‹ Le PoussinChapitre 51 sur 155 · FIERTÉ DU POUSSIN · texte numérisé non relu

FIERTÉ DU POUSSIN

avons fait ressortir les progrès que marque dans l’art de la composition et de l’expression la collection destinée à M. de Chantelou. Rien, dans ce second et supérieur essai, n’a manqué à la glaire de l’artiste, pas même l’envie de ses rivaux, envie moins facile à expliquer, lorsque nous la voyons se réfléchir dans les susceptibilités d’un homme qui fut cependant son admirateur fidèle et sou dévoué protecteur. L’incertitude du goût de ce seigneur et sa vanité de possesseur d’une galerie précieuse en sont les seules excuses.

Il y eut, vers 1 655, un projet de M. de Chantelou d’offrir au commandeur del Pozzo des copies des Sept Sacrements de la seconde suite, à la condition que ce riche amateur lui enverrait à son tour les copies de la première. Cette idée ne fut pas goûtée par ce dernier, et le projet en resta là. C’est Poussin qui nous l’apprend dans une lettre du 23 décembre 1655 ‘ avec des détails intéressants : « Je suis allé saluer de votre part le chevalier del Pozzo, qui a eu grande joie de recevoir de vos nouvelles, et qui vous rend mille baise-mains. Je lui ai fait voir ce que vous m’avez écrit touchant les copies de ses Sept Sacrements sa réponse a été assez froide. Il s’excuse sur ce qu’il ne connaît personne qui les puisse imiter, et même sur ce qu’il n’a pas de lieu commode pour les faire copier : en un mot, il n’en a jamais eu envie, et je sais une personne à laquelle

1 Lettres.

il l’a également refusé. Ce lui serait cependant un avantage d’avoir la copie des vôtres, tant parce qu’ils sont du double plus grands que les siens, que parce que les compositions en sont plus riches et ont, sans parangon, un plus grand style. Mais peut-être craindrait-il que la comparaison ne diminuât le prix des siens, dont il tient véritablement grand compte : en effet, mes ouvrages ont eu cette bonne fortune, d’ètre trouvés clairs par ceux qui les savent goûter comme il faut *. »

On doit au burin de Claudia Stella, nièce du célèbre peintre ami du Poussin, dont elle reproduisit avec talent les compositions, treize estampes représentant un même nombre d’actes de la passion de Jésus-Christ, depuis l’entrée dans Jérusalem jusqu’à la comparution devant Ilérode. Ces gravures, signées Poussin pinxit, sont néanmoins souvent attribuées à son disciple Stella, et les éléments nécessaires pour résoudre définitivement celle question nous font défaut. 11 est vrai que ni Le Poussin dans ses lettres, ni Félibien, ni Bellori, ni les autres

1 L’ordre dans lequel les Sept Sacrements furent envoyés à M. de Chantelou est le suivant, comme nous l’apprenons de la correspondance :

L' Extrême-onction, 51 octobre 1644.

La Confirmation, 12 février 1646.

Le Baptême, janvier 1647.

La Pénitence, juin, 1647.

L’Ordre, 19 août 1647.

La Cène, fin d’octobre 1647.

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