MODÉRATION DU POUSSIN
Nous devons toutefois ajouter à cette liste Bousonnet Stella, neveu de son ami, qui lui avait été recommandé par sa famille, et Jean-Baptiste Champagne, neveu de Philippe, qui fut accueilli par lui de 1 657 à \ 659, au nom de l’amitié qui le liait à son oncle.
Malgré ce grand et glorieux ascendant, on reconnaît avec plaisir que la modestie ne fit jamais défaut au juste sentiment que le Poussin avait de sa valeur propre. Nous en trouverons entre autres une preuve dans des faits qui paraîtront sans doute fort prosaïques à côté des idées qu’éveille l’étude de ses œuvres, mais qui n’en ont pas moins un caractère honorable, surtout si nous les opposons aux procédés de beaucoup d’autres artistes. Nous voulons parler de la manière dont il mettait un prix à ses tableaux et se les faisait payer. Ce côté positif de sa vie a besoin d’être indiqué, car ce que nous allons en dire contribuera à faire connaître à la fois la modération et l’esprit de justice du peintre, et nous donnera l’occasion de rectifier quelques opinions répandues à ce sujet, qui ne sont point d’accord avec la vérité.
Nous avons déjà vu un peu plus haut, à propos des réclamations que le Poussin adressait à la cour de France pour quelques sommes qui étaient restées en arrière, qu’une fausse pudeur ou un désintéressement inopportun ne l’empêchaient pas de demander, même avec instance quand il le fallait, ce qui lui était dû. Félibien nous a transmis sur un point ana-
logue un renseignement précieux : « Ayant mis, dit-il, en parlant du Poussin, un prix raisonnable à son travail, il était si régulier à ne prendre que ce qu’il croyait lui être légitimement dû, que plusieurs fois il a renvoyé une partie de ce qu’on lui donnoit, sans que l’empressement qu’on avoit pour ses tableaux et le gain que quelques particuliers y faisaient lui donnât envie d’en profiter. Aussi on peut dire de lui, qu’il n’aimoit pas tant la peinture pour le fruit et la gloire qu’elle produit, que pour elle-même, et pour le plaisir d’une si noble étude et d’un exercice si excellent*. »
Ce qui se fait remarquer dans la disposition que nous voyons attribuer au Poussin par un de ses amis, c’est avant tout la résolution de n’accepter que rarement pour ses tableaux un prix plus élevé que celui qu’il avait fixé lui-même. Les faits que nous pouvons extraire de la correspondance confirment et développent les paroles de Félibien; néanmoins nous y voyons le Poussin modifier cette manière d’agir selon le degré d’intimité qui l’unit aux personnes, et la connaissance qu’il a de leurs dispositions.
Aÿasi, il se loue de la libéralité de M. de Chantelou au sujet du Ravissement de saint Paul, après avoir refusé de mettre en avant ses intérêts à cette occasion 2. C’est encore à M. de Chantelou qu’il re-
' Félibien, l. IV.
1 Lettres, 7 janvier 1644. Felibien dit, t. IV, que * comme ou