‹ Le PoussinChapitre 46 sur 155 · L’EXTRÊME-ONCTION · texte numérisé non relu

L’EXTRÊME-ONCTION

tous les jours au nom de la religion pour adoucir, par un secours suprême, les derniers moments du chrétien, ne pouvait manquer d'inspirer au Poussin des compositions dignes de son génie. La première, celle qui fait partie de la collection du commandeur del Pozzo, se compose de treize ou quatorze figures, groupées et mises en rapport avec réflexion et talent. Le sujet principal occupe le devant. Le mourant étendu sur sa couche, le prêtre et deux clercs qui l’assistent, une femme au pied du lit, assise dans l'attitude de la plus profonde douleur, ensemble éclairé de la lumière du cierge tenu par un des acolytes, donnent au sujet l’accent lugubre qu’il comporte. A gauche, derrière les clercs, deux femmes expriment la douleur; une troisième, plus éloignée, tient dans ses bras un enfant, introduit sans doute dans les deux compositions pour y faire contraster les extrémités de la vie humaine ; elle paraît attirée par la curiosité plus que par tout autre sentiment. Au fond, de l’autre côté du lit, un vieillard, le médecin sans doute, et à sa droite une femme, semblent épier sur la figure du moribond l’espoir de la vie, qui pourrait peut-être se réveiller encore; à sa gauche, une autre femme est en prières; à la droite extrême du tableau, une servante et un serviteur. Celui-ci,

H est intéressant de voir quels emprunts lui a faits le Poussin, et de quelle manière il les a développés en harmonie avec son sujet. — Voir l’opinion du Poussin lui-méme sur la seconde Exlrime- Oiictton dans sa lettre du 25 avril 1644.

replaçant sur une table une fiole et en tendant une autre, exprime que tout remède n’est pas encore abandonné. Cette partie de la scène est plus facile à interpréter dans la seconde composition, elle laisse poindre toutefois moins d’espoir encore. Le lieu où se pressent toutes ces douleurs est convenable, modeste, et n’annonce ni la richesse, ni la misère. Les expressions sont justes, les groupes bien conçus, naturellement liés les uns aux autres; le prêtre et ses acolytes largement drapés; la femme assise est posée et vêtue avec toute la noblesse de l’antique.

Devant la simplicité de cette composition ressort davantage la richesse de la seconde; on en saisit mieux en même temps la supériorité, et peut-être en aperçoit- on mieux aussi les défauts. Dans la dernière, le mourant appartient à une classe plus élevée de la société. Le lieu de la scène, la draperie à laquelle s’appuie le lit, l'annoncent, surtout la lance et le bouclier suspendus à la muraille. Les expressions sont en général plus précises, comme elles sont aussi plus variées que dans la première. Le geste du médecin à l’esclave laisse lire plus clairement qu'il n’espère désormais aucun succès des remèdes; la servante appuyée sur la table peint bien le repos du découragement, après des fatigues desquelles il n’y a plus rien à attendre. Derrière la femme qui est au pied du lit et qui, dans sa douleur, montre encore plus de laisser-aller, deux autres femmes sont debout, l’une drapée, la tète cou-

Page 1