CHAPRON
n’en resta point là. Le Poussin ne laisse passer aucune occasion de se plaindre de Chapron, et sa mauvaise humeur s’accroît à mesure qu’il rappelle tous ses mauvais procédés. Il annonce à M. de Chantelou qu’il en apprendra bien d’autres encore de la bouche de M. Errard qui se dispose à retourner en France. Les moines, malgré leurs menaces, par considération pour M. de Chantelou, et dans la crainte de déplaire au cardinal Barberini, n’avaient point replacé sur l’autel l’original dont Chapron avait ébauché la copie. Mais cette complaisance fut inutile; Chapron avait disparu. Était-il allé à Malte, comme Poussin l’avait cru d’abord? Était-il retourné à Paris, comme le bruit s’en était répandu plus tard? On l’ignorait encore, et la copie ne pouvait être achevée ni par lui, ni par un autre, attendu qu’en manquant à ses engagements, il ne les avait pas rompus d’une manière complète, qui pût laisser le Poussin libre d’agir. Les moines s’étaient enfin décidés à rétablir leur tableau en sa place. Restait l’ébauche. Le Poussin pressait M. de Chantelou de consentir à la recevoir, ne sachant lui-même qu’en faire, et craignant qu’elle ne se perdît, lorsque l’ambassadeur de France intervint, tandis que Chapron revenait de Malte où en effet il était allé. Poussin, avec sa vivacité ordinaire raconte cette circonstance dans les termes suivants :
«....Huit jours avant que je retirasse le tableau, M. l’ambassadeur se rendit à Saint-Pierre in Mon-
torio, et, après avoir vu ladite copie, qui lui sembloit abandonnée, il dit aux moines qu’il falloit la finir, puisqu’elle avoit été commencée pour le Roi. Peu de jours après, je fis porter ladite copie chez moi. Lundi dernier, ledit seigneur ambassadeur envoya quérir le sieur Chapron, qui étoit revenu de Malte la veille du jour où le tableau fut retiré, et lui demanda brusquement qui il étoit, et pourquoi il avoit abandonné et laissé imparfait un ouvrage commencé pour le Roi ; que, comme ambassadeur, il en vouloit avoir connaissance. Chapron fit ses excuses à son avantage, disant que l’argent lui avoit manqué, et que moi qui avois la commission de le faire finir, je ne Pavois pas voulu payer.
« Après cela, je fus appelé chez M. l’ambassadeur, qui, du commencement, me reprit de ce que je ne Pavois pas été saluer, et me dit que j’avois besoin de la protection du Roi; qu’il falloit que je retournasse en France, et qu’en cela il me vouloit favoriser. Je le remerciai bien humblement : alors il me demanda que vouloit dire que le tableau de Saint-Pierre in Montorio n’avoit pu être fini; je lui racontai brièvement toute l’histoire. « Or ça, me ditil, puisque vous Pavez chez vous, je vous défends de l’envoyer ; mais écrivez-en à Monseigneur de Noyers, et montrez-moi la réponse qu'il vous fera, car je veux la voir. » Voilà brièvement ce qui se passa touchant M. l’ambassadeur.
«Chapron, d’un autre côté, veut encore avoir raison. 11 dit qu'il a travaillé longtemps au susdit ta-