UN AN AUX ANDELYS
une autre fois la route du Poitou à Paris. Nous le verrons désormais se dirigeant sur Rome à plusieurs reprises, et finissant par y fixer sa demeure. C’est donc au voyage dont nous venons de parler, qu’il faut rapporter la composition et l’exécution des deux tableaux qu’il peignit à Blois pour l’église des Capucins, et quelques bacchanales dont il orna le château du comte de Chiverny, non loin de cette ville *.
Poussin resta cette fois près d’un an chez son père. Les soins de sa famille, le repos plus salutaire encore au milieu des verts gazons de la Normandie, près des rives de la Seine, si riantes, si pittoresques entre Vernon et les Andelys, rendirent la force à cette nature jeune et robuste. Nous pouvons croire que la réflexion ne perdit rien, dans ce génie méditatif, à cette année de paix et de solitude. On aime à se figurer que l’artiste qui sut donner à la peinture du paysage de si grandes proportions, et disposer si heureusement les plans variés d’un site toujours admirablement choisi, dut jouir avec enthousiasme, pendant ce temps de loisir, du spectacle des belles eaux du fleuve, des îles verdoyantes qui les divisent, des imposantes ruines du château Gaillard, des collines pittoresques qui fuyent vers Rouen ou remontent vers Paris; et que ces impressions ne fu-
1 Combry affirme, page 8 de son Essai, etc., que les tableaux des Capucins de Blois sont médiocres, et qu’on loue la sagesse de composition des Bacchanales de Chiverny. Nous lui laissons la responsabilité de ce document dont nous ne connaissons pas l’origine.
rent pas étrangères au goût qu’il montra depuis dans sa manière de traiter les sujets dont les accidents naturels de la campagne font la principale beauté. Lorsque les forces lui furent revenues, il se trouva plein d’une ardeur nouvelle, et regagna Paris pour s’y livrer à la culture de son art. Il y peignit pendant quelque temps, ainsi que dans d’autres lieux peu éloignés dont ses biographes ne nous ont pas conservé le souvenir.
Le plus vif de ses désirs, celui qui l’occupait tout entier, qui le soutenait dans ses travaux, à la satisfaction duquel il destinait ses modestes économies, était de visiter Rome ; désir bien naturel dans tous les temps à un artiste, plus naturel encore à une époque où la peinture, ne vivant ailleurs que d’une vie précaire, nouvelle, incertaine, florissait depuis plus de deux siècles dans cette capitale du monde où ses chefs-d’œuvre s’étaient multipliés. Heureux enfin de pouvoir réaliser ce projet, il partit, probablement en 1620, pour ce voyage tant désiré; mais parvenu à Florence, une circonstance qui nous est restée inconnue, le força de retourner sur ses pas et de revenir à Paris. Ce ne fut néanmoins que pour tenter de nouveau le même voyage.
Aussi , moins de deux ans après son retour de Florence, nous le retrouvons à Lyon, nourrissant encore l’espérance de voir la ville éternelle, objet de ses persévérants désirs. Vaine confiance cependant : un marchand, duquel sans doute Poussin était le » débiteur, le força un arrêt à la main à s’acquitter