LETTRES A M. DE CHANTELOU
pour cet effet, je ne m’engagerai avec personne, afin de demeurer tout entier votre très-humble et très-affectionné serviteur \ »
Tels furent les adieux du Poussin à ses amis de France. Le commerce de lettres qu’il entretint avec M. de Chantelou dura jusqu’à sa mort, moins fréquent d’année en année. Il prit soin , dans cet intervalle, de quelques intérêts français, toujours en rapport avec la peinture; mais ses travaux personnels furent nécessairement l’objet de sa sollicitude exclusive. Nous suivrons désormais ses destinées à Rome, qu’il ne quittera plus, où il assurera une si glorieuse place au génie de la France; histoire simple et calme, sans événements imprévus comme sans graves émotions, et qui n’est guère que celle des inspirations de son génie.
La mort de Louis XIII et celle de son ministre, sans frapper le Poussin d’une affliction exagérée, l’avaient disposé à la tristesse, comme on le voit par les regrets qu’il témoigne. L’altération de sa santé et de celle de sa femme aggrava cette disposition. Il s’y joignit encore sans doute quelque autre cause. Mais ce que le Poussin ne disait à personne, ce que peut-être il ne s’avouait pas à lui-même, c’est que la fréquentation de la cour, ses intrigues, la guerre perpétuelle à soutenir contre des adversaires peu scrupuleux sur les moyens de parvenir, avaient été un malaise de tous les instants dont il sentait encore
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la fatigue. De plus, quoique son esprit sérieux et réfléchi ne vît dans les choses que ce qu’elles portent en elles-mêmes, ne cherchât dans l’exercice de la peinture ni l’éclat du luxe ni celui des honneurs, et ne demandât à cet art que la modeste aisance qui lui permettait de se vouer tout entier à son culte, il restait attaché à ses plans d’ornementation de la galerie du Louvre, et se prenait à craindre qu’ils ne fussent remplacés par l’œuvre d’un autre. Aussi, malgré ces souvenirs un peu tristes, malgré sa répugnance à revenir en France, on voit le Poussin encore occupé du Louvre, se félicitant de l’assurance que lui donne Remy Vuibert ', son ami, que les travaux commencés continueront, dessinant des cartons pour l’ornement de la galerie, et traitant, dans sa correspondance, tous les détails qui se rapportaient à ce sujet1 2; œuvre du reste qui fut bientôt abandonnée.
Cette tristesse et ce découragement du Poussin ne furent pas de longue durée, et il est vrai qu’il les prenait assez gaiement : « La vieillesse, disait-il, est désirée comme le mariage; et puis, quand on y est arrivé, il en déplaît. Je ne laisse pas pourtant de vivre allègre le plus que je peux 3; » mais à cette disposition d’une sage philosophie 6e joignit , vers le mois de décembre, une amélioration dans sesaffaires, et probablement aussi dans sa sauté. « Quant à moi,
1 Remy Vuibert était peintre, et élève de Vouët.
1 Lettres, 9 juin 1643.
* Lettres , 5 octobre 1643.