‹ Le PoussinChapitre 43 sur 155 · L'ORDRE · texte numérisé non relu

L'ORDRE

symbolique, est une création qui n’appartient qu’à la seconde collection. Dans la première, saint Jean, selon le texte de l’Écriture, repose sur le sein de Jésus-Christ. Cette circonstance, dont la peinture pouvait difficilement tirer un heureux parti, a été négligée avec raison par le Poussin dans la composition de 1647, c’est là une preuve du progrès de son goût.

Le Sacrement de l'Ordre, ou le pouvoir des clefs donné à saint Pierre par Jésus-Christ , avait déjà exercé le pinceau du Poussin avant qu’il eût entrepris l’une ou l’autre des deux collections qui nous occupent. Mais il avait eu , dans son premier essai, à se prendre à un maître devant lequel il s’inclinait avec respect. Parmi les cartons exécutés par Raphaël pour les tapisseries destinées à la décoration du Vatican, s’en trouve un qui a pour sujet le don des clefs fait par Jésus-Christ au prince des apôtres. Sur le devant d’un riche paysage, saint Pierre, déjà en possession des clefs mystiques, est à genoux devant le Christ. Celui-ci, debout, en partie nu et couvert d’ailleurs d une simple draperie, porte aux pieds la marque des clous ; il annonce ainsi que le sacrifice est accompli, et que c’est du ciel même qu’il apporte aux apôtres la puissance de lier et de délier. A sa gauche, il montre un troupeau, allusion à ces paroles : Pasce ovcs meas ; de la main droite il indique les clefs déjà aux mains du saint apôtre. Derrière saint Pierre les dix autres (Judas était mort et ne fut remplacé que plus tard),

bien posés et dans des mouvements d’une heureuse diversité, expriment tous l’étonnement qui les frappe à cette apparition inattendue de leur maître.

Dans la première de ses compositions sur ce sujet , composition étrangère aux deux suites des Sacrements, le Poussin, tout en s’inspirant de Raphaël, nous paraît être resté au-dessous de lui. Ni la ligure du Christ, ni celle de saint Pierre, ni enlin les ligures des apôtres n’approchent de celles qui entrent dans la composition due au crayon de Raphaël.

Le Poussin a été plus heureux en traitant le même sujet pour sa première collection des Sacrements. Un y reconnaît encore la pose du Christ et les disciples à genoux de la composition précédente; mais les groupes sont déjà plus distincts, mieux conçus, les atlitudes et les expressions plus variées, le paysage plus riche et plus grand; néanmoins, malgré ces améliorations, nous sommes forcés de conserver la supériorité au carton de Raphaël.

Il n’en est pas ainsi du Sacrement de l'Ordre de la seconde collection. Le paysage est le même, il est vrai, que celui de la collection del Pozzo, mais la composition nous paraît bien supérieure. Le Sauveur est placé de face au milieu, une clef dans chaque main. De celle qu’il tient à droite, il montre le ciel, la clef à gauche, inclinée vers la terre, désigne ce que la langue de l’Église a appelé l’enfer [iti/'cnnm). Saint Pierre, a genoux devant lui, tend la main et semble répéter les paroles sacramen-

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