‹ Le PoussinChapitre 24 sur 155 · ARRIVER A ROM R · texte numérisé non relu

ARRIVER A ROM R

où il fait part à M. de Chantelou des impressions qu’il a reçues à la nouvelle de ces deux morts illustres et de la retraite de son protecteur, quelques mots sur sa maison de Rome révèlent le véritable état de son cœur. « Je vous assure, écrit-il, que dans la commodité de ma petite maison, et dans le peu de repos qu’il a plu à Dieu de me prolonger, je n’ai pu éviter un certain regret qui m’a percé le cœur jusqu’au vif; en sorte que je me suis trouvé ne pouvoir reposer ni jour ni nuit; mais, à la fin, quoi qu’il m’arrive, je me résous de prendre le bien et de supporter le mal » Rien encore n’est décidé dans l’esprit de l’artiste, mais il est facile de saisir, aux accents naïfs de ces paroles, le sentiment qui le domine, celui qui, après quelque temps de réflexion, sera devenu irrévocable. Il parut, il est vrai, un instant décidé au retour en France, comme on peut le voir dans sa lettre de Rome du 23 septembre 1643. « Si M. Remy, écrit-il, vous a dit quelque chose touchant mon retour, il ne s’est pas trompé, car j’irais au bout du monde pour servir monseigneur et pour vous obéir; mais je ne pourrais pas sitôt me résoudre à partir, ma femme étant assez mal disposée, et mon beau-frère Jean ayant été sur le point de perdre la vue, accident dont il n’est pas encore bien guéri. Si je vis jusqu’au printemps qui vient , je me disposerai plus volontiers au voyage; cependant je ne saurais suffisamment re-

1 Lettres, 9 juin 1043.

mercier monseigneur des offres qu’il me va faisant, et de ce qu’il lui plaît de me conserver le logement qui m'a été donné à son instance et par sa bonté1.» Néanmoins il n’est pas difficile, dans celte effusion de reconnaissance et de promesses, de saisir les réserves de l’homme qui voudrait bien ne p£» se déranger; la santé de sa femme, celle de son beaufrère, sa vie propre, dont il n’est pas sur pour le printemps suivant, que d'aveux timides échappés à l’instinct de l'homme qui veut rester où il est I Le jour de la résolution se leva bientôt, et le 5 octobre 1643, Poussin, mettant un terme à l’incertitude de ses amis, écrivait à M. de Chantelou : « Si M. Remy vous a dit quelque chose de mon retour, ce que je lui en ai pu dire n’a été que pour amuser ceux qui font l'amour à ma maison du jardin des Tuileries; car, mon cher maître, à vous dire la vérité, monseigneur étant absent de la cour, je ne saurais, pour quoi que ce fût, penser à retourner en France; et, néanmoins que ce pays soit assez menacé de quelque délourbier *, je ne saurais penser à en sortir ; ne savez-vous pas bien que quand les maux nous doivent arriver, ils nous trouvent partout*. »

1 Lettres.

5 Délourbier (de disturbare) est un vieux mot qui veut dire embarras, obstacle, etc. Poussin fait allusion ici il l’bostililé de la Toscane, de Venise et de Modène contre Rome et aux suites qu’avait déjà la mauvaise administration d’Urbain VIII.

s Lettres.

Page 1