‹ Le PoussinChapitre 49 sur 155 · LE TESTAMENT D’EUDAMIDAS · texte numérisé non relu

LE TESTAMENT D’EUDAMIDAS

sin de 1636 à 1644 et années suivantes, et l’histoire de l’art est heureuse d’avoir à étudier ces deux précieux ensembles, placés comme de glorieux signes sur la route du plus grand des peintres français.

Il semble que, riche de ces nouveaux trésors, M. de Chantelou eût dû se féliciter d’avoir le premier recueilli les fruits de la supériorité croissante des conceptions du Poussin. Il n’en fut cependant point ainsi. Nous avons déjà eu l’occasion de mentionner la réception défavorable faite en France au tableaudu Baptême pardeshommespeu instruits des vraies conditions de la peinture, ou par des artistes envieux et jaloux, et l’influence que ces jugements exercèrent sur M. deChantelou; Poussin dut se justifier et se plaindre. Uneautrecirconstance vint encore réveiller les regrets inconsidérés de l’ami de notre artiste. M. Pointel, riche banquier de Paris, et qui semble avoir eu un instant l’idée de s’établir à Rome, était aussi ami du Poussin. Il possédait plusieurs de ses tableaux : Rébecca, un Moïse sauvé des eaux, le Paysage du Polyphénie, la Vierge aux dix figures , le Jugement de Salomon, deux paysages, l’Orage et le Temps serein, Notre Seigneur et la Magdeleitie. La vue de la Rébecca et du Moïse sauvé, dans le cabinet de ce riche amateur, excitèrent la jalousie de M. de Chantelou qui, dans une lettre qui doit être du milieu de novembre 1 647, s’en plaignit au Poussin avec une certaine amertume. Le peintre se montra blessé de reproches qu’il ne méritait pas, et ce caractère si plein de douceur et d’amour pour

la paix, trouva de dignes paroles pour répondre aux susceptibilités injustes d’un homme placé dans la hiérarchie sociale en un rang supérieur au sien, et aux plaintes duquel il n’avait pas même donné de prétexte.

« Quant à ce que vous m’écrivez, dit-il, par votre dernière, il est aisé pour moi de repousser le soupçon que vous avez que je vous honore moins que quel- * ques autres personnes, et que j’ai moins d’attachement pour vous que pour elles. S’il en étoit ainsi, pourquoi vous aurois-je préféré, pendant l’espace de cinq ans, à tant de gens de mérite et de qualité, qui ont désiré très-ardemment que je leur lisse quelque chose, et qui m’ont offert leur bourse pour y puiser, tandis que je me eontentois d’un prix si modique de votre part, que je n’ai pas même voulu prendre ce que vous m’avez offert? Pourquoi, après vous avoir envoyé le premier de vos tableaux, composé de seize ou dix-huit ligures seulement, et lorsque je pouvois n’en pas mettre davantage dans les autres, et même en diminuer encore le nombre, pour venir plus tôt à fin d’un si long travail, ai-je, au contraire, enrichi de plus en plus mes sujets, sans penser à aucun intérêt autre que celui de gagner votre bienveillance? Pourquoi ai-je employé tant de temps et fait tant de courses de çà et de là, par chaud et par froid, pour vos autres services particuliers, si ce n’a été pour vous témoigner combien je vous aime et vous honore? Je n’en veux pas dire davantage; il faudrait sortir des ter-

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