BUSTES ANTIQUES RECUEILLIS
de citer les propres paroles du Poussin; on verra quelles précautions il croyait devoir être prises pour mettre en harmonie les diverses parties des figures : « Il m’est souvenu que vous me demandiez... quelques esquisses d’habits à l’antique pour l’ornement de vos tètes de marbre, le Drusus et lePtolémée : je vous en envoie quatre, trois loriques pour le Ptolémée, et une trabée pour le Drusus. Je vous les envoie seulement pour vous témoigner combien je veux être prompt à vous obéir, et tout en ne croyant pas qu’elles puissent servir; car il faudroit les modeler, et en voir le relief, pour en mieux connoître la vraie forme sous divers aspects : il ne seroit peut-être pas mal à propos de chercher, dans les galeries de Paris, quelque chose qui pût vous servir 1 . »
Le Poussin était seul pour suffire à ces démarches que lui faisait entreprendre sa reconnaissance pour M. de Chantelou; il n’avait pas, comme eurent depuis les directeurs de l’École de Rome, des bureaux et des agents chargés, sous leur surveillance, de ces mille soins matériels, de ces recherches laborieuses, et l’on peut croire que plus d’une fois il regretta le temps qu’il dérobait, pour des soins vulgaires, au calme de sa pensée réfléchie et féconde; néanmoins son cœur faisait taire son esprit, et les désirs de M. de Chantelou étaient des lois pour lui. Celui-ci ayant offert, au nom de Louis XIII et d’Anne d’Au-
1 Lettres, 16 août 1648.
triche, en action de grâces de la naissance de Louis XIV, deux couronnes de diamants à Notre- Dame-de-Lorette, et un enfant d’or porté par un ange d’argent, Poussin s’occupa de tous les détails, jusqu’aux soins à donner à la plaque d’argent qui devait porter l’inscription. On peut dire, il est vrai, qu’en cela il servait le Roi dont il était encore, selon toute probabilité, le premier peintre ordinaire; mais il Voulut bien, par amitié pour M. de Chantelou, descendre un jour jusqu’aux gants à la frangipane qu’il lui demanda; il sut les marchander et les choisir
Les peintres surtout appelaient sa surveillance. M. de Chantelou en occupait plusieurs à faire pour lui des copies de tableaux, et le prix qu’il donnait de ces copies, quoique mesuré par le Poussin sur les sommes limitées qui lui étaient envoyées, aidait ces jeunes artistes, dont plusieurs devinrent célèbres, à satisfaire à leurs besoins pendant le temps qu’ils passaient à Rome pour se perfectionner dans la peinture. On sait que les grandes copies que nous possédons au Louvre de YIncendie du bourg, de l'École d’ Athènes, de la Dispute du Saint-Sacrement, sont l’œuvre des premiers élèves envoyés à Rome, après rétablissement de l’École française ou Académie. Ainsi, un simple particulier, aidé par un grand artiste, faisait alors à Rome, dans de moindres proportions, il est vrai, ce qui se lit plus tard par
1 Lettres, 7 octobre 1040 et 18 octobre 1649.