‹ Le PoussinChapitre 20 sur 155 · SAINT-FRANÇOIS-XAVIER · texte numérisé non relu

SAINT-FRANÇOIS-XAVIER

mier recevait du roi et de la reine des éloges confirmés par la voix des connaisseurs. Plusieurs ouvrages faits pour le cardinal de Richelieu attiraient au Poussin les compliments de ce ministre, en présence de celui qui devait hériter de sa puissance, Mgr Mazarin 1 ; enfin il se plaint lui - même qu’il est forcé de faire trop à la hâte le tableau du Noviciat*, qui doit être terminé pour la fête de Noël.

* Mazarin connaissait le Poussin avant son arrivée en France, ceci résulte d’une lettre que ce prélat écrivait de Turin, 1 5 septembre 1640, à M. de Chantelou, à Rome, et dans laquelle se trouve le passage suivant : » Je vous prie aussi de faire mes baisements à M. Poussin et lui dire que j’ai impatience d’eslre à la court pour l'embrasser et me réjouir de la bonne résolution qu’il a prise. >

1 On peut juger par le passage suivant de Sauvai de l’opinion favorable qui accueillit ce tableau: «Poussin a disposé ses figures en sorte qu’elles voient toutes le miracle, et a remué leurs passions avec un jugement et une adresse qui lui est toute particulière. 11 a conduit et manié leur douleur et leur joie par degrés, à proportion des degrés du sang et de l'intérêt; ce qui parait visiblement sur leurs visages et par leurs attitudes toutes différentes. L’un s'étonne du miracle, l’autre en doute; l'un, par sa gaieté, témoigne son contentement, l’autre, par la continuation de sa tristesse, montre qu’il ne s’en rapporte ni au récit d’autrui ni à sa vue. Une femme, au cbevet du lit, soutient la tête de la personne ressuscitée ; elle est plantée et courbée avec une science et une force toute spirituelle, et tout à fait merveilleuse. On remarque dans les yeux, la bouche, le mouvement des bras, les plis du visage, et toutes les actions d'une autre qui est au pied du lit, que la douleur qui s’était em- parée de son âme ne cède qu’à grande force à la joie, et cette joie encore ne se fait voir que comme le soleil dans un temps fort chargé, qui, simplement par quelque faible rayon, sans pouvoir percer la nue, à peine donne à connaître qu’il a envie de se montrer. Il n’y a que Poussin au monde capable d’exprimer ce combat de passions si opposées dans une même personne et sur un même

Il trouvait cependant encore le temps de terminer un tableau du Baptême destiné à la collection des sept sacrements de son protecteur Cassiano del Pozzo, de dessiner les armes de M. de Noyers au Noviciat des Jésuites, et de composer les ornements qui devaient être exécutés dans le cabinet de ce surintendant. De plus, il consacrait ses loisirs de l’hiver et les longues soirées de cette siason à des compositions destinées la plupart à son ami le commandeur.

Mais ce qui fatiguait le Poussin d’incessantes . préoccupations, et ce qui devint peu de temps après une cause d’ennuis et de tracas, plus pénibles pour un artiste aussi ami de la paix et de la réflexion qu’ils ne l’eussent été pour un homme rompu aux intrigues de la cour et aux rivalités de métier, ce fut la décoration de la grande galerie par laquelle le feu roi avait formé le projet de relier le Louvre au palais des Tuileries, qu’il avait presque achevée, et qui venait de l’être tout à fait sous le règne de son tils. Lorsque la mort de Henri IV

visage. Jésus-Cbrist dans le ciel honore ce miracle de sa présence. La figure el les altitudes en sont toutes majestueuses et divines; elle est si finie dans toutes ses parties, qu'il n'y a que le seul Raphaël qui en puisse faire une semblable. Les envieux el les médisants disent que Poussin, Raphaël et l’Antique ont fait la même figure, et la croient prise de la colonne Trajane ; mais les désintéressés et les intelligents tiennent que Poussin n’est redevable de la beauté des attitudes toutes divines qu’a son grand génie.» ( Hist . et antiquité! de la ville de Paris, t. 1, liv. tv, page 4t>2). Sauvai attribue au Poussin la menuiserie de l’autel qu’il dit être très-belle.

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