PROJET D’UNE ÉCOLE EN FRANCE
leur, encore qu’il n’y eût rien d’officiel dans une mission dont les circonstances l'investissaient naturellement, et que l’institution qui consacra plus tard cette présence d’artistes français à Rome, n’ait pris naissance que l’année qui suivit sa mort \
Nous apprenons de Baldinucci , dans la vie de François Duquesnoy, qu’à l’époque où le Poussin arriva en France, Louis XIII venait d’obtenir du statuaire flamand la promesse de s’établir à Paris pour y ouvrir, sous la protection et aux frais du prince, une école de sculpture, dans laquelle la munificence royale promettait d’entretenir douze élèves *. Ce projet, qui honore Louis XIII et ses ministres, montre que Louis XIV ne fit que suivre, avec plus de bonheur et de ressources, les traditions de sa famille. Il ne fut point réalisé, par suite d’un accès de folie, et d’une maladie qui retint quelque temps Duquesnoy au lit. Un semblable plan pour l’enseignement de la peinture était arrêté avec le Poussin, qui en avait remis l’exécution à l’époque à laquelle, revenu de Rome où il allait chercher sa femme, il se serait définitivement fixé à Paris. Le lecteur sait ce que devinrent ces projets,
1 L’établissement de l’école française à Rome est de 1666. Le Poussin était mort le 19 novembre 1663.
1 Les lettres de M. De Noyers confirment ce fait et ajoutent qu’en même temps Louis XIII appelait en France l'Algarde et Pietre de Cortone, qu’il appelle, avec Poussin et Duquesnoy, la troupe des vertueux. Le Poussin seul répondit à cet appel, encore ce ne fut, ' comme nous l'avons vu, que pour moins de deux ans. (Lettres inédites.)
non moins glorieux pour Louis XII!, que le choix même des hommes qu’il voulut charger de les exécuter. L’école projetée de peinture avait donc suivi le sort de celle de sculpture, et ces deux généreuses conceptions n’avaient pas même atteint un commencement d’exécution. Il était réservé à Louis XIV, sous l’inspiration de Lebrun, de leur donner à Rome même l’existence qu’elles ont conservée jusqu’à ce jour.
Les accidents qui rendirent passagèrement impuissantes les favorables dispositions de Louis XIII furent heureux. Ces deux écoles une fois établies, on leur eût donné en France tous les développements qu’elles comportaient, et l’idée ne serait peut-être pas venue de les transporter à Rome, où elles furent plus utilement placées. La simple observation des faits montrait dès lors que l’instinct divinateur des artistes les poussait vers la ville éternelle; mais ce séjour à Rome ne pouvait être que le complément d’études déjà commencées. L’École de peinture, depuis École des beaux-arts, en France, fut la préparation à celle de Rome, et compléta cet ensemble merveilleux de moyens de se perfectionner offerts à la jeunesse éprise de cette noble culture.
La sculpture et la peinture n’ont, dans les temps modernes, fleuri nulle part plus tôt qu’en Italie. La Flandre et l’Allemagne, où l’on cite quelques noms d’artistes dès le dixième siècle, ne comptent néanmoins aucun peintre célèbre, contemporain de