; mais la maladie dont il parle dans la lettre précédente, plus encore que ses engagements à remplir, retarda de beaucoup son voyage. Ses dernières excuses k MM. de Noyers et de Chantelou sont du 15 décembre 1639, et son voyage de Rome à Paris se termina au mois de janvier J[6/*1 ; l’intervalle est donc d’un peu plus d’un an. 11 raconte son arrivée au frère de son protecteur, Carlo Antonio del Pozzo, dans une lettre du 6 janvier 1641. Nous ne pouvons mieux faire que de le laisser parler lui-même : « J’ai fait en bonne santé le voyage de Rome k Fontainebleau. J’y ai été reçu très-honorablement dans le palais d’un gentilhomme auquel M. de Noyers, secrétaire d’État, avoit écrit k ce sujet. J’ai été traité pendant trois jours splendidement. Ensuite je suis venu dans la voiture du même seigneur k Paris. A peine y fus-je arrivé, que je vis M. de Noyers, qui m’embrassa cordiale^-
1 Lettres.
ment, en me témoignant toute la joie qu’il avoit de mon arrivée.
« Je fus conduit le soir, par son ordre, dans l’appartement qui m’avoit été destiné. C’est un petit palais, car il faut l’appeler ainsi. Il est situé au milieu du jardin des Tuileries. Il est composé de neuf pièces en trois étages, sans les appartements d’en bas, qui sont séparés. Ils consistent en une cuisine, la loge du portier, une écurie, une serre pour l’hiver, et plusieurs autres petits endroits où l’on peut placer mille choses nécessaires. Il y a en outre un beau et grand jardin rempli d’arbres à fruits, avec une grande quantité de fleurs, d’herbes et de légumes; trois petites fontaines, un puits, une belle cour, dans laquelle il y a d’autres arbres fruitiers. J’ai des points de vue de tous côtés, et je crois que c’est un paradis pendant l’été.
« En entrant dans ce lieu, je trouvai le premier étage rangé et meublé noblement avec toutes les provisions dont on a besoin, même jusqu’à du bois et un tonneau de bon vin vieux de deux ans.
« J’ai été fort bien traité pendant trois jours, avec mes amis, aux dépens du Roi. Le jour suivant, je fus conduit par M. de Noyers chez S. E. le cardinal de Richelieu, lequel avec une bonté extraordinaire m’embrassa, et, me prenant par la main, me témoigna d’avoir un très-grand plaisir de me voir.
« Trois jours après, je fus conduit à Saint-Germain, afin que M. de Noyers me présentât au Roi,