LES DEUX SUITES DES SEPT SACREMENTS
que possédait déjà le commandeur del Pozzo, il estima d’un grand prix l’ensemble de ces compositions, et conçut le vif désir que le possesseur et le peintre permissent qu’on en fit des copies. Ce projet, auquel le Poussin ne paraît pas avoir été d’abord favorable, n’eut pas de suite à cette époque. Sans doute les fatigantes préoccupations que lui donnèrent, ainsi qu’à M. de Chantelou, les grands travaux qui s’exécutaient au Louvre en furent la cause principale. Aussi lorsque notre peintre, rendu à ses modestes et studieuses habitudes, retrouva à Rome la régularité dans le travail et le loisir pour la réflexion, M. de Chantelou le sollicita de nouveau de faire exécuter, sous ses yeux cette fois, les copies qu’il tenait si fort à avoir dans sa galerie. Cette concession devait être désormais d’autant plus facile à obtenir que des relations amicales s’étaient établies entre le commandeur del Pozzo et M. de Chantelou pendant le récent séjour de ce dernier à Rome. Le cœur reconnaissant du Poussin croyait n’avoir rien à refuser à ce protecteur et à cet ami, et il fut un instant presque convenu qu’il se chargerait de reproduire lui-mème ces tableaux tant désirés. Cependant il lui répugnait de se copier et de suspendre, dans le devoir d’une imitation fidèle, le progrès que le temps et la réflexion avaient fait faire à sa pensée revenant sur des sujets déjà étudiés, mais non encore complètement approfondis.
Aussi fut-il d’abord question de confier ces copies à Errard, au Napolitain Chiéco et à Claude
Lerieux. La promesse des deux derniers artistes était obtenue , et ils allaient se mettre k l’ouvrage, lorsque de nouvelles réflexions vinrent arrêter le Poussin, peu satisfait de laisser transmettre à la postérité une traduction de son œuvre à laquelle il n’eût pas mis la main. Il revint donc k sa première idée d’exécuter lui-même ces tableaux, mais les mêmes réflexions l’éloignèrent encore une fois d’une copie servile. Il proposa alors à M. de Chantelou de traiter pour lui les mêmes sujets, mais sans s’astreindre k l’imitation rigoureuse de ses premières compositions. « Pensant en moi-même, lui écrit-il le 1 2 janvier 1 644, j’ai cru faire bien, et pour mon honneur et pour votre contentement, de vous prévenir que, demeurant ici, je souhaiterais être moi-même le copiste des tableaux qui sont chez M. le commandeur del Pozzo, soit de tous les sept, soit d’une partie, ou bien encore d’en faire de nouveaux d’une autre disposition. Je vous assure, monsieur, qu’ils vaudront mieux que des copies, ne coûteront guère plus, et ne tarderont pas plus à être faits'. » M. de Chantelou n’eut garde de refuser cette offre : elle lui promettait une collection qui ne serait probablement pas inférieure à celle du commandeur, et nous voyons par la réponse suivante du Poussin que son consentement ne se fit pas attendre. « Monsieur, j’ai reçu en même temps deux de vos très-chères lettres. Par
1 Lettres.