SUITE CHANTELOU
Sept Sacrements, qu’une Mort du Christ, pour laquelle il avait été sollicité par M. de Thon à une époque où rien n’était encore arrêté sur les copies des tableaux du commandeur. Peut-être se donnat-il aussi le loisir de faire un tableau, dont le sujet nous est resté inconnu, pour l’évêque de Constance, passionné depuis très- longtemps d’avoir quelque chose de lui'. M. de Chantelou, frère aîné de son protecteur, lui avait demandé un Iiaptème de saint Jean, d’une petite dimension. Quoique le Poussin fût autorisé par le frère puîné à prendre sur le travail des tableaux qui lui étaient destinés le temps indispensable pour satisfaire à cette demande, fidèle à la promesse qu’il avait faite, il ne s’y appliqua que lorsqu’il eut achevé les Sept Sacrements a. Enfin, à la considération de M. de Chantelou luimême, il avait promis à M. Delisle, son ancien ami, un Passage de la mer Rouge, dont l’exécution ne fut certainement pas commencée avant celle du Baptême de saint Jean, vers le milieu de l’année 1648. En cela il donna l’exemple de ce que doit être le peintre, le peintre d’un véritable, sincère et profond génie; car ce ne fut pas le temps matériellement nécessaire à l’exécution qui lui manqua pour s’acquitter de sa promesse et terminer cette œuvre peu considérable; mais, tout entier à l’élaboration d’un sujet, il ne laissait que rarement à
1 Lettres, i4 mai 1644.
* Lettres, <7 août 1647.
sa pensée la liberté d’en aborder un autre en même temps, et son horreur pour le désordre ne lui permettait pas de mêler ensemble des objets divers dans une méditation nécessairement confuse. Il n’exécuta donc ce Baptême de saint Jean qu’après avoir adressé en France le dernier des sept Sacrements, le Sacrement de Mariage, « celui, écrivaitil à M. de Chantelou, que vous devez affectionner le moins', » faisant allusion peut-être à ce que ce seigneur n’était pas encore marié.
Parmi les personnes qui témoignaient alors au Poussin le désir d’obtenir un tableau de sa main et qui insistaient sur ce vœu, nous trouvons un écrivain célèbre à plusieurs titres, mais à aucun de ceux qui pourraient nous aider à comprendre par quel côté de ses dispositions intellectuelles et de ses sentiments il put sympathiser avec les sérieuses pensées et la sévérité de goût de ce grand artiste. Cet homme estScarron. Ami et compatriote de M. de Chantelou, il n’avait pu manquer d’entendre parler souvent du Poussin et de voir quelques tableaux de lui, des meilleurs certainement entre ceux qui le faisaient admirer depuis longtemps. D’ailleurs il avait lui-même cultivé la peinture dans sa jeunesse et connu le Poussin à Rome en 1634. Soit qu’un sentiment de vanité lui inspirât l’envie de se donner l’importance d’un protecteur des arts, soit plutôt que, sous cette bizarre enveloppe et au
1 Lettres, 24 novembre 4047.