‹ Le PoussinChapitre 44 sur 155 · L’ORDRE · texte numérisé non relu

L’ORDRE

telles; des deux côtés les disciples diversement groupés, dans des attitudes habilement combinées, drapés avec ampleur, lèvent la plupart les yeux, comme pour remercier le ciel de l’établissement de ce sacerdoce, qui va porter la bonne nouvelle par toute la terre. A cette scène, qui se passa pendant la vie du Sauveur, le Poussin n’a point mêlé l’allusion au Pasce oves meas qui suivit sa résurrection ; aussi a-t-il dû introduire les douze apôtres dans son tableau, Judas faisant encore en ce moment partie de la réunion. Cette composition nous paraît au-dessus du carton de Raphaël : l’ensemble est plus solennel, les poses plus grandes, les expressions plus particulièrement en harmonie avec le sujet. La supériorité, tant dans les détails qu’au point de vue de la profondeur de réflexion, appartient ici au Poussin.

Le Mariage. — Le Poussin disait , assure-t-on , que rien n’est plus difficile à faire qu’un mariage, même en peinture. Néanmoins la difficulté lui parut moins grande plus tard, et, dans une lettre 1 en date du 24 novembre 1 647, il se montre rassuré et espère que le tableau auquel il met la main ne sera pas inférieur à celui des six qui plaît le plus à M. de Chantelou. Devons-nous penser que cette tâche est restée au-dessus de ses forces? Ou la difficulté du sujet tient-elle à une stérilité que le génie, même le plus fécond, ne saurait conjurer? Nous sommes dis-

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posés à admettre ce dernier motif. Le mariage, malgré sa gravité, est entouré, dans nos habitudes, d’idées de fête et d’allusions voluptueuses qui ne permettent pas de l’élever, même dans la cérémonie religieuse, à la hauteur de l’Eucharistie ou de l’Extrème-Onction.

Les peintres de genre trouveront toujours pour y réussir, dans les mille accidents de nos mœurs vulgaires, plus de ressources que la sévérité du lien conjugal, considéré en lui-mème, n’en offre à la peinture sérieuse.

Dans sa première composition, le Poussin a fait ressortir davantage l’élément religieux, soit par la simplicité de l’architecture, soit par le costume épiscopal que porte le ministre de la religion, soit enfin par la présence du Saint-Esprit au-dessus des époux. Le titre de Maria desponsala Joseph, qu’on trouve sur quelques gravures, ne saurait répondre à la pensée du IJoussin ni dans la première ni dans la seconde composition. Le mariage, considéré comme sacrement, relève de la loi nouvelle, et, quel que soit le respect qui s’attache à l’union des parents de Jésus-Christ, elle n’en appartient pas moins dans sa forme à la loi judaïque. Ni dans l’un ni dans l’autre tableau le célébrant n’a le costume Israélite. Dans celui de la première suite, malgré son caractère religieux, le sentiment qui domine parmi les spectateurs de la cérémonie nuptiale semble être, plus que tout autre, celui de la curiosité; que l’on ajoute à celte expression, de la no-

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