SA VIE
Enfance. — Premières études. — Premiers travaux. — Un an aux Andelys. — Florence et Lyon. — Premiers succès. — Le cavalier Marin.
Le père du peintre célèbre dont nous allons raconter la vie, Jean Poussin, issu d’une famille noble de Picardie, originaire de Soissons, habita cette province jusqu’à la fin du seizième siècle. La fortune de ses parents avait souffert des troubles qui agitèrent les règnes de Charles IX et de Henri III, pour la défense desquels ils avaient porté les armes. Jean Poussin lui-même avait suivi le parti du roi de Navarre, et servi dans le régiment de Tavannes, avec un de ses oncles qui y était capitaine; mais après le siège de Vernon, en 1 593, vers le temps de l’entrée de Henri IV à Paris, il arrêta sa course errante aux Andelys en Normandie, et y épousa
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Marie Delaisemeni, veuve d’un procureur de cette ville nommé Lemoine.
Ce fut de ce mariage que naquit dans le cours du mois de juin 1594, à Villers, hameau peu éloigné du grand Andely, de la paroisse duquel il dépend, Nicolas Poussin, qui devait laisser à la postérité un nom justement célèbre, et une des gloires les plus pures qui aient couronné le souvenir d’un artiste; on voit encore dans la commune un clos connu sous le nom de clos Poussin *.
Dès son enfance, ses parents le destinèrent à l’étude des lettres, et il trouva dans ces leçons l’oc'casion de montrer les dispositions heureuses qu’il avait reçues du ciel; mais d’autres facultés partageaient son attention. Quoique la culture historique et littéraire que révèlent les compositions du Poussin et le caractère réfléchi de son talent, quoique ses lettres fassent assez connaître que ces premières études ne furent pas sans fruit; néanmoins, lorsque obéissant aux ordres paternels, il suivait les classes prescrites, son application était souvent distraite de l’enseignement qu’il recevait du maître, par l’impérieux instinct qui le poussait à charger les murs de l’école et les pages
1 Les actes do mois de juin 1594 manquent dans les registres civils-religieux de U paroisse. On a d'ailleurs des pièces authentiques attestant l'existence, aux Andely s, de jean Poussin et de Marie Delaisement, sa femme, ainsi que du jeune Nicolas Poussin dans les premières années du dix-septième siècle. (Voir note A à la fin de la vie du Poussin.)