‹ Le PoussinChapitre 55 sur 155 · CHAPRON · texte numérisé non relu

CHAPRON

l’avait forcé de faire à la copie d’une madone du Parmesan. 11 avait d’ailleurs cela de commun avec Lemaire, Lerieux et Mignard, « qui, tous, de commun accord, se vouloient faire payer à leur mode, et ne vouloient point faire les secondes copies qu’ils avoient commencées 1 . »

Quant à Chapron, originaire de Chàteaudun, et élève de Vouët, il était installé à Rome où il copiait des tableaux, plus célèbre aujourd’hui pour avoir gravé, avec assez de talent, les Loges de Raphaël, que par les œuvres de son pinceau. A l’époque où le Poussin eut, pour son malheur, affaire à lui, le tableau de la Transfiguration de Raphaël, transporté depuis au Vatican, était chez les moines de Saint-Pierre m montorio, sur le maitre-autel de cette église. M. de Chantelou, dans le désir d’en avoir une grande copie, avait prié le Poussin de trouver un peintre qui s’en chargeât. Chapron s’était présenté et avait été agréé. Il paraît que, dans la place alors occupée par lui, le tableau ne recevait pas un jour favorable. On obtint la permission de le déplacer ; mais il ne fallut pas moins pour y parvenir, que l’intervention du cardinal Barberini. Cette circonstance eût fait comprendre à tout autre qu’à Chapron la nécessité de ne point abuser de cette condescendance, et de terminer sa copie dans un délai proportionné à l’importance du tableau, et à la gêne que ce déplacement cau-

1 Lettres, 2X août 10-43.

sait aux moines et à leur église. 11 n’en fut point ainsi.

L’ouvrage avait été d’abord conduit rapidement et bien; il était déjà très-avancé, lorsque Chapron, après le départ de M. de Chantelou, refusa de continuer1, sous des prétextes et avec des circonstances que le Poussin nous fait connaître dans les termes suivants : « Entre toutes les choses qui se passent ici touchant vos affaires, merveilleuse est l’extravagance du sieur Chapron, lequel, après nous avoir remis de jour à autre, et n’ayant jamais voulu travailler pour vous, depuis votre départ jusqu’à ce moment, dit enfin qu’il a eu lettres de M. Renard, comprises dans celle que ledit Renard a écrite à M. Passard, qui disent que vous avez dit tant de mal de lui audit Renard, que vous le lui avez rendu ennemi déclaré, d’ami et protecteur qu’il lui étoit, et que ce n’étoit pas ce qu’il attendoit de vous; enfin, sous ce faux et grossier prétexte, il a totalement renoncé à la continuation de l’œuvre si bien commencée. Mais parce que, et les moines du lieu et moi et M. Errard l’avons prié, comme à jointes mains, de ne laisser point une œuvre si avancée pour de fausses impressions, et celle pour laquelle vous aviez dépensé de l’argent et employé tous vos amis d’ici ; enfin, vaincu, il a dit qu’il en avoit perdu le goût, et qu’il ne savoit pour qui il travailloit ni à

1 Ce contre-temps dut être d’autant plus désagréable pour M. de Chantelou, qu’une copie en petit, qu’il avait demandée à un autre peintre, ne fut pas non plus achevée.

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