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LES DEUX SUITES DES SEPT SACREMENTS

l’une et l’autre vous me montrez que la proposition que je vous ai faite touchant les Sept Sacrements vous a été agréable; aussi vais-je me préparer à vous servir, et, laissant à part les autres choses que j’avais pensé de vous faire, je m’occuperai uniquement de celles-ci, et avec d’autant plus de soin et de plaisir que vous voulez bien vous en remettre entièrement à moi pour ce qui concerne la disposition des sujets, la grandeur des figures et toutes les autres particularités.

« Si je suis si heureux que d’avoir la santé à l’avenir, telle seulement comme je l’ai maintenant, néanmoins que la fatigue soit longue, j’espère les avoir bientôt faites '. » A ce moment il pensait déjà à un autre tableau que M. de Chantelou lui demandait. A un mois de date, il lui écrivait : « Je ne tarderai guère à commencer le tableau que vous me commandez que je fasse, et ce sera des meilleurs pinceaux que j’aie, vous assurant bien que toutes les forces me manqueront s’il n’est le meilleur de tous ceux qui sont sortis de mes mains9. » Mais l’invitation de s’occuper à nouveau des sacrements fit négliger cette composition.

Poussin se mit en effet à l’ouvrage, et dès le milieu d’avril suivant il annonce déjà à M. de Chantelou l’ébauche du premier tableau qui avait pour sujet le sacrement de Y Extrême -onction,

1 Lettres, 17 mars 1644.

* Lettres, 25 février 1644.

« sujet digne d’Apelles, dit-il dans sa lettre, car il se plaisait fort à représenter des mourants1. » Le tableau de la Pénitence suivit, la Confirmation vint après; mais ces deux derniers n’étaient pas encore achevés que déjà celui de Y Extrême-onction voyageait vers la France, annoncé à M. de Chantelou par une lettre1 dans laquelle le Poussin lui disait : « Sans mentir, je me console de quelque manière de ce que vous recevrez l’extrême-onction sans être malade. » Le Baptême, commencé plus tard que la Pénitence, nous est donné cependant comme ayant été terminé avant et envoyé dès janvier 1647 ; mais il fut sur le point de se perdre par suite du meurtre commis entre Suze et Pise sur le courrier qui le portait. La cause qui força le Poussin à ne mettre que plus tard la dernière main au sacrement de Pénitence vient sans doute du dessein qu’il avait formé, et qu'il annonce lui-même, d’y représenter un triclinium lunaire3 que les anciens appelaient sigma, comportant une grande variété de figures, de poses, de costumes, etc. En effet, dans ce tableau, le lieu de la scène, le sujet principal et les accessoires sont, comme nous le verrons plus tard, d’une grande richesse, et par suite d’une exécution compliquée. Cette savante composition fut enfin envoyée à M. de Chantelou au commencement de juin 1647, mais ne

’ Lettres, 25 avril 1644.

* Lettres, 19 novembre 1644.

s A cause de sa forme demi-circulaire. Voir le Trésor de Henri Étienne, au mot ïi^.na.

SUITE CHÀNTELOU.

le rejoignit pas immédiatement à cause de son absence, et semble ne l’avoir pas complètement satisfait.

Un peu plus de trois ans s’étaient écoulés depuis qu’il avait commencé cette nouvelle série de sacrements; il fallut encore au peintre jusqu’au mois de mars 1648 pour terminer les trois derniers qui se succédèrent de la manière suivante : l’Ordre, l’Eucharislie, le Mariage. En tout, le Poussin mit quatre ans à composer et à exécuter cette suite de sept tableaux d’une dimension médiocre. Et comme il répète souvent lui-même qu’il renonce à toute autre pratique, tant qu’il n’aura pas terminé ces sacrements, pour satisfaire M. de Ghantelou, comme ou sait d’ailleurs qu’il ne fit pendant ces quatre années que très-peu de chose en dehors de l’exécution de cette œuvre capitale, ceux qui n’admirent dans un peintre que la facilité d’exécution, ou du moins à qui cette rapidité plaît avant tout, concevront par là du Poussin une opinion moins grande que celle qu’il est juste de se faire de cet homme supérieur. Mais l’examen auquel nous nous livrerons plus tard de cette suite de tableaux célèbres, en les comparant à «eux qu’il avait déjà exécutés pour le commandeur del Pozzo, réduira, nous l’espérons, à leur juste valeur, les sentences Inconsidérées de critiques irréfléchis. En attendant, nous le laisserons faire allusion lui-même aux jugements peu favorables que quelques-uns de ses contemporains semblaient disposés à porter à son

égard : « La grande quantité de maladies, dit-il à M. deChantelou eu date du 20 août 1 645', et la mortalité qui court a fait que je n’ai pensé à autre chose que me conserver la santé; c’est pourquoi si je peux finir votre tableau de la Confirmation et vous l’envoyer pour la fin de l’année, je croirai avoir fait beaucoup. Il contient vingt-quatre figures quasi toutes entières, sans l’architecture de derrière, de manière qu’il ne faut pas moins de cinq ou six mois pour le bien finir. De plus, monsieur, si vous le considérez, ce ne sont pas des choses que l’on peut faire en sifflant, comme vos peintres de Paris, qui, en se jouant, font des tableaux en vingtquatre heures. Il me semble que je fais beaucoup quand je lais une tète en un jour, pourvu qu’elle fasse son effet. Je vous supplie de mettre l'impatience française à part; car si j’avais autant de hâte comme ceux qui me pressent, je ne ferais rien de bien. » La leçon est bonne en tout temps; elle reçoit ici une plus grande autorité des vertus et du génie de l'homme qui s’attribue avec raison le droit de la donner.

Afin de s’assurer le loisir nécessaire pour exécuter cette grande œuvre avec tout «le soin qu’elle méritait, le Poussin n’avait voulu s’engager envers aucune» des personnes qui lui témoignaient avec instance le désir d’occuper ses pinceaux. Il n’exécuta donc, pendant ces quatre ans, d’étranger au»

1 Lettres.

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