‹ Le PoussinChapitre 47 sur 155 · L’EXTRÊME-ONCTION · texte numérisé non relu

L’EXTRÊME-ONCTION

verte et pleurant, l’autre les mains jointes et les yeux levés au ciel. Le prêtre est posé comme le même personnage dans la première composition; il est comme lui noblement drapé, mais il fait l’onction sur une main, au lieu de la faire sur le front, et de cette manière il coupe en un point plus heureux la ligne horizontale du lit, et laisse à découvert la poitrine puissante et la tète caractérisée du mourant. Un seul clerc l’assiste, un genou en terre; la manière dont il est drapé est en harmonie avec le vêtement du prêtre: il tient de la main gauche un livre, et de la droite un cierge qui, éclairant de plus bas, répand la lumière sur cette scène d’une manière analogue à celle que nous remarquons dans la composition destinée au commandeur del Pozzo. Derrière le mourant, une jeune lille, les yeux au ciel, les mains jointes, prie agenouillée; un jeune garçon semble se lever sur la pointe des pieds pour satisfaire sa curiosité; au-dessus de la tête, un frère peut-être ou un lils, une lumière à la main, exprime l’effroi à l’aspect de ces traits dont la vie se retire. Derrière lui, une femme âgée, aïeule et mère sans doute, porte la main à ses yeux voilés par les larmes; une tète d’homme, qui apparaît entre les deux, donne plus de profondeur à l’ensemble.

A ce seul exposé, il est facile de voir quelle réflexion a présidé à cette distribution des ligures, à ce choix des expressions habilement graduées et variées. Toutes sont justes, saisissantes. I/ampleur

de la draperie, qui se développe au delà du lit, forme le fond général du tableau; il est riche, quoique sévère, et offre à la lumière une surface à peu près uniforme où rien ne nuit à la saillie des groupes sur les divers plans qu’ils occupent.

Nous sommes toutefois tenté de ne pas approuver l’expression de curiosité du jeune garçon, et surtout le geste de la mère qui présente à la face du guerrier expirant un enfant qui sourit, et tend les mains à cette figure déjà envahie par la mort. L’enfance ignore, il est vrai, la nécessité de ce redoutable passage, mais il y a, dans le caractère de nos passions ou de nos douleurs, des expressions que repoussent ses instincts, comme il y en a qui les charment. L'enfant, ainsi que l'animal, et avec une égale ignorance, s’éloigne des spectacles funèbres. Ce sourire n’est donc point dans la nature, et y fût-il, il aurait encore ici le tort de rompre l’unité du sentiment, en mêlant un éclair de joie, naïve sans doute, mais déplacée, à l’accent lugubre qui doit exclure de ce tableau tout ce qui n’est pas en harmonie avec la tristesse du sujet. Nul n’a su, mieux que Le Poussin, faire parler un langage précis à la peinture; il n’est donc point surprenant qu’il ait profité de toutes les occasions d'exercer cette précieuse faculté, qu’il les ait même quelquefois multipliées, sans les limiter peut-être toujours par un goût assez sévère. Quel que soit néanmoins le devoir d’impartialité que l’historien ait à remplir, il est facile d’excuser ce grand artiste de cette

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