‹ Le PoussinChapitre 38 sur 155 · JUGEMENT DE M. DE CHAMBRAT. U · texte numérisé non relu

JUGEMENT DE M. DE CHAMBRAT. U

et qu’il se plaît à faire remarquer dans chacune les détails nouveaux qu’il y a introduits. Cela ressort de nombreux passages de sa correspondance qu’il serait trop long de citer, et difficile d’introduire sans inconvénient dans un récit. Nous ne saurions cependant trop engager les admirateurs de ce peintre à s’assurer eux- mômes, par la lecture de ces lettres, de l’opinion qu’il avait conçue de ses propres tableaux, car quelques-uns de ses amis semblent lui avoir fait défaut en cette occasion. Il est singulier, en effet, de trouver sur cet objet le frère même du possesseur de la dernière collection, M. de Chambray, d’un avis contraire à celui du Poussin. Voici le jugement par lequel il répond à ceux qui posaient la question de supériorité entre l’une et l’autre suite : « On demande si les Sept Sacrements de Rome sont plus beaux que ceux du Palais-Royal'. Celte question est trop vague pour qu’on y puisse répondre; ces compositions sublimes ont des variétés, des avantages et de légères imperfections qui se balancent mutuellement. On reproche à ceux de Rome leur coloris défectueux et la dureté de l’exécution; mais par la délicatesse de la conception et la beauté de l’expression, ils compensent ce qu’ils perdent sous d’autres rapports, lorsqu’on les compare à ceux de France2. »

> La collection de M. de Chantelou passa après sa mort dans la galerie du duc d’Orléans. M. de Chambray, qui survécut à son frère, avait pu la voir changer de possesseur.

* Cité par Maria Graham.

Nous ne saurions souscrire à ce jugement. Ne pouvant comparer ensemble, sous le rapport de la couleur et de l’exécution, des collections que nous n'avons point sous les yeux, et qui ne sont plus connues en France que par les gravures qui les ont reproduites, il est téméraire peut-être d’adopter une opinion contraire à celle d’un témoin qui a pu juger en présence même des tableaux, et qui paraît avoir pour lui l'assentiment de la judicieuse Anglaise à laquelle il a été facile de visiter souvent les collections du comte de Rutland et de lord Stafford- Il nous a donc fallu suivre une autre voie. Nous avons choisi dans la galerie du Louvre quelques tableaux du Poussin ; nous les avons choisis parmi les œuvres contemporaines de chacune des époques où furent exécutées les deux collections des Sept Sacrements, d’un côté la Peste des Philistins (1630) par exemple, et le tableau de la Manne (1639); de l’autre, le Ravissement de saint Paul (1650). Quant au coloris et à l’exécution, nous n’avons point trouvé aussi grandes les différences indiquées par M. de Chambray; des artistes, dans le jugement desquels nous avons confiance, ont confirmé nos observations par les leurs. Or il serait singulier que le Poussin eût adopté, dans l’exécution des Sept Sacrements destinés au commandeur del Pozzo, une manière de peindre plus dure que celle qu’il mit en pratique à la même époque dans toutes les autres productions de son pinceau. On est, il est vrai, d’accord sur la supériorité de la manière du Poussin après son re-

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toui* à Rome, mais cette opinion justifie notre préférence. Les reproches exagérés auxquels semble se rallier M. de Cliambray, sur l’exécution des Sept premiers Sacrements, nous paraissent d’ailleurs d’autant moins à considérer que le jugement qu’il porte de la composition et de l’expression est à notre sens entièrement faux. Si nous avons plus de confiance dans celui que nous lui opposons, c’est que nous pouvons juger directement de l’expression et de l’ordonnance générale par les copies que la gravure en a multipliées avec succès dans toutes les dimensions. Nous allons tenter de démontrer pour chaque sacrement, par la comparaison attentive des compositions correspondantes des deux suites, la supériorité de la collection de M. de Chantelou sur celle qui fut exécutée la première '.

Parmi les Sept Sacrements, tous ne sont pas également de nature à fournir, dans les circonstances de leur institution, un sujet favorable à la peinture, plusieurs même se refusent à toute représentation. Les textes sur lesquels repose l’établissement du Sacrement de Confirmation sont épars, et il n’y a pas dans la vie de J.-C. un jour et une heure, où il ait le premier administré ce sacrement, comme il l'a fait

* Ce livre étant destiné surtout à des lecteurs français, nous avons pris de préférence nos exemples paimi les tableaux de la galerie du Louvre. t|u’il leur est plus facile d’aborder que les galeries étrangères. Le cabinet des estampes de la Bibliothèque iiflpériale possède toutes les gravures de l'œuvre du Poussin, et en particulier les deux suites des Sept Sacrements, dans un trèsgrand format, dues au burin de l’esne.

pour l’Eucharistie ou pour l'Ordre. Moins encore trouverait-on les éléments d’un tableau représentant l'Extrême-onction dans le verset de l’épître où saint Jacques* rappelle l’usage consacré, dès les temps apostoliques, de faire sur les malades des onctions au nom du Seigneur. Il en est de même du Mariage, institué, selon l’opinion la mieux fondée, par la présence de J.-C. aux noces de Cana. Si le peintre se fût arrêté au choix de cette circonstance, le caractère sacramentel ne se fût pas facilement distingué, malgré les efforts de l’artiste, au milieu de la joie tumultueuse du repas qui eût dû faire comme le cadre principal de cette scène. Le Poussin préféra avec raison, pour ce sacrement comme pour la Confirmation et l'Extrême-onction, emprunter au cérémonial de l’Église, dans l’administration de chacun d’eux, les motifs principaux de ses compositions. 11 se réserva d’en représenter l’institution pour les sacrements du Baptême, de l’Eucharistie, de la Pénitence et de l’Ordre. Seulement nous devons faire remarquer qu’il en eût été de l’institution du Baptême comme de celle de la Confirmation et de l’Extrême-onction, si l’artiste s’en fût tenu aux paroles du fondateur. 11 aima mieux, dans cette dernière circonstance, s’arrêter à la représentation du Seigneur baptisé par saint Jean, baptême différent de celui que J.-C. recommande à ses apôtres d’aller donner aux nations, que de reproduire en ce point

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