‹ Le PoussinChapitre 32 sur 155 · PEINTRES FRANÇAIS A ROME · texte numérisé non relu

PEINTRES FRANÇAIS A ROME

tions. Jacques Blanchard et Simon Vouët s’étaient empressés de suivre cet exemple, et, de retour en France, avaient montré dans leurs œuvres tout ce qu’ils avaient gagné à leur séjour en Italie, et à l’élude qu’ils avaient faite de tant de chefs-d’œuvre. Le premier était resté dix-huit mois à Rome, et quelque temps à Venise; le second demeurait depuis quatorze, ans en Italie; il était prince de l’académie de Saint-Luc, lorsque Louis XIII le rappela en France en 1 62T. La même impulsion y avait conduit le Poussin, et nous avons vu comment ce ne fut qu’après deux tentatives infructueuses, qu’il y arriva enfin en 1 624. Il y apportait des dispositions plus sérieuses que Blanchard et Vouët : le premier s’était abandonné aux séductions de la couleur du Titien, et le second laissait affaiblir ses précieuses facultés et les résultats de ses études par une facilité de pratique qui dégénérait en négligence. Le Poussin, au contraire, étaitdestiné à recueillir à Rome tout ce que d’innombrables chefs-d’œuvre présenteraient à son esprit judicieux, et à ajouter son cachet particulier aux riches traditions de tant de sublimes génies. Vouët et Blanchard y avaient, l’un trouvé la gloire, l’autre puisé d’utiles leçons. Us étaient venus tous deux triompher, dans leur patrie, de leurs succès et de leurs talents. Le Poussin devait au contraire s’identifier avec le génie romain et rtégliger, pour la ville éternelle, la France et avec elle la faveur de Louis XIII, celle de Richelieu, et celle qui l’eût sans doute accueilli à la

cour de Louis XIV. Mais sous l’influence d’un semblable représentant, le génie français, infiltré dans les traditions italiennes, allait créer une école nouvelle, dont la destinée semble avoir été de transporter de Rome à la France le sceptre de la peinture contemporaine.

Lebrun, qui à Rome avait profité des conseils et reçu les encouragements du Poussin, savait quelle heureuse influence il avait exercée sur les jeunes peintres réunis dans cette ville. Nul doute qu’il n’ait puisé dans ces circonstances l’idée d’une école française à Rome, placée sous la direction d’un artiste éminent envoyé par la France. En cela il voulut assurer une succession officielle à l’œuvre de dévouement et de bienveillance qu’il avait vu poursuivre par le Poussin. Aussi attendit-il la mort de celui-ci pour proposer à Louis XIV et obtenir de lui l’établissement d’une si féconde institution. Nous ne tarderons pas à présenter le Poussin groupant autour de lui ses jeunes compatriotes par sa supériorité seule; mais auparavant nous allons appeler l’attention du lecteur sur la grande œuvre de sa vie, sur les deux suites des Sept Sacrements.

Le» deux suites des Sept Sacrements. — Suite del Porzo. — Suite Cbantclou. — Scarron. — Le Baptême. — La Confirmation. — La Pénitence. — L'Eucharistie. — L’Ordre. — Le Mariage. — L’Extrêmeonction. — Le Testament d’Eudamidas. — La Passion de J. C.

Il y a dans la vie du Poussin une œuvre principale, autour de laquelle se rangent en quelque sorte ses plus sérieuses compositions. Interprète le plus souvent de l’Ancien et du Nouveau Testament, dont le premier annonce les merveilles du second, il s’est élevé dans cette conception à la plus haute expression de la foi chrétienne et des secours divins qui lui correspondent. 11 a laissé à l’admiration de la postérité deux séries de compositions, ayant pour objet les Sept Sacrements, sans compter un certain nombre de tableaux dans lesquels il a traité à part les mêmes sujets. De ces deux collections, la première en date fut commencée et achevée pour le commandeur Cassiano del Pozzo, l’un des plus anciens, et avec M. de Chantelou, le plus fidèle des protecteurs du Poussin. Les tableaux qui composent cet ensemble furent exécutés en différents temps, mais tous vers les der-

nières années du premier séjour à Rome; celui qui représente le Baptême ne fut achevé qfu’à Paris en 1642, par suite des lenteurs qu’apportèrent à son exécution les nombreux travaux du Poussin. A la mort du commandeur del Pozzo, ils passèrent par héritage dans la galerie du marquis Bocca Paduli à Rome, où ils furent achetés pour celle du duc de Rutland en Angleterre. Ils sont plus petits que ceux de la seconde collection, et les figures n’ont que deux palmes de haut. L’un d’eux malheureusement a été brûlé.

La seconde collection fut exécutée à Rome, pour M. de Chantelou, lorsque le Poussin eut quitté la France, et pendant les années dont nous avons raconté l’histoire dans le chapitre précédent. Devenue plus tard propriété du duc d'Orléans, elle passa ensuite en Angleterre dans la galerie du comte de Stafford, dite galerie de Bridgewater*. Le Poussin commença cette œuvre en 1644, un peu plus d’un an après son retour dans la capitale des beauxarts. Le projet en avait été formé à Paris, où M. de Chantelou venait de voir achever le tableau du Baptême. Se souvenant d’avoir vu à Rome ceux

• « La galerie Rridgewater est ainsi appelée du nom de son fondateur le duc de Bridgewater, qui la forma au milieu du dixhuitième siècle, et la légua à son frère le marquis de Stafford, sous la condition de la transmettre à son second fils lord Francis Égcrton, qui s'appelle aujourd'hui lord EUesmere. Du vivant du marquis de Stafford elle a été en très-grande partie gravée par Ottley, sous le nom de Galerie de Stafford, en 4 vol. in-fol. (Cousin, du Vrai, du Beau, etc. Appendice, p. 479). >

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