‹ Le PoussinChapitre 54 sur 155 · LES PEINTRES FRANÇAIS A FARNÈSE · texte numérisé non relu

LES PEINTRES FRANÇAIS A FARNÈSE

l’entremise du gouvernement de la France sous les yeux d’un directeur officiel.

Le l’oussin, dans ses recherches, ne restait point inactif pour lui-même. A sa mort on trouva réuni chez lui un choix judicieux de marbres antiques, de dessins et de gravures, dont l’étude servait à entretenir en lui les traditions du beau, du vrai et l’inspiration des maîtres

Les artistes qu’il employait à satisfaire au goût de BI. de Chantelou et à son amour pour les tableaux étaient. Mignard, Lemaire2, Errard, Lerieux, Nocret.Chapron et le Napolitain Cbieco. Mignard copiait à Farnèse une Vierge qui ne nous est pas indiquée d’une manière plus particulière. A la date d’une lettre du Poussin du 4 août 1643, cette copie venait d’être achevée, et Mignard en faisait faire une autre d’après elle; il demandait quatre-vingts écus de la sienne, quoique Poussin jugeât qu’elle était pour le coloris dillérente de l’original, « autant comme il y a du jour à la nuit J. » Lemaire avait entrepris de reproduire le Dieu île pitié d’Annibal Carrache, et le terminait, tandis qu’Errard avait fait de plusieurs portraits des copies auxquelles le Poussin donnait son entière approbation; Lerieux, après avoir fini une Vierge à mi-corps, découvrant une petit Christ

* Voir à la fin, note I.

* Lemaire (François) né en 1G20, mort en 1688, après avoir été reçu à l'Académie en 1656. Poussin l'appelle le petit Lemaire pour le distinguer de son ami le gros Lemaire.

* Voir Lettres, 27 octobre, 5 novembre, H décembre 1613.

couché sur un oreiller, avait ébauché la Vierge au chat', dont déjà le Napolitain Chieco avait commencé la copie. C’est de celui-ci que le Poussin augure le mieux, il juge que sa copie vaudra les soixante-dix écus qu’il demande; il se plaint, il est vrai, de sa lenteur. « 11 est si long, dit-il, que c’est la mort*. »

Mais ceux qui n’attiraient pas seulement l’attention, ou n’avaient pas seulement besoin des conseils du malheureux Poussin, et qui lui faisaient encore tourner la tète, c’était Nocret, et par-dessus tout Chapron.

Encore Nocret * n’avait-il guère d’autre prétention que celle de se faire mieux payer, prolitant de l’incertitude où restaient encore les conditions faites avec M. de Chantelou avant son départ, et se fondant de plus sur quelques corrections que Poussin

1 Cette Vierge est connue sous le nom de Vierge delta Gatta.

* Lettres, Ibid. v

* Nocret était Lorrain et disciple de Duclerc. Il resta longtemps à Rome où il s'exerça à la peinture du portrait, dans laquelle il se distingua plus que dans toute autre. Le Poussin, dans la lettre où il se plaint de ses procédés, ne parait pas faire grand cas de son talent. Néanmoins Nocret peignait d'une manière agréable et fraîche. 11 est mort recteur de l’Académie de peinture en 1672. De plusieurs discours qu'il a faits pour cette assemblée, et qui font honneur à son esprit, il en a consacré un à l’examen du Ravissement de suint Paul et un autre au Pyrrhus du Poussin. Dans ces deux morceaux intéressants il rend la justice la plus éclatante et la mieux motivée aux qualités supérieures du peintre auquel il avait dù à Rome d’utiles conseils. (Hem. inédits sur les membres de l'Académie royale de peinture, etc. Paris, Dumoulin, 1864, t. 1er.)

Page 1