‹ Le PoussinChapitre 6 sur 155 · PREMIERS TRAVAUX · texte numérisé non relu

PREMIERS TRAVAUX

pauvreté a presque toujours cela de bon, qu’elle n’arrête pas, par la considération d’un bien-être assuré, celui qui , un peu plus favorisé de la fortune, oublierait peut-être les sollicitations de son génie dans la sécurité d’une existence médiocre, mais certaine. Misère pour misère, le Poussin pensa qu’il trouverait encore plus de moyens de vivre à Paris que dans le Poitou , où il eut bientôt épuisé les faibles ressources que lui présentait alors une province où le goût de la peinture ne pouvait pas être très-répandu. La raison et la nécessité le décidèrent done à partir, et, comme sa pauvreté ne lui permettait pas d'adopter une manière de voyager moins pénible, il entreprit à pied ee long voyage.

C’est un spectacle triste et grand à la fois, que celui du génie aux prises avec la souffrance et la pauvreté. Lorsque nous contemplons aujourd’hui la gloire du Poussin, ses oeuvres répandues, recherchées par toute l’Europe, son nom illustre dans sa patrie, illustre à Rome qu’il adopta pour sa demeure, la vénération dont la postérité a entouré sa mémoire, etc., et que nous reportons nos regards sur les obstacles de tout genre que rencontrèrent ses premières années ; lorsque nous voyons le jeune homme de vingt ans, fatigué, découragé sans doute quelquefois , menacé ou atteint par la maladie, parcourant triste et pensif, et peut-être sous les haillons de la misère, la route qui sépare le Poitou de Paris; nous ne pouvons nous empêcher de faire des réflexions amères et en même

temps consolantes sur la destinée de l’homme. Quelle est donc cette force qui, à son insu , l’anime et le soutient malgré ses défaillances? Quel est ce guide qui, sans lui révéler le mystère de son avenir, dirige ses pas, cachant ses sages desseins sous les dehors du hasard, et soutenant l’espérance au milieu des alternatives de la faiblesse et du courage? Quelle main invisible s’étend sur le pauvre voyageur, affermit ses pas chancelants, et prépare dans un obscur avenir la sécurité après les inquiétudes, la gloire après les épreuves, le libre et sûr essor de la pensée, après les laborieuses incertitudes du génie encore inexpérimenté? Cette force est le génie lui-même, auprès duquel la cause suprême a placé, dans sa prévoyance, la constance qui le soutient et la confiance qui l’anime; ce guide c’est la Providence qui, partout invisible et partout présente, mesure l’énergie à l’épreuve, fortifie le faible contre l’obstacle, et ménage les événements pour que rien ne se perde du génie fécond dont elle a doué sa créature.

La souffrance et l’épuisement du Poussin étaient au comble lorsqu’il arriva à Paris. Il n’y fut pas plus tôt que le mal s’aggrava encore. Il tourna dès lors les yeux vers sa famille, qui sans doute lui avait déjà pardonné sa fuite précipitée, et se retira aux Andelys pour y rétablir sa santé, et se remettre de ses longues fatigues.

A aucune autre époque de sa vie, les documents qui le concernent ne nous le montrent parcourant

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