L’ACADÉMIE DK FRANCE A ROME
peu counus, ils devaient se trouver, et aussi par la parcimonie de M. de Chantelou dont l’amour pour les chefs-d’œuvre se mesurait nécessairement aux limites de sa fortune. Néanmoins la supériorité du grand artiste n’était contestée par aucun de ceux dont il surveillait les travaux dans l’intérêt de son ami.
Tels étaient les services que rendait le Poussin par suite de son séjour à Rome au plus zélé de ses protecteurs. Ce commerce entre deux particuliers s’agrandit, après l’établissement de l’Académie de France dans la capitale des arts et de la chrétienté en 1660, de tout ce que lui donna d’importance la dignité officielle du chef de l’École, et la majesté du prince qu’il était chargé de représenter. Tels furent, en effet, une partie des rapports des directeurs de cette institution, d’abord avec Louis XIV, ensuite avec tous les gouvernements qui se succédèrent en France jusqu’à nos jours. Achats et copies de tableaux, fouilles, acquisition des plus précieux morceaux de la statuaire antique, etc., il était naturel que l’administration confiât cétte surveillance et ces soins à l’artiste distingué que le choix de ses collègues de l’Académie désignait pour présider, sur la terre classique de la peinture, de la statuaire, de l’architecture et de la musique, aux glorieux intérêts de l’École française. Nul doute que, dans ces conditions nouvelles, le directeur de l’Académie n’eût une tâche plus considérable que la tâche modeste que l’amitié du Poussin
SOi PREMIÈRE PARTIE.
remplissait en faveur de M. deChantelou; mais cette tâche était la même, au moins quant à sa nature.
Il n'en fut point ainsi de l'influence exercée par le Poussin, au nom de la supériorité de son talent, sur les jeunes peintres qui vinrent travailler à Rome pendant sa vie et perfectionner leurs études. L’ascendant incontesté de son génie se fit sentir sur l’ École française au berceau avec une force et une fécondité que n’atteignit aucun de ceux qui succédèrent, dans une position officielle, au droit de protection et de conseil que, sans autorité et sans mission, il puisa dans l’affection et le respect dont l’entourèrent ses compatriotes. La part qu'il apporta au développement de la peinture dans l’École française trouvera sa place plus opportune et plus étudiée dans la seconde partie de cet essai ; là nous apprécierons son œuvre dans son ensemble, dans ses détails et dans sa relation chronologique avec les écoles antécédentes et postérieures; mais nous en résumerons dès aujourd’hui l’aspect historique dans le souvenir de quelques faits. Jacques Stella, lié d’amitié à Rome avec le Poussin, avant le voyage de celui-ci en France, et déjà habile peintre, quand il le connut, reçut si fortement l’empreinte de sa manière qu'un grand nombre de ses compositions ont été attribuées au peintre français. Revenu à Paris en 1 634, il y rapporta ses premières traditions fortement modifiées à la source dont nous venons de parler, et il semble à l’empressement que mirent les Jésuites, M. de Chambray et M. de Noyers à lui com-