DÉPART POUR ROME. 9S
cun retour ne suivrait ce départ. Mais si, d’un côté, il se félicitait de revoir son cher séjour, et sa femme, dont la santé un instant altérée venait de se remettre, la reconnaissance pour l’accueil qu’il avait reçu dans sa patrie, dans le palais même du prince qui régnait alors, l’estime et le respect dont il avait été environné par les hommes les plus éminents de cette époque et par le cardinal de Richelieu lui-mème, troublait cette âme simple, incertaine entre le devoir de reconnaître dignement les bons offices du prince et de sa cour, et le désir de poursuivre dans le silence et la méditation les progrès d’un art auquel était vouée sa vie. Ce sentiment est fortement empreint dans une lettre du *21 septembre, à la tin de laquelle, après avoir donné à M. de Chantelou son avis sur les dessins de MM. Levau et Adam, chargés de diriger la décoration de la chapelle de Dangu, il lui fait ses adieux dans les termes suivants : « Je joindrai à la présente ces deux lignes, pour vous supplier de croire que je pars d’ici avec grand regret de n’avoir pas le bonheur de vous dire adieu personnellement, et de ce qu’il faut qu’une feuille de papier fasse cet office pour moi. Je vous dirai donc adieu : adieu, mon cher protecteur; adieu, l’unique amateur de la vertu; adieu, cher seigneur, vous qui méritez vraiment d'ètrc honoré et admiré; adieu, jusqu’à temps que Dieu me donne la grâce de revoir votre bénigne face1... »
1 Lettres.
Cette lettre est la dernière que le Poussin ait datée de Paris ; nous le trouvons rétabli dans sa chère petite maison du Monte Pincio dès le Ier janvier 1643. Ch. Lebrun, jeune mais déjà célèbre, l’accompagna dans ce voyage, à la sollicitation du chancelier Séguier. Ils durent arriver à Rome le 5 novembre 1642'. Rien n’annonce encore qu’il ait renoncé à son séjour en France, dans la lettre par laquelle il envoie à M. de Chantelou ses félicitations de bonne année*.
Mais en France, pendant un court intervalle, de grands événements s’étaient accomplis. Le génie puissant qui avait relevé la monarchie et assuré la gloire de Louis XIII, Richelieu, s’était éteint le 4 décembre 1642. Le roi lui-mêmç avait suivi son ministre dans la tombe à cinq mois d’intervalle, le 14 mai 1643, et M. de Noyers s’était retiré de la cour, ne laissant au Poussin pour appui, à l’ouverture d’un nouveau règne, que la laveur chancelante de M. de Chantelou. Cependant on ne s’aperçoit pas, dans les lettres immédiatement écrites par notre peintre à l’occasion de ces événements, qu’ils aient à l’instant influé sur la résolution qu’il manifesta un peu plus tard de ne pas quitter l’Italie. Il est vrai que, dans la lettre du 9 juin 1643,
1 Le retour «Je M. Poussin à Rome donna lieu à M. Lebrun d'en Taire le vovage avec ce fameux peintre, dont il a toujours ménagé l'amitié avec autant de soin que de fruit ( Mémoires inédits sur lu Vit et les nurrnges des membres de l'Académie royale. — T. I, p. 6 ). ! Lettres, J'1, janvier J0f5.