LE MARIAGE
blesse dans les attitudes, une heureuse variété dans les figures et dans les groupes, une belle disposition dans les draperies, on aura l’idée d’une œuvre remarquable sous plus d’un rapport, mais dans laquelle nous ne retrouvons pas cette inspiration supérieure, ces traits inattendus et frappants que nous avons eu occasion de signaler déjà dans les autres Sacrements.
Dans la composition destinée à M. de Chantelou, Poussin s’est plus inspiré do l’esprit de fête qui accompagne ordinairement ces sortes de cérémonies. Le temple orné de guirlandes, laissant apercevoir un riant paysage par ses ouvertures, ressemble moins à une église. Si ce n’était la position agenouillée des deux époux, on pourrait les croire devant un magistrat romain; la draperie du célébrant convient en effet autant à un préteur qu’à un prêtre ou à un évêque. Du reste, les attitudes et les têtes sont supérieures à celles de la première composition, les draperies plus amples, les expressions plus variées, et cependant plus sérieuses témoignent d’un intérêt plus vif porté au fait qui s’accomplit. Quelque chose de plus antique se fait remarquer dans tout le mouvement des figures et dans les ajustements. La tète de la mariée est d’une expression grave et pure, l’ensemble de la figure et du vêtement sont du plus noble effet.
Parmi les différences qui se remarquent entre les deux compositions, est l’introduction dans la seconde de quelques personnages qui , non
loin de la scène principale, expriment des sentiments étrangers à ceux des assistants. La cérémonie du mariage ne s’accomplit guère, sans que plus d’un des spectateurs ne mêlent à l’émotion de la famille et des amis quelque pensée profane ou même peu bienveillante; mais il n’eût pas été d’un goût pur de briser l’unité d’impression que l’art doit produire par l’introduction de passions peu relevées, capables de diversifier un tableau de genre, mais indignes d’un sujet traité avec la sévérité de la peinture historique. Poussin nous paraît néanmoins, dans cette circonstance, avoir gardé une juste mesure, tout en sacrifiant à cette lidélité au vrai. Ces expressions accessoires sont contenues dans de sages limites, et celles des deux vieillards, père et mère de la mariée, graves et louchantes, dominent assez la composition, pour que le groupe que nous venons de signaler se perde dans l’arrière-plan. Sous ce rapport donc, cette seconde composition n’est point inférieure à la première; elle lui est supérieure sous tous les autres. Elle fut accueillie avec ce sentiment. Dans sa lettre du 24 mai 1 648, le Poussin se félicite de la satisfaction éprouvée par M. de Chantelou à la vue de cette conception qui fut exécutée la dernière '.
L’ Extrême - Onction7. Cet acte qui s’accomplit
1 Lettres.
’ L’idée principale de cette composition est prise dans un li.is-reliel' représentant, à ce que l’on croit, la mort de Méléagre.