‹ Le PoussinChapitre 64 sur 155 · CARACTÈRE DE SA VIE · texte numérisé non relu

CARACTÈRE DE SA VIE

servir de pendant, et le sujet choisi fut le Ravissement de saint I’aul. Poussin en parle dans plusieurs de ses lettres, du 25 août 1643, où il annonce qu’il en a trouvé la pensée, au 1 1 décembre où il fait connaître à M. de Chantelou qu’il est expédié à Paris à M. Pointel qui le tiendra à sa disposition. Ce qui inquiétait dans cette circonstance la modestie du Poussin, c’était le voisinage de Raphaël, qu’il redoutait à tort à notre avis. 11 n’en écrivait pas moins à son ami « qu’il craignait que sa main tremblante ne lui manquât en un ouvrage qui devait accompagner celui de Raphaël ; qu’il avait de la peine à y travailler, s’il ne lui promettait que son tableau ne serviroit que de couverture à celui de Raphaël, ou du moins qu’il ne les feroit jamais paroître l’un auprès de l’autre, croyant que l'affection qu’il avoit pour lui étoit assez grande pour ne permettre pas qu’il reçut un affront * . » Il lui renouvelle les mêmes recommandations dans une autre lettre du 2 décembre suivant; « mais, ajoute Félibien, qui nous transmet ce*s paroles, le cavalier del Pozzo écrivit quasi dans le même temps deux lettres, par lesquelles il parle si avantageusement du tableau de saint Paul, qu’il ne l’estime pas moins

que celui de Raphaël 11 dit que c’est ce que le

Poussin a fait de meilleur, et qu’en les comparant l’un avec l’autre, on pourra voir que la France a eu son Raphaël aussi bien que l’Italie *. »

• Félibien, t. IV.

* Félihien, t. IV.

21 i PREMIÈRE PARTIE.

Telle était la situation du Poussin à Rome vers 1648. Nous avons vu, par l’examen comparatif des deux suites des Sept Sacrements, et par celui de quelques autres compositions, combien son talent s’était mûri et développé, à quelle élévation sa pensée était parvenue, à quelle profondeur de sentiment elle avait pénétré. Si, pendant les dix-sept années qu’il vécut encore, nous ne surprenons pas en lui de nouveaux progrès, du moins il restera l’égal de luimême, et ses dernières toiles ne le céderont point à celles qui viennent de faire l’objet de notre admiration.

Sans doute, les hautes qualités du Poussin acquirent une plus grande perfection. Dans la voie si droite et si vraie dans laquelle il marchait, chaque jour dut apporter à un goût si sûr un degré de délicatesse de plus, mais de cette délicatesse encore heureusement sentie par l’artiste, dans sa méditation solitaire, alors que l’ami des arts n’en saisit plus déjà l’imperceptible nuance. Poussin témoigne en plusieurs endroits du sentiment intime de cette perfection idéale à laquelle l’exécution est condamnée à faire défaut, surtout, lorsque l’àge qui amène la maturité de l’esprit, lui dérobe en même temps le secours des organes affaiblis, aux approches de la séparation dernière.

Ce serait une étude psychologique pleine d’intérêt que de rechercher par quelle mystérieuse transformation l’habitude de créer, de grouper des ligures dans toutes les conditions de la beauté, engendre

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